
Publié le 20 octobre 2026
Polices, violences policières, répressionMouvements sociaux
Le 18 octobre, un commissaire du renseignement territorial écrit à ses collègues. On lui demande, dit-il, « texto d’écrire que c’est LFI » derrière le mouvement. Pour lui, c’est faux. Le ministère dément la consigne. Mediapart a lu les messages.
Le lundi, sur TF1, la procureure de Paris ne peut « absolument pas confirmer » que les casseurs soient de l’ultragauche. Quelques heures plus tard, Lecornu remet le même disque.
Ce n’est pas une bavure. C’est dix ans de macronie en une semaine, un pouvoir qui ne sait plus gouverner, qui désigne un coupable, raconte ce qui l’arrange, et laisse le RN ramasser. En 2017, au Louvre, Macron promettait qu’on n’aurait plus aucune raison de voter pour les extrêmes. Le FN avait 8 députés. En 2024, l’extrême droite en a fait élire 143.
une note, google, et voilà
La note du 15 octobre, pour prouver que LFI soutient la mobilisation, cite le site de LFI et un passage de Marine Tondelier sur BFMTV. Un stagiaire avec Google fait pareil en dix minutes, pause café comprise. Celle du 28 septembre, sur laquelle Lecornu s’appuie depuis le début, regarde vingt lycées de Seine-Saint-Denis quand plus de mille étaient mobilisés.
Sur le terrain, personne ne suit. Un syndicaliste policier, qui ne porte pas LFI dans son cœur, situe l’ultragauche autour de 20 % des casseurs. Un préfet a cette phrase. « Les casseurs, ça reste des gosses. »
l’extrême droite, personne ne l’a vue
Samedi soir, Nuñez a vu des antifas partout. Il n’a vu personne d’autre. Pourtant, d’après Libération, à Nice, une bande de vingt à trente hommes en noir tabasse au sol un jeune homme qui portait un drapeau palestinien. À Paris, des proches du GUD se mêlent aux casseurs autour de l’Élysée.
Et à Tours, chez nous, quelques dizaines de nationalistes posent de nuit devant la basilique Saint-Martin, mobilisés, disent-ils, pour « sécuriser le centre-ville ». Depuis, la mouvance appelle à manifester à Paris le 1er novembre pour la remigration. Je n’ai pas entendu un ministre en parler.
un bouc émissaire par saison
Le 17 octobre n’invente rien. Il recopie.
Le 1er mai 2019, Castaner tweete qu’on a attaqué la Pitié-Salpêtrière. Les vidéos montrent des gens qui fuient les gaz. Les gardes à vue sont toutes levées le lendemain soir, le ministre retire le mot. Le 3 mai, à Toulon, son secrétaire d’État à l’intérieur l’accompagne. Laurent Nuñez.
Le ministre qui accuse LFI à chaque micro était déjà place Beauvau quand le ministère a parlé d’une attaque d’hôpital qui n’avait pas eu lieu.
En 2019, Macron voit 40 000 à 50 000 ultras chez les Gilets jaunes, ses propres services en comptent quelques centaines. En 2021, Frédérique Vidal réclame une enquête sur l’islamo-gauchisme, le CNRS répond que ça ne correspond à aucune réalité scientifique. En 2023, après avoir parlé d’écoterrorisme, le gouvernement dissout les Soulèvements de la Terre, et le Conseil d’État annule. En 2026, LFI.
Le mot part à la télé, en gros. Le démenti arrive après, en petit. Comme une tache de vin sur une nappe, on frotte, il reste un rond.
la violence a une adresse
Le mot ultragauche sert à une chose. Dire que la violence vient d’ailleurs, d’une poignée de pros qui manipulent des gamins. Donc rien à comprendre. Pas de colère, pas d’histoire.
L’histoire, c’est dix ans de violence d’en haut. Chez les Gilets jaunes, plus d’une vingtaine d’éborgnés, des mains arrachées, et Zineb Redouane, 80 ans, morte à Marseille après une grenade tirée dans son appartement. À Sainte-Soline, plus de 5 000 grenades en deux heures. Quand les vidéos des gendarmes sont sorties, le ministre de l’intérieur a refusé de parler de violences policières. C’était Nuñez. Encore lui.
Et cet automne, à Tours, le 30 septembre, devant le lycée Balzac, Maël, 16 ans, a perdu l’usage de son œil droit. Lésions compatibles avec un tir de LBD, selon la procureure. Un policier est mis en examen, son avocate conteste.
Alors je pose la question. Est-ce que la vitrine d’un magasin de baskets pèse plus lourd que l’œil d’un lycéen de Balzac ? Je ne dis pas que tout se vaut, ni qu’un pillage est un acte de résistance. Je dis que la violence de samedi n’est pas tombée du ciel.
Elle a une adresse. Place Beauvau.
gouverner, ils ne savent plus
Sept Premiers ministres depuis 2017. Mitterrand avait mis quatorze ans pour arriver là, Macron huit. Un 49.3 sur les retraites, une dissolution un soir d’européennes qui a fait du RN le premier parti de l’Assemblée, un patron du renseignement qui annonce l’embrasement depuis des mois sans que personne l’écoute.
Samedi, pas assez de policiers. Dimanche, une allocution sur les factieux d’ultragauche, et rien pour des lycéens qui demandaient des profs remplacés et des bâtiments qui tiennent debout. Une fuite au plafond d’une salle de classe, ça ne fait pas une allocution. Un abribus qui brûle, si.
le rempart a refilé ses pierres
Le Pen passe de 33,9 % au second tour de 2017 à 41,5 % en 2022. Le barrage a tenu, oui, avec les voix de la gauche, et l’eau chaque fois un peu plus haut sur la digue.
Pendant ce temps, la macronie fait le boulot. En 2021, Darmanin trouve Marine Le Pen trop molle. En 2023, la loi immigration passe avec les voix du RN, Le Pen parle de victoire idéologique, Macron de bouclier. En février 2026, Aurore Bergé propose au RN un front contre LFI.
Lundi, Bardella n’a eu qu’à recopier. L’ultragauche, branche armée de LFI. Et par-dessus, un ministre qui a sous-estimé la violence. Le gouvernement fournit le coupable, le RN ajoute l’impuissance, et Matignon lui livre l’histoire à domicile, avec le ruban. Le Pen père le disait il y a trente ans. Les gens préfèrent l’original à la copie.
Il reste six mois avant la présidentielle.
En 2017, il y avait une estrade au Louvre.
Lundi, au siège du RN, Bardella se tenait derrière un pupitre. Dessus, Face au chaos, la France en ordre.
Le pupitre était prêt.
Contributeur·ice(s), auteur·ice(s) : VeilleMaison

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