Le Priol : l’armée appelée à la barre

Le Priol : l’armée appelée à la barre

● Extrême droite● Justice● Violences

Depuis le 7 septembre, Loïk Le Priol et Romain Bouvier comparaissent devant la cour d’assises de Paris pour le meurtre de Federico Martín Aramburú. Pour expliquer les six coups de feu tirés par Le Priol, la défense met en cause l’armée et le stress post-traumatique contracté au Mali. Mais une contre-expertise psychiatrique renverse le récit : militant d’extrême droite fiché S avant même son recrutement dans les forces spéciales, il disposait déjà de « tendances psychopathiques » et d’un certain attrait pour la violence.

À la barre vendredi 11 septembre, Florence Le Priol répète ce qu’elle n’a cessé de dire depuis que son fils, Loïk, a été arrêté et incarcéré pour le meurtre de Federico Martín Aramburú le 19 mars 2022 : « la guerre l’a détruit. » Sa famille l’a récupéré en mille morceaux, déplore-t-elle. « Il n’était plus le même [après son retour], il faisait penser à un chien de gardiennage, toujours aux aguets », avait témoigné son mari, Denis Le Priol, le père de Loïk, quelques minutes plus tôt.

Pour sa mère, l’armée n’a pas respecté sa parole : « Je trouvais qu’il était trop jeune pour faire commando. Je me suis renseignée, et on m’a dit qu’on ne les envoyait pas au feu avant leurs 20 ans. Mais il en avait 18 quand il est parti. » En réalité, il avait fêté ses 19 ans deux mois plus tôt quand il a été envoyé au Mali pour des missions de « contre-terrorisme ».

À l’âge où la plupart des jeunes Français découvrent la vie loin de leurs parents et apprennent à se faire autre chose qu’un plat de pâtes au ketchup, lui traquait les djihadistes dans le désert sahélien, sur le toit d’un pick-up et derrière une mitrailleuse de près de 40 kilos dont les balles de calibre 12,7 ne font pas que tuer l’ennemi : elles le déchiquettent.

Le procès qui s’est ouvert le 7 septembre devant la cour d’assises de Paris est celui de deux hommes : Loïk Le Priol et Romain Bouvier, accusés d’avoir respectivement tué et tenté de tuer Aramburú sur le boulevard Saint-Germain. Si aucun élément ne permet de relier ce crime à leur engagement politique — « il n’y a aucun mobile raciste », a précisé un enquêteur à la barre —, ce procès est aussi celui de l’extrême droite. « Leur profil » ne peut pas être ignoré, a affirmé un autre enquêteur. Le Priol et Bouvier baignaient dans l’air irrespirable du nationalisme et du virilisme depuis leur enfance. Fascinés par la guerre et les armes, ils avaient déjà un lourd passif en matière de violences.

Mais ce procès est aussi celui de l’armée. C’est ce à quoi s’emploient les avocats de Le Priol. Leur stratégie est évidente : plaider la légitime défense, tout en mettant l’accent sur le stress post-traumatique dont souffre le jeune homme depuis des années.

« On ne peut pas savoir à l’avance comment on réagira face à ça »

Cette stratégie saute aux yeux dès le deuxième jour des débats, consacré aux personnalités des accusés. Le Priol est debout dans le box. Après avoir répondu aux questions du président, il a été ébranlé par Yann Le Bras, l’avocat de la famille Aramburú, qui a révélé que le code PIN de son téléphone était 1488, un signe de reconnaissance chez les néo-nazis. L’avocat général ne l’a pas loupé non plus, en rappelant qu’un militaire est certes formé à agir, mais aussi à réfléchir. Son conseil, Xavier Nogueras, joue alors la carte de l’émotion. Il se lève, se tourne vers son client, et lui demande de raconter ses missions en Afrique : ce qu’il a fait, ce qu’il a vu.

Le Priol joue-t-il la comédie ? Toujours est-il qu’il se fait d’abord prier. « C’est une succession de missions dont je ne souhaite pas évoquer les détails aujourd’hui », dit-il. L’avocat le relance : il lui demande ce que cela fait, de « tirer sur des gens dans le désert à 17-18 ans ». Le Priol reste vague : « L’armée m’a fait passer à l’âge adulte, on grandit d’un coup, on ne peut pas savoir à l’avance comment on réagira face à ça. » L’avocat insiste. Le Priol rechigne. Puis d’un coup, comme s’il avait eu un déclic — ou comme si tout cela avait été savamment scénarisé —, il se lance.

