Les derniers secrets de l’entreprise d’Axel Loustau, néofasciste et ami de Marine Le Pen

Les derniers secrets de l’entreprise d’Axel Loustau, néofasciste et ami de Marine Le Pen

30/06/2026

Salariés fan d’Hitler, contrats avec la RATP, Optic 2000 ou le Cercle national des armées…

Par Daphné Deschamps

Astoria Sécurité, l’entreprise en crise du néofasciste Axel Loustau a été vendue début 2026 à un nouveau gérant. StreetPress s’est procuré la liste des derniers contrats avec des organismes publics et des entreprises privées prestigieuses.

18 février, tribunal de Paris (75) – Axel Loustau fixe ses chaussures, le regard fermé et le visage parcouru de tics. L’ancien élu du Rassemblement national et ex-membre du groupe néofasciste GUD passe sous les fourches caudines de la justice pour diverses entraves au droit syndical au sein de l’entreprise de sécurité privée qu’il dirige, Astoria, comme l’a raconté l’Humanité. Entre CSE fantoche, « élections factices » et faux procès-verbaux, la liste des reproches est longue. Devant la cour correctionnelle, l’entrepreneur tente de justifier ses entorses au code du travail en évoquant un « marché en crise », une situation « difficile pour une petite PME familiale » qui a « perdu beaucoup de gros contrats » récemment. Un des principaux a été le lucratif accord avec le musée parisien de la Cité des Sciences, entre 2011 et 2024, qui a représenté près de 25 millions d’euros. Ce marché public a été révélé en janvier 2024 par StreetPress et n’a pas été renouvelé. De quoi courroucer Axel Loustau et entraîner une plainte d’Astoria Sécurité envers notre média. Et aussi la fin de son entreprise.

En janvier 2026, ce grand ami de Marine Le Pen, qu’il a connue à Assas dans les années 90 en même temps qu’il était chez les néofascistes du Groupe union défense (Gud), a revendu Astoria à un autre patron habitué de la sécurité privée : Fabrice B. Celui-ci, qui a renommé l’entreprise Veccia Sécurité-IDF, tombe des nues quand StreetPress le contacte, affirmant n’avoir aucun lien avec l’extrême droite . Là pour reprendre l’entreprise, et à terme l’intégrer à sa propre société, il assure en toute transparence (1) : l’ère Loustau, c’est fini.

Une nouvelle de taille dans la mouvance radicale, tant l’entreprise a servi de point de passage à de nombreux militants proches du père ou de son fils, Gabriel, qui doit répondre devant la justice de plusieurs affaires de violences. Pendant des années, Axel Loustau et Astoria ont pu engranger de nombreux contrats de sécurité. StreetPress en a déniché un avec le Cercle national des armées – maison des officiers de France et établissement public administratif par-dessus le marché –, qui a pris fin en 2024. Mais nous avons aussi retrouvé les agents aux vestes brodées du logo de la société, un triangle rouge vert et bleu, dans de multiples lieux parisiens. Ainsi, en plus de stations majeures de la RATP, Astoria a offert ses services au restaurant de la Maison de l’Amérique latine – haut-lieu de la communauté diplomatique latino-américaine locale –, au prestigieux théâtre parisien du Rond-Point, au cirque Gruss ainsi qu’à l’hôpital privé des Peupliers dans le 13ème arrondissement de la capitale… Mais aussi dans des sièges sociaux de grandes entreprises comme Elior – multinationale dans la restauration et les services –, l’opticien popularisé par Johnny Hallyday Optic 2000, ou chez le leader en France de la distribution de produits pharmaceutiques OCP. Enfin, Astoria est également à l’entrée de trois lycées privés de Versailles, dont la très prestigieuse prépa Sainte-Geneviève, aka Ginette.

