La bataille d’Assas : les étudiants font reculer l’extrême-droite

La bataille d'Assas : les étudiants font reculer l'extrême-droite

● Antifascisme● Mobilisations lycéennes● Université

Pour la première fois de son histoire, l’université Panthéon-Assas, ancien fief de l’extrême droite, a été bloquée pendant deux jours, en solidarité avec le mouvement lycéen. Des sbires fascistes qui se baptisent eux-mêmes les « Waffen Assas » ont attaqué les contestataires, sans parvenir à empêcher le blocus. « Assas est désormais antifa », jubilent les étudiants de gauche. Le signe d’un déclin de l’extrême droite estudiantine et de son mouvement mythique, le GUD, qui a régné en maître dans cette université pendant des décennies.

« Assas, Assas, antifa ! », s’époumonnent les étudiants devant l’entrée de l’université Panthéon-Assas, dans le 6e arrondissement de Paris. Pour les plus anciens, ceux qui étaient étudiants dans les années 1980 et 1990, le slogan apparaît lunaire, tant la fac était alors le fief de l’extrême droite estudiantine. « La jeunesse emmerde le Front national », les protestataires reprennent en cœur ce cri de ralliement, lui aussi très années 80.

La centaine d’étudiants présents savourent leur victoire : les 25 à 30 militants néofascistes qui tentaient d’empêcher le blocage ont été mis en déroute. Assas est repris. « Macron, t’es foutu, même Assas est dans la rue », ironisent les manifestants.

L’affrontement a été bref mais violent. Ce mardi 13 octobre, lorsqu’ils arrivent par petits groupes dès potron-minet pour bloquer l’entrée, les étudiants contestataires constatent qu’ils ont été devancés par une trentaine de nervis postés devant la porte : une sorte de blocage pour empêcher le blocage. Prudents, ils ne se jettent pas dans la gueule du loup et attendent d’être assez nombreux pour avancer dans leur direction. Une voiture de police sépare les belligérants. Les invectives fusent, la tension monte. Puis, soudain, la police s’en va, laissant les deux camps face à face, dans un nuage de gaz lacrymogène dont on ignore s’il vient des forces de l’ordre ou des néofascistes. « Je ne m’explique pas l’attitude de la police, qui a laissé l’affrontement se dérouler », déclare le député LFI Thomas Portes, qui compte demander des explications au ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez.

En première ligne, des antifas visiblement expérimentés font office de service d’ordre, la plupart vêtus de noir et masqués. Ils fondent sur le groupe d’opposants au blocage, qui reculent devant le nombre, puis tentent de contre-attaquer en balançant sur eux une pluie de bouteilles récupérées dans des poubelles. Dangereux, assurément, mais plus de peur que de mal : il n’y aura qu’un seul blessé léger, atteint à l’arcade sourcilière. Aux « Paris est nationaliste ! » répondent, plus nombreux, les « Paris, banlieue, antifas ! ». Un bref contact, un échange de coups de poing, et les nervis détalent comme des lapins. Les étudiants de gauche peuvent entamer leur blocage. L’extrême droite n’a pas réussi à les en empêcher.

« On a lavé l’affront des années GUD, Cocarde étudiante et toutes ces merdes, lance Lisa, coordinatrice de la contestation à Assas. Maintenant, ici, c’est chez nous. » « Il n’y a aucune fatalité à ce que cette faculté soit le terrain de jeu de l’extrême droite », ajoute Thomas Portes.

Une première attaque le 9 octobre

Cette fois, les bloqueurs d’Assas ont fait appel à des antifas habitués à affronter physiquement les néofascistes, tirant les leçons de leur déconvenue du 9 octobre.

C’est en effet la seconde fois que les néofascistes tentent d’empêcher le blocage. Le vendredi 9 octobre, vers 6 h 30, les bloqueurs ont été attaqués par une quinzaine d’individus masqués et équipés de barres de fer. « On était une trentaine, des gens pacifiques qui n’ont pas l’habitude des bastons, on avait aucun service d’ordre, aucun guetteur, ce n’était pas du tout organisé. Quand ils sont arrivés, nous nous sommes enfuis », raconte Christophe, étudiant à Sciences Po venu en solidarité. Il s’étonne que la police, dont plusieurs véhicules se trouvaient à proximité, ne soit pas intervenue : « Vu comment ils étaient placés, il n’est pas possible qu’ils ne les aient pas vus. »

Christophe va récupérer son sac laissé sur une poubelle puis prend la fuite. Mais ces quelques secondes perdues sont décisives: « ils m’ont rattrapé et fait tomber au sol. J’ai reçu des coups de pied sur le haut du corps et le visage. Un mec a tenté de me piétiner la tête, j’ai mis mes mains pour me protéger. Et c’est là que je me suis fait marcher sur la main. Je n’ai pas eu mal sur le coup, mais mon doigt a enflé et je suis parti à l’hôpital. J’avais une fracture ouverte au petit doigt, j’ai dû être opéré ». Une étudiante voilée a elle aussi été poussée au sol et ses agresseurs ont tenté de lui arracher son foulard. « J’ai réussi à les en empêcher, mais ça m’a traumatisée. Je dors mal maintenant, j’ai des angoisses et je suis allé voir un psy », raconte-t-elle à Blast. Malgré tout, elle trouvera la force pour se joindre au second blocage, celui du 13 octobre.