C’est le désert, dit-il, il est 5 heures du matin, il se trouve dans l’Adrar des Ifoghas, un massif situé dans le nord-est du Mali où se terrent les djihadistes. Il est en tête de la colonne derrière sa 12,7 montée sur le pick-up, quand soudain, un véhicule ennemi fonce sur lui et rafale. Il est sidéré, les balles ne sifflent pas, dit-il, « elles bourdonnent ». Il ne sait pas quoi faire, l’ordre de tirer n’arrive pas. C’est là qu’il voit un pick-up ami doubler son véhicule et riposter. « Il nous sauve la vie », soutient-il, et il se souvient du nom du tireur, il tient à le dire : « Abou ». Ce jour-là, ajoute-t-il, « tous [ses] préjugés » — comprendre : ses préjugés racistes — ont été balayés, et le soir, ils chassaient la gazelle ensemble…

Ça sent le texte appris par cœur, mais comment savoir ? Me Nogueras enchaîne. Il évoque le PTSD que les médecins ont diagnostiqué en juillet 2015. Le Priol évoque « les mauvaises nuits », « une nervosité permanente », les « scènes horribles » qui passent et repassent dans sa tête.

« – Des images [de choses] que vous avez faites ou dont vous avez été témoin ? demande son avocat

Les deux, répond Le Priol. »

Nogueras insiste encore, il veut que son client raconte. Le Priol fond en larmes et se replie sur lui-même : « Comment voulez-vous que les gens comprennent ce que c’est d’avoir un enfant déchiqueté dans ses bras !? »

Le président suspend la séance. En aparté, Nogueras explique aux journalistes que son client évoquait le crash d’un avion d’Air Algérie sur les lieux duquel Le Priol serait arrivé parmi les premiers.

Un malade imaginaire ?

On ne sait pas si tout cela est vrai. Si les larmes de Le Priol sont sincères, s’il a effectivement découvert la carcasse de l’avion, et si l’homme qui a réagi à temps s’appelait vraiment Abou. On sait que c’est possible : des Abou, il y en a dans l’armée française, et il y en a aussi dans l’armée tchadienne, qui se battait aux côtés de la force Serval en 2013 et en 2014 au Mali. Quant au crash, il a bien eu lieu le 24 juillet 2014 : l’avion, parti de l’aéroport de Ouagadougou, s’est écrasé dans le centre du Mali, et ce sont des soldats français qui ont découvert ses victimes – 116 en tout, dont une grande partie de Français (54). À cette date, Le Priol était en mission au Sahel.

On ne sait pas non plus si le 19 mars 2022, la formation militaire suivie par Le Priol a pu avoir une incidence sur sa décision de tirer à six reprises sur Aramburú. C’est ce qu’il prétend depuis son arrestation. En cas de danger, affirme-t-il, il devient comme un robot, il ne se contrôle plus. Au juge d’instruction, il a dit avoir tiré sur l’Argentin par « pur réflexe », comme on le lui a appris à l’armée en répétant des gestes des centaines de fois pour pouvoir les exécuter automatiquement en situation extrême. Face au danger, a-t-il soutenu, il a vu rouge : « Je n’étais plus là… j’étais en Afrique… j’avais une menace… je l’ai traitée. »

Devant la cour, il redit la même chose. À l’armée, « on développe des réflexes instinctifs », explique-t-il. « En gardant sa lucidité », rétorque le président. « On perd sa lucidité dans ce genre de situation », enchaîne l’accusé, qui ajoute : « D’abord à l’armée, on vous déforme », et ensuite — là, c’est le père qui parle, un ancien para — « on vous dresse ». La rafale de tirs qu’il a infligés à Aramburú, c’est un geste travaillé « des millions de fois », cela devient « de l’acquis, comme quand on apprend à faire du vélo », argue Loïk Le Priol.

