| Par Ariane Lavrilleux, rédactrice en chef adjointe |
| Nous redoutions cette décision depuis des semaines : ce mercredi 8 juillet, la justice a ordonné la réouverture de l’enquête judiciaire initiée contre Disclose il y a un peu plus de trois ans. Cela veut dire que je risque d’être mise en examen pour « divulgation d’un secret de la défense nationale » et que quatre de mes collègues vont être convoqués pour répondre aux questions d’un·e juge antiterroriste. J’ai pensé, à tort, que cette affaire était derrière moi. Derrière nous. Que le non-lieu prononcé en ma faveur après trois ans d’enquête scellait la fin d’une procédure-bâillon intentée par l’État. J’étais d’autant plus confiante que la juge a elle-même reconnu l’intérêt public de nos informations. Mais voilà, les choses ne se passent pas exactement comme je l’imaginais. |
| Ce matin, je me suis réveillée trois ans en arrière avec des policiers antiterroristes dans mon salon. Je les revois fouiller dans mes carnets, mes ordinateurs, mes téléphones pendant des heures. Je me suis repassé les interrogatoires interminables, mes 39 heures de garde-à-vue, les auditions dans le bureau de la juge d’instruction… Ce que j’ai vécu, je ne le souhaite à personne. Malheureusement, nous savons désormais que mes co-auteurs risquent de vivre la même chose, puisque la Cour d’appel de Paris indique que Mathias Destal, Rémi Labed, Geoffrey Livolsi et Jean-Pierre Canet devront être entendus « dans le cadre de la poursuite de l’information judiciaire ». Selon notre avocat, Christophe Bigot, « il y a un sous-texte à cette décision », qui sonne comme un signal d’alarme préoccupant : la justice poursuit la traque de nos sources. « Toute une partie de la décision de la chambre de l’instruction incite le juge à rechercher les sources des journalistes », a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse organisée aujourd’hui dans nos locaux. |

| De gauche à droite : Christophe Bigot (avocat), Ariane Lavrilleux (Disclose), Thibault Buttin (Reporters sans frontières), Mathias Destal (Disclose). |
| Depuis cinq ans, l’État s’obstine dans son acharnement. Plutôt que de faire la lumière sur l’opération Sirli, une mission secrète de la France en Égypte, qui a favorisé l’exécution extrajudiciaire de centaines de civils, le gouvernement cherche à nous empêcher d’exercer notre mission. Au lieu d’investiguer sur des faits qui peuvent être qualifiés de complicité de crime contre l’humanité, il mobilise l’appareil judiciaire et les moyens de la lutte antiterroriste pour trouver nos sources. Le but de ce nouveau front judiciaire n’est pas seulement de nous intimider ou de nous faire taire. Le but est de priver les citoyen·nes d’informations cruciales sur ce que l’État entreprend en notre nom à tous·tes. Cette affaire dépasse donc largement le cas de Disclose. C’est un enjeu démocratique majeur. Car, à chaque fois que l’État poursuit celles et ceux qui éclairent le débat public, il menace la liberté elle-même. Depuis le début de cette interminable procédure, nous avons reçu énormément de marques de soutien. Voir des milliers de personnes qui font bloc derrière nous renforce notre détermination. Nous savons que nous sommes au bon endroit. Mais pour continuer à mener bataille jusqu’au bout, nous savons aussi que nous aurons besoin de vous ! JE FAIS UN DON MENSUEL Un don de 6€ par mois vous revient à 2€ après déduction fiscale. Merci pour votre soutien, |
| | Ariane LavrilleuxRédactrice en chef adjointe |
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Ariane LavrilleuxRédactrice en chef adjointe
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