La vie en sinistrose ?

L’édito du n°240

Oui, les temps sont rudes et le fascisme gagne du terrain en galopant comme une hyène. Mais fleurissent aussi de nouveaux motifs d’espoir, nom d’un Bakounine !

Photo : Serge D’Ignazio

Les yeux et l’esprit fixés sur les soubresauts flippants de l’actualité mondiale – coucou Trump, Poutine, Netanyahou, Retailleau ou Erdogan –, il nous arrive de contracter une sinistrose de la pire espèce, celle qui entérine la défaite et bouche les horizons. À tel point qu’au local, on se prend à vouloir faire comme les autruches en temps de crise : creuser un trou, y plonger nos têtes de piafs, et ne plus deviser qu’avec les taupes et les vers de terre, autrement moins anxiogènes que les chancres humains sus-cités. Mais voilà : si l’on fait ça, alors autant abandonner l’idée de sortir ce journal et opter pour l’hibernation éternelle. Adieu veaux, vaches, révolution.

Alors oui, les temps sont rudes et le fascisme gagne du terrain en galopant comme une hyène. Mais à l’Est fleurissent aussi de récents motifs d’espoir, nom d’un Bakounine. En Turquie, l’arrestation du maire d’Istanbul et principal opposant au régime de Recep Tayyip Erdogan, Ekrem İmamoğlu, a précipité dans les rues des millions de manifestant·es, bravant courageusement la répression et scandant « N’ayez pas peur, le peuple est avec vous ». En Serbie déferlent depuis des mois des marées humaines de jeunes protestataires sur l’autoritaire président Aleksandar Vučić et son régime corrompu, qui vacille.

Mais c’est peut-être d’Israël, où le génocide contre les Palestiniens continue dans un silence assourdissant, que surgissent les nouvelles les plus encourageantes. Depuis quelques semaines, les manifestations contre le régime du sanguinaire Benyamin Netanyahou entraînent des dizaines de milliers de personnes dans les rues de Tel Aviv, avec notamment pour slogans : « Plus de sang versé ! » ou « Stopper la guerre maintenant ! ». Des écoles embrayent le pas de la grève, tandis que de plus en plus de hauts fonctionnaires prennent position contre leur Premier ministre en roue libre.

Axer la focale, sans naïveté mais avec détermination, sur les poings et dignités qui se lèvent

Face aux drames en cours, ce n’est pas grand-chose, mais c’est à ça qu’il faut s’accrocher. Et axer la focale, sans naïveté mais avec détermination, sur les poings et dignités qui se lèvent là où justement c’est le plus difficile. Les combattantes iraniennes du mouvement « Femmes, vie, liberté ! ». Les Kurdes faisant face aux agressions de l’État turc tout en proposant de nouveaux modèles démocratiques. Et toutes celles et ceux qui, dans le nivellement par le bas actuel, ne baissent pas la tête, et font courageusement barrage. Des grains de sable dans la machine ? Peut‑être. Mais quand ils l’enrayeront définitivement, bim, klang, boum, on sera au premier rang.

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