L’avocat général, un ancien de la marine, rétorque qu’un soldat est aussi formé à réfléchir. Quelques jours plus tard, un élément des forces spéciales missionné par le ministère des Armées pour retracer la carrière de Le Priol (en visio, flouté, et sous pseudonyme : « Alpha 56 ») expliquera qu’en théorie, « un tir doit être précédé d’une phase d’analyse de la situation ». Plusieurs enquêteurs de police rappelleront eux aussi cette évidence.

Il y a autre chose qu’on ne sait pas, du moins il y a débat : Son PTSD a-t-il pu altérer son jugement, et dans quelle mesure ?On sait qu’il a été diagnostiqué en 2015, et qu’il a été suivi un temps à l’hôpital militaire de Percy, à raison d’une visite par mois. On sait qu’il bénéficie d’une invalidité militaire définitive à hauteur de 60 %, ce qui n’est pas rien. On sait aussi qu’il prenait toujours des médicaments en 2022 : quand les policiers ont perquisitionné l’appartement qu’il partageait à Paris avec sa compagne, Lyson R., ils y ont retrouvé plusieurs boîtes de sédatifs et d’anxiolytiques : Atarax, Théralène, Sertraline, Loxapac. « Je suis désolé d’être malade », s’est défendu Le Priol lors de l’instruction.

Mais on ignore si tout cela a pu jouer dans le drame du 19 mars. Son avocat rappelle que dans une affaire précédente — le lynchage de l’ancien dirigeant du GUD, Edouard Klein, auquel Le Priol et Bouvier avaient activement participé en 2015 — , un expert psychiatrique avait estimé que le jugement de Le Priol était altéré en raison de son PTSD. Dans l’affaire qui est jugée actuellement, un premier expert a estimé que ses troubles liés à son passage dans l’armée, « encore indiscutable[s] » lors de l’analyse en avril 2023, ont pu « amplifier ses mouvements émotionnels et sa réactivité », sans pour autant « être l’unique cause du passage à l’acte ». Pour cet expert, le discernement de Le Priol n’était certainement pas aboli le 19 mars, il pouvait « tout au plus » être « altéré dans une légère mesure ».

Mais une contre-expertise réalisée un an plus tard a brisé cette version – et le narratif de la défense. D’abord, les deux experts doutent de la réalité de ce PTSD. Ils notent qu’il a été diagnostiqué un an après son retour du Mali alors que le temps de latence habituel relevé entre la survenance d’un événement traumatique et l’apparition d’un syndrome de stress post-traumatique varie de quelques semaines à quelques mois, « rarement davantage ». Ensuite, ils soulignent que les déviances de Le Priol telles que la consommation d’alcool et des actes de violence étaient antérieures au diagnostic de ses troubles. Enfin, ils estiment que ceux-ci ne peuvent être considérés comme un facteur d’atténuation pour ce qui est du meurtre de l’ancien rugbyman argentin.

Il y a, dans cette analyse, un passage digne d’intérêt. Appelés à se prononcer sur l’argument de Le Priol selon lequel le tueur qu’il est devenu serait le produit de l’armée, ils écrivent : « Nul doute que les forces armées aient pu tirer parti un temps des tendances psychopathiques du mis en cause et en particulier de sa propension à l’action mais aussi de sa pulsionnalité agressive et de la force [de] sa destructivité ». Ils rappellent à ce sujet les déclarations de Le Priol lors de leur entretien : « J’ai les qualités de mes défauts. Parfois la frontière entre le courage et la connerie est assez fine. L’armée a su en tirer avantage ». Autrement dit : ce n’est pas l’armée qui l’a transformé, elle n’a fait qu’exploiter sa propension à la violence. Et l’alimenter.

Au feu à 19 ans

Ainsi, l’homme qu’il est devenu n’est pas le pur produit de l’armée, comme il voudrait le faire croire. Mais l’armée n’est pas non plus étrangère à sa dérive. C’est elle qui lui a appris à tuer. Elle aussi qui — il l’a suggéré à l’audience — lui a donné le goût des armes :

« – Vous aimez les armes ? demande le président.

 Depuis que l’armée m’en a mis entre les mains, répond-il avec malice. »

L’armée ne l’a donc peut-être pas entièrement façonné, mais elle y a participé, inévitablement. Comment pourrait-il en être autrement, alors qu’il n’était qu’un adolescent quand elle lui a ouvert ses portes ?