Toujours un contrat à la Cité des Sciences

Le nom Loustau a mauvaise presse. Avant de s’insérer dans l’appareil du Front national, Axel était fan du Waffen-SS Léon Degrelle au point d’aller le rencontrer pour une dédicace. Au sein du parti lepéniste, il a été conseiller régional de 2015 à 2021 et a longtemps représenté la « GUD connexion », un terme qui illustre la galaxie d’entreprises d’une poignée de gudards dans des secteurs divers, dont les activités ont été régulièrement documentées par nos confrères de Mediapart et du Monde. Un temps trésorier de « Jeanne », le micro-parti de Marine Le Pen, Axel Loustau a été impliqué dans l’affaire des « kits de campagne », pour laquelle il a bénéficié d’un non-lieu. Pour éviter que son image sulfureuse ne nuise aux affaires, l’entrepreneur a été un habitué des tours de passe-passe administratifs, comme StreetPress l’a détaillé dans sa précédente enquête : changements réguliers de gérant, de président, ou même de nom… Quand Axel Loustau est interrogé à ce sujet par l’inspection du travail, sa réponse est très claire : 

« Il n’y a pas de directeur général. Mon parcours politique très médiatisé m’a porté préjudice dans les affaires, aussi j’ai mis en place des mécanismes d’organisation des sociétés pour protéger leurs activités. »

Aujourd’hui, Astoria a vu sa masse salariale se réduire considérablement par rapport à ses « grandes heures », mais compte toutefois 114 salariés en juin 2026 – contre 256 en juillet 2024 –, répartis entre agents de sécurité et cadres. Une grande partie d’entre eux sont dispatchés sur six sites de la RATP, dans certaines des stations de métro les plus fréquentées de la capitale, comme Nation, Châtelet, Gare de Lyon, Denfert-Rochereau ou Saint-Michel. 

En plus de la régie publique, Astoria Sécurité a gardé un pied dans la Cité des sciences, malgré la perte de son marché principal en 2024, qui représentait près d’une centaine d’employés. Désormais, seul un groupe de sept salariés à la veste brodée du triangle gère la vidéosurveillance du musée des technologies. Comme fréquemment dans le milieu de la sécurité, une partie de ses anciens subalternes a été transférée à l’entreprise qui a repris le marché. « On est toujours très proches de l’équipe principale, et on les dépanne parfois, alors qu’on n’est pas censés », souffle toutefois un ex-employé qui décrit la « porosité » qu’il y aurait entre l’équipe d’Axel Loustau et celle gérée par la nouvelle entreprise.

Les autres travailleurs d’Astoria ont pu ces dernières années être répartis au sein d’entreprises privées, mais aussi d’établissements publics, ou fortement subventionnés par l’État. Certaines de ces entreprises, à l’image du théâtre parisien du Rond-Point et des écoles versaillaises, ou de l’administration publique comme le Cercle national des armées se sont murées dans le silence. Pour d’autres, le service communication a parfois déclaré « ne pas savoir vers qui orienter » StreetPress. Le gérant du restaurant de la Maison de l’Amérique latine, sous-traité à la multinationale Elior, nous a indiqué que le contrat avec Astoria était terminé. Il a aussi affirmé que la société leader dans la restauration collective et les services ne travaillait pas avec Astoria. « Ils ont leur propre service de sécurité », a-t-il assuré. Pourtant, le siège d’Elior est bien présent au sein d’une liste des clients d’Astoria que StreetPress a pu consulter… L’entreprise basée à La Défense n’a jamais répondu à nos sollicitations à ce sujet. 

Un repaire à gudards 

Pour bon nombre de ces contrats, Astoria a un contact direct avec le public. Or, l’entreprise faisant partie de la Gud Connection, une partie des employés sont d’anciens militants néofascistes, souvent violents. Parmi les sept conservés par la société à la Cité des sciences, le responsable de site Sébastien Vannier est un vétéran d’Astoria et un très proche d’Axel Loustau. C’est aussi un fan du IIIe Reich et d’Adolf Hitler. En 2014, sur Facebook, il poste par exemple un extrait de sa collection, entre édition vintage de Mein Kampf, CD de chants de la Waffen-SS et ouvrages historiques à la gloire de « l’ordre SS », qu’il qualifie de « albums Panini » et de « chants de supporters ». Encore aujourd’hui, il assume sur le réseau social sa citation préférée en allemand : « Notre honneur s’appelle fidélité », soit la devise des Waffen-SS.

