France Inter : Vivement le pluralisme !

France Inter : Vivement le pluralisme !

● Extrême droite● France Inter● Médias

Accusée par l’extrême droite d’être aux ordres de Mélenchon, France Inter a pourtant accordé en juin 2026, selon les relevés de l’Arcom, sept fois plus de temps d’antenne au Rassemblement national qu’à LFI. Le défaut de pluralisme existe bien, mais pas dans le sens qu’on prétend.

L’Arcom — l’autorité de régulation de l’audiovisuel — vient de publier de fort édifiants « tableaux relatifs aux temps de parole des personnalités politiques relevés dans les journaux et bulletins d’information, les magazines et les autres émissions des programmes sur les antennes des télévisions et des radios » françaises, publiques et privées, au mois de juin 2026 – où se trouve, notamment, un relevé extrêmement précis des temps de parole dont les partis politiques ont bénéficié sur France Inter.

Pourquoi est-ce intéressant ?

Parce que cette radio étatique vient par ailleurs de vivre une rentrée marquée par de très vives tensions autour de l’embauche, comme chroniqueur, et au prétexte, selon sa direction, d’« organiser la conversation entre toutes les opinions » — y compris, donc, celles qui tombent sous le coup des lois réprimant le racisme — et de valoriser le « pluralisme », de Charles Sapin, directeur adjoint de la rédaction du magazine d’extrême droite Valeurs actuelles — magazine qui a notamment été condamné en 2015 pour provocation à la haine, à la discrimination ou à la violence contre les Roms, et en 2021 pour injure publique à caractère raciste contre la députée insoumise Danièle Obono.

Confrontée à la fronde des syndicats et des salariés de Radio France, qui se sont mis en grève pour protester contre ce recrutement, la direction de France Inter, après avoir campé sur sa position, a finalement reculé — la lutte paie – et proposé de transformer la chronique offerte à Sapin en un débat l’opposant à un contradicteur.

Mais ce tiède compromis n’a pas été du goût de l’intéressé, qui a regretté « que la direction de Radio France ait décidé de rendre les armes », et a renoncé, de lui-même, à sa collaboration avec la radio publique.

Aussitôt : la presse et les médias d’extrême droite se sont encore une fois déchaînés contre la société nationale de radiodiffusion française — contre laquelle ils avaient déjà mené l’an dernier, dans le sillage de l’extravagante commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public du député d’extrême droite Charles Alloncle, une longue et brutale campagne.

Le Figaro, le journal réactionnaire (très lourdement subventionné par l’État français) du groupe Dassault, déplore par exemple que l’Arcom « n’exige pas davantage de pluralisme de la part des médias publics », et professe, avec sa coutumière légèreté, que France Inter devrait être « rebaptisé(e) La France insoumise » — cependant que sur CNews, la chaîne de propagande du groupe Bolloré à laquelle l’Arcom vient encore de rappeler qu’elle manquait gravement à son obligation de respecter le « pluralisme des courants de pensée et d’opinion », le propagandiste Pascal Praud décrète, comme en écho à ces élucubrations figariques, qu’« à France Inter, le directeur de la rédaction s’appelle Jean-Luc Mélenchon ».

Ainsi donc, il faut y insister : chacun, à l’extrême droite du spectre médiatique, y va depuis une semaine de sa quérimonie pour dénoncer dans la mobilisation des salariés de Radio France contre l’embauche de Charles Sapin, collaborateur d’un magazine condamné notamment pour provocation à la haine et pour injure raciste, une gravissime atteinte au « pluralisme » – et pour sauter à la conclusion que la radiodiffusion d’État est, comme l’a déclaré Jordan Bardella, président du Rassemblement national, gangrenée par « une gauche » autoritaire, « qui considère le service public comme sa propriété privée, qui n’accepte pas le débat d’idées et qui appelle à fermer les médias qui ne lui plaisent pas. »

Et la vérité oblige à reconnaître qu’il y a tout de même un peu de vrai dans ces assertions.

Car, en effet : dans son relevé des temps de parole dont les partis politiques ont bénéficié sur France Inter au mois de juin 2026, l’Arcom constate que La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, formation de gauche antifasciste, s’est vu concéder, en 30 jours, 25 minutes et 35 secondes de temps d’antenne.

Mais que, dans ce même laps de temps, le Rassemblement national, parti d’extrême droite cofondé notamment par un ancien Waffen-SS, par un ex-milicien et par un agitateur plusieurs fois condamné pour antisémitisme et négationnisme, a eu droit, quant à lui, à 3 heures, 11 minutes et 9 secondes.

Une — seule et unique — constatation s’impose, dès lors : c’est que France Inter, en effet, se soustrait, elle aussi, à son obligation de respecter le pluralisme.

Mais que cela ne se fait pas du tout au détriment de l’extrême droite, comme le psalmodient mensongèrement les trompeteurs du Figaro et de CNews — mais bien pour son plus grand profit, puisqu’elle a donc bénéficié, en juin dernier, de sept fois plus de temps de parole que La France insoumise.

Et cette disproportion est évidemment un gigantesque scandale — dont la direction de Radio France, dans une démocratie réellement fonctionnelle, devrait immédiatement rendre compte devant l’opinion.

Crédits photo/illustration en haut de page :
Margaux Simon

Sébastien Fontenelle

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