Loïk Le Priol n’a que 16 ans quand il s’engage dans la marine, à l’École des mousses qui vient de rouvrir à Brest. Il en a 17 quand il part à Lorient pour suivre une formation de fusilier-marin. Il n’en a pas encore 18 quand il intègre l’escouade de combat et est à peine majeur quand il suit une formation de quatre mois pour devenir commando. À cette date, il est déjà connu des services de police et est fiché S pour ses liens avec des groupuscules d’extrême droite, dont le GUD. Et l’armée le sait. Le Priol n’a pas manqué de le rappeler lors des débats : « Ça ne m’a pas empêché de rejoindre les forces spéciales ».

Selon « Alpha 56 », la hiérarchie le convoque une première fois : le commandant de l’école de Lorient lui demande de rompre avec ses amis gudards. Puis une deuxième fois à la fin du stage commando. Et une troisième fois quand il intègre les forces spéciales. « Il s’agit de donner une seconde chance » à ce genre d’individus, explique le témoin anonyme. Il s’agit surtout de compter sur des éléments capables de mener les missions les plus délicates — ou les plus sales. Comme le suggèrent les psychiatres dans leur rapport, ce genre de profil est recherché par l’armée. On n’apprend pas à tuer à des agneaux…

La formation qu’il suit est extrême, tant sur le plan physique que psychologique. Les stagiaires sont soumis à des épreuves qui, déjà, peuvent traumatiser : des cris de femmes, d’enfants, imposés pendant plusieurs minutes, des situations de stress intense, comme une simulation de prise d’otages. Le Priol est le plus jeune — c’est du moins ce qu’il prétend –, ce qui ne l’empêche pas d’être sélectionné. Sa famille est fière. Son père surtout : « Moi j’ai servi chez les paras, c’était pas facile, mais lui chez les commandos, c’était encore plus difficile », déclare-t-il à la barre.

À 18 ans, il intègre le commando Montfort, une unité des forces spéciales considérée comme l’élite de la marine, appelée à mener les missions les plus périlleuses. Devise de l’unité ? « Plutôt mourir que faillir ». Et quelques mois plus tard, en août 2013, alors que l’on avait promis à sa mère qu’il ne serait pas tout de suite envoyé au feu, il part pour le Mali et rejoint le détachement Sabre 3. Huit mois plus tôt, la France a envoyé 5 000 hommes dans ce pays pour combattre les djihadistes. Les réserves humainesde l’armée sont limitées, il faut tirer sur la corde, quitte à exposer des gamins qui ne sont pas prêts.

Devant ses proches lorsqu’il est encore libre, et face à la cour aujourd’hui, Le Priol reste pudique sur les opérations qu’il a menées. Derrière son écran, « Alpha 56 » n’en dit pas plus. « Contre-terrorisme », se contente-t-il d’expliquer, ce qui implique « neutralisations et captures ». Une « neutralisation », dans le langage militaire, c’est une exécution. Et des exécutions, il y en a beaucoup au Mali à cette époque.

Les combats y sont encore rudes même si la force Serval a pris le contrôle des principales villes du nord. Les djihadistes opposent une résistance farouche dans l’Adrar des Ifoghas. À plusieurs reprises, Le Priol se fait remarquer : « en contribuant à la découverte et à la saisie d’une cache d’armes », en « délivrant des tirs sur [un] véhicule [ennemi] », en ripostant à une attaque, peut-on lire dans le dossier militaire auquel Blast a eu accès. En tuant donc, très probablement. Il reçoit une première médaille, individuelle, puis une deuxième, collective. Il est sanctionné aussi, pour des problèmes de discipline.

Une fin de carrière prématurée

Derrière son écran, « Alpha 56 » évoque une carrière « en dents de scie ». Le Priol était « compétent », avait un « caractère affirmé », un « esprit combattant », et il était « d’un bon niveau » au tir. Mais il manquait de maturité et avait du mal à accepter l’autorité, d’où une notation assez médiocre : +1 la première année, soit la normale, +0,5 les deux années suivantes, soit en dessous de la moyenne.

