La destruction du système de santé à Gaza entraîne une recrudescence de maladies auto-immunes

Depuis le début de la campagne génocidaire israélienne à Gaza, les autorités alertent sur les risques sanitaires engendrés par les déplacements, les destructions, la famine, les pénuries de médicaments et de kits d’hygiène. Après 22 mois de génocide, les médecins manquent de superlatifs pour exprimer la détresse qu’elles et ils observent dans les centres de soins.

Par Jo Westphal pour l’Agence Média Palestine, le 26 août 2025



« Le ministère de la Santé met en garde contre une augmentation dangereuse des cas de paralysie flasque aiguë et du syndrome de Guillain-Barré chez les enfants de la bande de Gaza, en raison d’infections atypiques et de l’aggravation de la malnutrition aiguë », a déclaré le ministère palestinien de la Santé à Gaza dans un communiqué de presse publié sur sa chaîne Telegram le 4 août.

Depuis juin en effet, 85 cas suspects de syndrome de Guillain-Barré (SGB) ont été signalés, selon un décompte de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui alerte sur la recrudescence de cette affection qui peut entraîner la paralysie totale et la mort. 30 % des patients atteints du SGB ont besoin de soins intensifs, mais il n’y a pas de stock disponible du médicament principal nécessaire pour le traiter. Avant octobre 2023, seuls quelques cas de cette affection rare étaient recensés chaque année.

Le SGB est une maladie auto-immune, dans laquelle le système immunitaire de l’organisme attaque la gaine de myéline qui protège les nerfs périphériques, créant des lésions nerveuses. La cause exact du syndrome est inconnue, mais l’OMS affirme qu’une infection gastro-intestinale causée par des bactéries présentes dans les excréments d’animaux est l’un des facteurs de risque les plus courants du SGB.

Les bombardements israéliens ont détruit 70 % de toutes les pompes d’égouts et stations d’épuration des eaux usées à Gaza, obligeant les habitant·es à boire de l’eau polluée par les eaux usées, les exposant à de nombreuses maladies.

L’OMS a signalé huit décès liés au SGB à Gaza, alors que les maladies paralytiques se propagent à Gaza alors que le blocus israélien continue d’empêcher l’entrée de médicaments et de nourriture. Gaza a récemment connu une recrudescence de la paralysie flasque aiguë (PFA), une affection qui entraîne une faiblesse musculaire ou une paralysie.

Pénuries de traitements

« Les examens médicaux ont révélé la présence de virus intestinaux autres que la polio, confirmant l’existence d’un environnement propice à la propagation incontrôlée de maladies infectieuses », indique le communiqué de presse du ministère de la Santé de Gaza, qui rappelle que la polio, éradiquée depuis 25 ans à Gaza, est réapparue au onzième mois du génocide.

Ce retour tragique de la maladie de la polio a également pour cause la cohabitation avec des eaux usées, mais surtout la chute de la couverture vaccinale en raison des opérations militaires israéliennes, les bombardements et restrictions empêchant les campagnes de vaccination d’être efficaces.

« La pénurie critique de médicaments et de consommables se poursuit et s’est même aggravée, 52 % des médicaments et 68 % des consommables étant en rupture de stock », déclarait le Dr Peeperkorn le 12 août, s’exprimant pour l’OMS depuis Jérusalem.

« Les hôpitaux sont particulièrement submergés par les blessés provenant des zones de distribution alimentaire, ce qui entraîne également une pénurie persistante de sang et de plasma », ajoutait-t-il, soulignant qu’au moins 1 655 personnes avaient été tuées et plus de 11 800 blessées depuis le 27 mai 2025.

Le Dr Peeperkorn a déclaré que les médecins internationaux se voyaient refuser l’entrée, tandis que des articles essentiels tels que les équipements de soins intensifs, les appareils d’anesthésie et les fournitures de la chaîne du froid continuaient d’être retenus.

La famine, un facteur supplémentaire

Le Système de classification intégrée de la sécurité alimentaire (IPC) a récemment déterminé que Gaza était confrontée à une catastrophe de niveau 5, où « la famine, la mort, la misère et la malnutrition aiguë extrêmement grave sont évidentes ».

La faim est un nouveau facteur de risque qui vient aggraver la santé précaire des gazaoui·es : outre les risques mortels qu’elle engendre directement, elle affaiblit ses victimes et les rend plus vulnérables aux maladies. Les blessures mettent beaucoup plus de temps à guérir, ce qui oblige les personnes modérément blessées à supporter des séjours prolongés à l’hôpital, car leur corps est trop affaibli par le manque de nourriture adéquate.

Cet état de crise constant et omniprésent épuise le personnel médical. En outre, la faim touche également les soignant·es, et nombre d’entre elles et eux rapportent ressentir des vertiges et une fatigue extrême les poussant à s’évanouir alors même qu’ils et elles sont au travail.

Les hôpitaux en ruine

L’armée israélienne cible délibérément les hôpitaux, où sont abrités de nombreux civils et des journalistes. Le Dr Rik Peeperkorn, représentant de l’OMS pour la Cisjordanie occupée et la bande de Gaza, a déclaré que moins de la moitié des hôpitaux de Gaza et 38 % de ses centres de soins de santé primaires sont partiellement opérationnels ou ne fonctionnent qu’à un niveau minimal.

L’ONU a également indiqué que le taux d’occupation des lits dans les principaux hôpitaux dépasse largement leur capacité. L’hôpital Al-Shifa de Gaza-Ville fonctionne à 250 %, le complexe médical Nasser de Khan Younis à 180 %, l’hôpital pour enfants Al-Rantisi de Gaza-Ville à 210 % et l’hôpital arabe Al-Ahli, au sud de Gaza-Ville, à plus de 300 %.

Interrogé par Amnesty International, le médecin urgentiste d’al-Shifa décrit une « destruction multiforme et imbriquée », où l’hôpital dévasté, aujourd’hui à peine fonctionnel après avoir été partiellement détruit par des frappes israéliennes, est contraint de faire face à la famine, à la destruction des infrastructures, aux bombardements constants et au risque d’un nouveau déplacement vers des tentes insalubres.

La recrudescence de maladies auto-immunes et d’épidémies n’a, dans ce contexte, rien d’un hasard ou d’une malchance. Comme la famine, ces maladies sont la conséquence directe du blocus israélien, et l’une des armes de son génocide.

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