Une trentaine de minutes plus tard, c’est la police qui charge et débloque la fac, ne rechignant ni aux coups de matraques ni au jet de lacrymogènes à bout portant. Ce qui fait dire à certains que « les fachos ont commencé le travail, les flics l’ont fini ». « Après ça, il n’y a pas eu le moindre communiqué de la présidence condamnant l’agression », s’indigne Lisa.

Christophe, déjà blessé au doigt, se fait gazer en plein visage et prend la fuite. Le voyant tituber, un policier dans une voiture qui fait des rondes dans le coin lui demande si ça va. « Je réponds que oui et raconte mon agression. Le flic me dit »c’est le GUD qui a fait ça ».

L’ombre du GUD, groupe de cogneurs néo fascistes violents

Le GUD, un sigle mythique dont la simple évocation a donné des sueurs froides à des générations d’étudiants de gauche. Le Groupe Union Défense, puis Groupe Union Droit, est né en décembre 1968 à l’université d’Assas. C’est au départ officiellement un syndicat étudiant, qui devient vite un groupe de cogneurs à la violence revendiquée, dont l’objectif est de débarrasser les facs des « gauchistes » à coups de barres de fer.

Mais le milieu estudiantin reste un bastion de gauche, et à Paris, il n’y a guère qu’à Assas que l’objectif est atteint : les étudiants de gauche y rasent les murs, ou tout simplement choisissent une autre fac. Ailleurs en France, le GUD gagne quelques bastions, comme Lyon 3 ou la fac de droit de Nice.

Le GUD règne en maître à Assas. Les enseignants d’extrême droite y accourent, comme le professeur de droit Jean-Claude Martinez, député du Front national de 1986 à 1988. Plusieurs témoins de l’époque rapportent que le début de ses cours commençait par une ovation nauséabonde : « Heil Heil Martinez ! »

Le GUD, groupuscule néonazi, fondé à Assas.
Document Blast

En décembre 1986, une révolte contre la sélection à l’université éclate. Le GUD va jouer les auxiliaires de police en attaquant des contestataires. Des gudards attaquent une manifestation en jetant des cocktails molotov sur des étudiants sans protection. Maladroit, l’un d’eux rate son lancer et se brûle lui-même, occasionnant des brûlures sans gravité.

D’anciens gudards deviennent des hommes d’affaires renommés, parfois bien au-delà des cercles d’extrême droite, comme l’avocat Philippe Péninque, réputé mécène de l’extrême droite, mais aussi architecte du montage financier offshore qui a permis à l’ancien ministre des finances socialiste Jérôme Cahuzac de frauder le fisc. D’autres font du business avec le FN, puis le RN, comme l’antisémite Frédéric Chatillon, qui commémorait tous les ans l’anniversaire d’Hitler, qu’il surnommait affectueusement « Tonton Adolf ». C’est un proche ami de Marine Le Pen, qui a également étudié à Assas. Elle s’en est récemment distanciée, mais nul n’oublie qu’il y a une dizaine d’années, elle vantait ses mérites d’« excellent fournisseur ».

Le GUD n’est plus que l’ombre de lui-même

D’autres anciens du GUD, accros à l’adrénaline et à la violence, tentent l’aventure tropicale, en devenant mercenaires sous l’égide du « corsaire de la République » Bob Denard et en rejoignant la garde présidentielle des Comores, qu’il dirige jusqu’en 1989. Parmi eux, Patrick Klein, dont le fils Édouard deviendra chef du GUD dans les années 2010, et Richard Rouget, soupçonné par la justice sud-africaine d’avoir organisé l’assassinat en 1988 de Dulcie September, représentante en France de l’ANC, le parti antiapartheid de Nelson Mandela.


Document Blast

Mais progressivement le mythe et la puissance du GUD s’érodent. Dans les années 2010, il n’a plus rien d’étudiant et n’est plus qu’une bande de brutes épaisses, parfois issus des milieux du hooliganisme. Il disparaît progressivement avant de renaître de ses cendres en 2022 sous la férule du néo fasciste violent Marc de Cacqueray-Valménier, plusieurs fois condamné.

Assas reste une université plutôt marquée à droite (comme en général les facs de droit) mais l’extrême droite y a perdu son hégémonie et n’est plus « interdite aux gauches ». Mais l’histoire a parfois le hoquet, et des soubresauts du passé secouent encore parfois l’ancienne «fac brune ». En septembre 2024, un étudiant qui avait recouvert d’un sticker antifa un autocollant du syndicat d’extrême droite la Cocarde a été suivi dans la rue puis passé à tabac. Peu auparavant, des autocollants des tags avec des croix gammées ornent parfois les murs de la fac.

Les attaques contre les bloqueurs des 9 et 13 octobre derniers ont été revendiquées par le groupe « Waffen Assas », un jeu de mots dont chacun appréciera le bon goût. C’est la deuxième fois que ce nom apparaît. En mars 2023 déjà, l’attaque d’étudiants d’Assas se rendant à une manifestation contre la réforme des retraites avait été revendiquée par la même bande. Un faux nez du GUD pour des actions aux allures de baroud d’honneur d’un groupuscule qui entretient la nostalgie de ses heures de gloire, mais n’est plus que l’ombre de lui-même. Car les faits sont là : ce qui reste du GUD n’est plus qu’un ramassis de soudards paumés, incapables d’empêcher le blocage de leur ancien fief. Car aujourd’hui, Assas est antifa.

Crédits photo/illustration en haut de page :
Margaux Simon

https://www.blast-info.fr/articles/2026/la-bataille-d-assas-les-etudiants-font-reculer-l-extreme-droite-EqNGkbrFQf6kFzKgQ_HNhA

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