Accueil > Analyse > Breizh Bretagne

Le lancement de campagne de LFI fait beaucoup de bruit. Hâtifs et plein d’ambitions, les mélenchonnistes font des promesses à tout va pour agglomérer toutes les forces de gauche autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Mais certaines de ces promesses ne manquent pas de nous étonner au plus haut point. Surtout de la part d’une formation politique verticale, centraliste et dont le noyau vient d’une gauche jacobine et républicaniste qui n’a jamais montré de sympathie envers la diversité culturelle des territoires de l’État français…
Ce texte n’a pas vocation à tirer sur l’ambulance.
LFI est certainement la force politique française la moins problématique à bien des égards, qui a su tenir la ligne de l’humanisme contre les vents et marées nauséeuses des réactionnaires et des sociaux-traîtres sur le racisme comme sur la Palestine. Sa machine de guerre électorale et la galaxie de relais médiatiques a réussi le tour de force non seulement de résister mais aussi de contre-attaquer sur le plan de la bataille culturelle, dans un contexte d’ultra-concentration des médias et de tournant autoritaire de l’état français.
Une fois ce constat posé, nous ne pouvons qu’afficher nos réticences et notre scepticisme face aux belles promesses et à la Mélenchon-mania. Parce que révolutionnaires, nous ne pouvons que nous agacer face au moralisme des Insoumis qui érigent un vote à la présidentielle comme l’Alpha et l’Oméga de la lutte politique. Parce que Breton·ne·s, nous nous pouvons que hausser des sourcils face à la conversion subite de Mélenchon, l’éternel jacobin qui assène la République à tout va, à des positions anticolonialistes et décentralisatrices.
Dispac’h est un collectif, qui n’a pas vocation à indiquer pour qui voter – et encore moins à une élection présidentielle française. Au-delà de notre constat initial, notre appréciation de la FI nourrit des débats jusqu’au sein de notre collectif. Mais nous partageons tous·tes des doutes sur la sincérité pré-électorale de la FI, et notre rôle est d’exposer ces doutes en faisant valoir un point de vue révolutionnaire breton. Ce texte est dont le premier d’une série de sujets sur nos désaccords théoriques avec la France Insoumise.
Quelques rappels : Mélenchon, pas franchement décolonial… Et la FI non plus
Le passif est ancien. On se souvient toujours amèrement d’un Mélenchon qui qualifiait publiquement la pratique du breton par immersion de « pratique sectaire » en 2001 et en 2008, reprenant les éléments de langage de Françoise Morvan, qui assimile la totalité de notre mouvement culturel à la collaboration. Opposé à l’application de la Charte Européenne des Langues Minoritaires, il votait contre la résolution en faveur des langues menacées portée par l’Alliance Libre Européenne en 2013 au Parlement Européen.
On nous dira qu’il a changé, « le Vieux », que ces positions datent du Front de Gauche. La FI n’a pourtant pas brillé par la rupture sur ce sujet. En 2021, le groupe a voté contre la Loi Molac sur l’enseignement des langues minoritaires, tandis que la plupart des candidats Insoumis aux législatives s’est abstenu de répondre aux engagements proposés par le Collectif Pour Que Vivent Nos langues en en 2022. En 2024, le programme du NFP concédait de « Favoriser l’enseignement des langues régionales »… « en outre-mer », ce dont nous ne pouvons que nous réjouir pour les populations concernées mais qui n’est pas pour nous rassurer quant à la vision homogénéisante de la diversité culturelle sous l’Etat français.
Outre ces positions culturelles, la FI est très réticente à toute forme d’autonomie.
Le programme de l’Union Populaire de 2022 ne fait mention des « territoires d’outre-mer » que comme des zones où la France n’est pas assez présente par ses services publics, et ne questionne en aucun cas la légitimité de cette présence. Si la FI a radicalement changé de position sur l’autonomie de la Corse, nous nous questionnons sur ces revirements qui interviennent lors des années électorales ; d’autant plus que les positions récentes de la gauche à l’Assemblée sur le statut de l’Alsace vont toujours largement à l’encontre de sa reconnaissance et de son autonomisation.
Idem sur la promesse d’un nouveau référendum d’indépendance pour la Kanaky annoncée comme conditionné… à une consultation préalable de l’ensemble des citoyen·nes francais·es.