D’autres gudards seraient toujours en activité. L’entreprise a accueilli par exemple le militant parisien Charles Février. Celui-ci est actuellement mis en examen dans le cadre de l’enquête sur l’attaque par le groupe des Hussards – successeurs du Gud – d’une projection de film en février 2025. Des cris « Paris est nazi » ont été pronoés et un syndicaliste CGT a été sérieusement blessé. Au moment de l’attaque, le militant d’extrême droite avait un emploi étudiant au sein d’Astoria. Pendant longtemps, il y a surtout eu dans l’effectif le fils d’Axel Loustau, Gabriel. Il est depuis ses 18 ans le président de la financière Wagram – entreprise familiale qui a longtemps été le propriétaire officiel d’Astoria Sécurité. Le vingtenaire a été condamné en 2024 pour des violences homophobes et des appels à la haine raciale en ligne. En mai dernier, il est passé devant le tribunal de Paris pour des violences qu’il aurait commises dans un bar parisien mi-avril. À la barre, il a affirmé avoir quitté son emploi dans la finance pour se concentrer « à 200% à l’entreprise familiale en difficulté ». Pourtant, le nouveau gérant Fabrice B. l’affirme, attestation d’honneur d’un cabinet comptable à l’appui, il ne fait plus partie de l’effectif de Veccia à ce jour.

Du temps d’Axel Loustau, Sébastien Vannier comme son fils ont même été élus au sein du CSE de l’entreprise, alors qu’il est illégal d’y mettre ses enfants. Des faits qui ont contribué à la condamnation du père en février à 5.000 euros d’amende dont 2.500 avec sursis, ainsi qu’à 10.000 euros d’amende, dont 5.000 avec sursis pour Astoria. Dans ses réunions fantoches concoctées à l’époque par le désormais ex-patron d’Astoria, StreetPress a pu identifier trois autres anciens gudards.

L’ère Loustau n’est peut-être pas terminée

L’entreprise a également servi de couverture auprès de jeunes militants néofascistes pour éviter des placements en détention provisoire. L’ancien leader du Gud Marc de Cacqueray-Valmenier, a pu fournir à la justice une promesse d’embauche d’Astoria, qui lui avait promis un poste de DRH à 5.000 euros par mois. De quoi lui éviter la prison. 

Interrogée sur ces employés aux accointances radicales, la nouvelle société Veccia assume ne pas les licencier « tant qu’ils n’ont pas été condamnés pour violences, ou qu’ils ne font pas de prosélytisme ». Si Loustau fils n’est plus dans l’entreprise, quid de Sébastien Vannier ? Pour les nouvelles élections au CSE que Veccia organise le 3 juillet prochain, une liste s’est montée sous l’étiquette CGT. En tête de liste : Sébastien Vannier, certain d’être élu, ainsi qu’Emmanuelle Gaillard, ancienne présidente d’une des sociétés qu’utilisait Axel Loustau pour dissimuler ses parts dans l’entreprise. Contactée, la fédération Commerce et Services de la CGT s’est déclarée « flouée », et a annoncé prendre immédiatement des mesures pour les exclure de ses adhérents, et « demander l’annulation des élections si nécessaire ». Si l’ère Loustau semble terminée, elle laisse encore quelques traces.

(1) La vente et le changement officiel de propriétaire ne sont pas encore affichés sur les sites spécialisés. Fabrice B. a envoyé à StreetPress les documents comptables pour prouver ses déclarations.

Daphné Deschamps

Illustration de Une par Caroline Varon.

https://www.streetpress.com/1782744911-derniers-secrets-entreprise-axel-loustau-neofasciste-ami-marine-le-pen-extreme-droite-astoria-gud-illegal/?utm_source=brevo&utm_medium=email&utm_campaign=FAF%20JUIN%202026

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