Il voulait aller plus vite que la musique, et il a fini par se brûler les ailes. Après une deuxième mission au Sahel en 2014, il se retrouve à Djibouti en 2015. Dans cette ancienne colonie française où l’armée est comme chez elle cinquante ans après l’indépendance, on ne combat pas, on s’entraîne et on se prépare à (re)partir à la guerre. C’est ce qui attend Le Priol — il doit retourner au Mali avec son unité — quand, le 5 juin 2015, il sort en boîte de nuit avec trois camarades au-delà de l’heure du couvre-feu, et est accusé par une femme de l’avoir violemment agressée. Le Priol est le plus jeune des quatre, le plus alcoolisé aussi. Il échappe de peu à un lynchage à la sortie de la boîte de nuit, à 5 heures, est amené au poste de police, est mis aux arrêts pendant douze jours, puis il est entendu par un juge djiboutien.

C’est parole contre parole. La femme, une prostituée d’origine éthiopienne, l’accuse de l’avoir frappée après qu’elle a refusé une sodomie qu’il voulait lui imposer, et alors qu’un camarade, Tommaso P., attendait son tour. Sur les photos intégrées dans son dossier militaire, elle est défigurée : les joues boursouflées, des plaies un peu partout. À l’hôpital, on lui a prescrit une Interruption de Temps de Travail (ITT) de 21 jours. De son côté, Le Priol nie et explique qu’il a été victime d’une « arnaque », « un stratagème » visant à extorquer de l’argent aux militaires français en les accusant d’avoir frappé des femmes. « Sur place, on est considérés comme des portefeuilles sur pattes », explique-t-il à la cour. Ce n’est pas faux. Mais cela n’exclut pas que des militaires commettent ce genre de violences.

L’affaire est grave, elle remonte jusqu’à Paris. Au ministère, on se demande s’il faut lui apporter la protection juridique. Dans un courrier interne, Claire Landais, la directrice des affaires juridiques du ministère des armées, précise que « l’époque n’est pas tellement à prendre le risque qu’on dise que l’institution protège les agresseurs de jeunes femmes, surtout quand ils sont de toutes façons fautifs de se retrouver à cette heure-là dehors. » Mais les gradés évoquent le contexte, rappellent que c’est « parole contre parole », et l’un d’eux, qui évoque de nombreuses incohérences, livre son sentiment : « Cette histoire est montée de toutes pièces. » On n’en aura jamais la certitude.

Un protocole d’accord est signé le 29 juin : Le Priol s’engage à verser à la victime présumée la somme de 350 000 francs djiboutiens, soit environ, à l’époque, 1 800 euros. À la juge d’instruction comme devant la cour, Le Priol affirme qu’il a été « blanchi ». Ce n’est pas tout à fait exact : l’enquête a été stoppée à Djibouti après l’accord financier, et en France, elle n’a jamais été ouverte.

Une semaine plus tard, il est rapatrié, officiellement pour des raisons de santé, et placé en congé maladie : le PTSD vient de lui être diagnostiqué. Le Priol ne le sait pas encore, mais c’est le début de la fin pour lui. Deux ans plus tard, il sera radié de l’armée pour son implication dans l’affaire Klein. Fin de carrière à 23 ans. Frustration et incompréhension : le jeune homme a le sentiment d’avoir été sacrifié. Et sa famille pense comme lui.

Tout cela n’explique pas sa soif de violence : ses nombreuses bagarres, l’humiliation filmée de Klein (en octobre 2015, soit deux mois après son rapatriement) et « l’exécution » — un terme employé par un enquêteur — d’Aramburú. Mais un peu quand même. Face à Klein, on l’entend dans la vidéo expliquer en guise de menace qu’il en a « buté plus d’un là-bas » – comprendre : au Mali. Shaun Hegarty, l’ami d’Aramburú qui était avec lui le 19 mars et qui l’a vu mourir dans ses bras, se souvient avoir entendu Le Priol, sur la terrasse du bar Le Mabillon, quelques minutes avant le drame, se vanter d’être un ancien des forces spéciales.

Crédits photo/illustration en haut de page :
Margaux Simon

Rémi Carayol

https://www.blast-info.fr/articles/2026/le-priol-larmee-appelee-a-la-barre-jJnKclN1QQ2FBnChf02pTg

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