Sur le plan international, nous avons salué – et saluons toujours – la boussole morale de la FI concernant l’engagement pour la survie du peuple palestinien. Mais l’anticolonialisme et l’anti-impérialisme de la FI nous laisse sceptique sur d’autres régions du globe, nous reviendrons sur ce sujet dans un prochain texte.
Du jacobinisme au municipalisme, en passant par le biorégionalisme…
Cela dit, la FI est habituée à des revirements : son tournant soudainement municipaliste lors de la dernière campagne n’a pas manqué de faire hausser des sourcils. Venant d’un mouvement extrêmement vertical où ni la question de la démocratie interne ni la question des spécificités locales n’ont été véritablement traitées, l’affichage d’un « municipalisme » a de quoi faire sourire. L’utilisation du terme n’est pas neutre, surtout venant de militant·e·s de gauche qui ne sont pas sans ignorer l’apport d’un certain Murray Boochkin, théoricien socialiste libertaire faisant de l’échelon municipal le levier de la révolution par l’organisation de communes décentralisées.
On est loin du modèle républicain français dans lequel s’inscrit LFI. Nous ne pouvons qu’espérer le meilleur des équipes municipales qui ont réussies à s’imposer avec le soutien du parti, qui ne disposait alors que de très peu de cadres municipaux, mais nous sommes sceptiques sur la volonté réelle de renforcer le pouvoir de l’échelon communal.
Le lancement de la campagne – présidentielle, cette fois-ci – a donné lieu à une nouvelle mue inattendue.
Dans son meeting du 7 juin dernier à Saint-Denis, Mélenchon appelle cette fois à « redécouper les régions selon les bassins versants » – une proposition qui en a surpris plus d’un. Cette théorie n’est pas totalement nouvelle, puisqu’elle tire sa source (sans mauvais jeu de mot) du biorégionalisme, en chechant à ériger l’eau en commmun fondamental autour duquel repenser la gouvernance.
C’est évidemment une très bonne idée ; le problème n’est pas de la mettre en avant mais de la rajouter dans un sac à très bonnes idées sans cohérence, parfois contradictoires et dont les promoteurs ne sont pas franchement les plus crédibles sur ces sujets.
Une telle proposition révèle d’ailleurs une incompréhension fondamentale du sujet.
Le biorégionalisme ne se décrète pas, il se construit, de même que la démocratie locale et la gouvernance partagée. Plusieurs cartes ont circulées depuis, à commencer par celle du découpage des Agences de l’Eau, fondant notre territoire dans un ignoble ensemble Bretagne-Loire qui réussit le tour de force de réunir Ouessant et Saint-Etienne dans le même échelon « local ». Mélenchon s’est rattrapé en dessinant des contours un peu mieux travaillés d’une nouvelle cartographie, sur laquelle nous reviendrons dans un texte ultérieur.
Mais quelle Nouvelle France ?
Le concept de Nouvelle France fait des émules, nous reviendrons plus tard sur un débat que d’autres ont déjà entamé. Nous reconnaissons le mérite d’un concept forgé et efficacement diffusé pour combattre une vision racialiste et réactionnaire de la population française. Mais nous reconnaissons-nous dedans ? En tant que Breton·nes, pas vraiment, c’est peu de le dire.
Qu’est ce que cette France (Insoumise) a de nouveau ?
Que nous promet ce concept forgé par une direction centraliste depuis le coeur de l’état français ? Un état moins raciste, moins obsédé par des paniques morales distillées par les néofascistes en tout genre, certes. Un état qui combat plus activement les discriminations plutôt que de les perpétuer est évidemment plus souhaitable que la dérive actuelle, ou promise par le reste de l’offre politique française.
Mais être Nouveau·elle Français·e au lieu de Français tout court ne nous est d’aucun réconfort. Le mieux est l’ennemi du bien : nous n’attendrons pas davantage d’un pouvoir insoumis qu’un autre sur la question de la réunification, de la démocratie locale, de l’autonomie ou de nos droits culturels.
Car que ce soit le municipalisme, l’autonomie, le biorégionalisme ou l’indépendance, cela ne s’obtient pas en votant une fois tous les cinq ans pour envoyer un chef d’état français plus complaisant à Paris, ni même tous les ans en participant au cadre électoral français ; cela se construit localement, par la lutte et l’engagement de terrain, près de la rivière que l’on traverse tous les matins et dans la commune où on rentre tous les soirs.
Dispac’h, le 21 juillet 2026
https://expansive.info/LFI-en-campagne-les-beaux-yeux-bleus-blancs-rouges-de-Melenchon-6104

Commentaires récents