Rapport
Publié le 10.06.2026
Temps de lecture estimé : 22 minutes
Israël et Territoires Palestiniens occupésJustice internationale

Des pelleteuses, protégées par les forces de sécurité israéliennes, démolissent une maison palestinienne construite sans permis israélien, dans le village d’al-Dirat, en Cisjordanie occupée, le 4 mai 2026.
HAZEM BADER / AFP via Getty Images
Alors qu’Israël poursuit le génocide à Gaza, le pays mène en parallèle, à quelques kilomètres à peine, une campagne de nettoyage ethnique contre les Palestinien·nes de Cisjordanie. Les colons israéliens harcèlent, pillent et attaquent les populations palestiniennes, les poussant à fuir leur terre ancestrale. Depuis 2023, ces violences ont explosé. Loin d’être le fait de quelques colons extrémistes isolés, elles sont en réalité délibérément orchestrées par l’Etat d’Israël.
Comment organise-t-il, finance-t-il et encourage-t-il la violence des colons en Cisjordanie en vue d’annexer le territoire ? C’est ce qu’explique notre rapport à partir de témoignages, de vidéos vérifiées, d’images satellites et d’analyses de politiques publiques israéliennes.
Les violences documentées en Cisjordanie ne sont pas le fait de quelques “brebis galeuses” ou de colons isolés. Il s’agit d’une campagne délibérée, orchestrée par l’Etat d’Israël. Un nettoyage ethnique. L’objectif est clairement explicité par le gouvernement israélien : vider la Cisjordanie de la population palestinienne pour que le territoire soit annexé à Israël. C’est ce que révèle notre rapport “Eradiquer toute présence palestinienne : le nettoyage ethnique des communautés bédouines et pastorales de Cisjordanie par Israël”.
La Cisjordanie, où vivent quelque 3 millions de Palestinien·nes, est occupée par Israël depuis la guerre des Six jours de 1967. Depuis lors, les colonies et les avant-postes israéliens se multiplient. Les colons encerclent des villages palestiniens et s’en emparent peu à peu.
Après l’arrivée au pouvoir de la coalition de Benyamin Netanyahou et les terribles attaques du 7 octobre 2023 du Hamas et d’autres groupes armés palestiniens qui ont tué environ 1200 personnes – pour la plupart des civil·es israélien·nes – la violence se débride. Israël commet un génocide contre les Palestinien·nes de la bande de Gaza occupée et accélère sa campagne de nettoyage ethnique des Palestinien·nes de Cisjordanie.

Les violences des colons explosent, les colonies s’étendent. Les communautés bédouines et pastorales palestiniennes de la zone C de la Cisjordanie sont particulièrement touchées. La zone C, qui représente plus de 60% du territoire, est contrôlée par l’armée israélienne depuis le partage de la Cisjordanie en trois zones, en vertu des accords d’Oslo de 1995. Dotée de riches ressources naturelles et agricoles, elle attise les convoitises. Les autorités israéliennes cherchent à s’en emparer à n’importe quel prix, même celui des vies humaines. Comment nous avons enquêté ?
Amnesty International a mené des recherches sur 27 communautés bédouines et pastorales de la zone C qui ont été déplacées de force entre 2023 et 2025, ou qui risquent de l’être.
Notre équipe de recherche a interrogé 45 Palestinien·nes qui avaient été déplacé·es ou qui risquaient de l’être, 19 avocat·es, des militant·es témoins d’incidents de violence commis par des colons, des journalistes et des représentant·es d’ONG israéliennes et palestiniennes.
Elles ont vérifié plus de 420 vidéos et images, analyser des déclarations officielles du gouvernement, des accords, législations, cartes, images satellites, des rapports de l’ONU et de la société civile.
Qu’est-ce que le nettoyage ethnique ?
Amnesty International utilise ce terme conformément à la Définition de 1994 de la Commission d’experts des Nations unies sur l’ex-Yougoslavie. Elle décrit le nettoyage ethnique comme « une politique délibérée conçue par un groupe ethnique ou religieux visant à faire disparaître, par le recours à la violence et à la terreur, des populations civiles appartenant à une communauté ethnique ou religieuse distincte de certaines zones géographiques ». Les Nations unies alertaient en mars 2026 sur le risque de nettoyage ethnique en Cisjordanie.
Bien que le nettoyage ethnique ne soit pas reconnu comme un crime autonome en droit international, il implique des actions comme la torture, des arrestations, des violences sexuelles, des déplacements forcés qui peuvent constituer des crimes de guerre, crimes contre l’humanité voire le crime de génocide, des crimes qui sont contraires au droit international. Entre janvier 2023 et avril 2026, le gouvernement a déclaré 102 nouvelles colonies, un record dans l’histoire d’Israël.
Un large soutien financier
Ces dernières années, les fonds alloués par le gouvernement au mouvement des colons ont explosé. Certaines colonies ont même été classées comme “zones prioritaires nationales”, ce qui leur permet d’obtenir davantage d’aides financières de l’État.
122% d’augmentation
du budget annuel du ministère des Colonies et des Missions nationales au cours des trois premières années du mandat du gouvernement. Cela représentait 254,6 millions de dollars en 2026.
1,1 milliard de dollars alloué en 2023
au ministère des Transports pour moderniser et développer les routes destinées exclusivement aux colons en Cisjordanie.
La confiscation des terres
Les autorités israéliennes utilisent plusieurs méthodes pour s’emparer des terres agricoles de la zone C. L’une d’elles consiste à labelliser ces terres comme “terres d’Etat”, “réserves naturelles” ou “réserves archéologiques”. Cela permet d’empêcher les Palestinien·nes d’y vivre ou d’y travailler.
En zone C, 58 % des terres ne sont pas enregistrées. En février 2026, les autorités israéliennes avaient déjà pris le contrôle de la moitié d’entre elles en les déclarant propriétés publiques.
La démultiplication des avant-postes
Une autre stratégie bien connue consiste à construire des avant-postes, souvent des fermes d’élevage installées par des colons près de villages palestiniens. Ces constructions sont illégales, selon le droit israélien et le droit international. Pourtant, les autorités israéliennes continuent de les encourager, dans les discours comme dans les lois, et vont parfois jusqu’à les légaliser rétroactivement.
Avec l’appui de l’État, ces avant-postes se multiplient en toute impunité : sur les 368 recensés en avril 2026, 58 % ont été créés depuis 2023.

Des logements au seul profit des colons
En zone C et à Jérusalem Est, les Palestinien-nes doivent obligatoirement obtenir un permis délivré par Israël pour construire une maison, une école, ou même des infrastrutures pour s’approvisionner en eau.
En 2023 et 2024, aucun projet de logement palestinien n’a été approuvé en zone C, et seuls 9 permis ont été délivrés pour des logements. Dans le même temps, les démolitions d’infrastructures palestiniennes ont atteint des niveaux records ces derniers années, sous prétexte qu’elles avaient été construites sans permis.
3407 démolitions
des habitations et structures palestiniennes dans la zone C entre janvier 2023 et avril 2026, déplaçant 2 996 Palestinien·nes selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA).
En parallèle de ces destructions, la construction de nouveaux logements de colons a atteint un niveau inédit. Entre 2011 et 2022, 5 433 nouveaux logements étaient construits en moyenne chaque année. En 2025, 27 941 logements ont été approuvés.
Un régime d’apartheid
Avec la confiscation de leurs terres, les Palestinien·nes de Cisjordanie sont déplacés de force et confinés dans des enclaves surpeuplées. Leurs droits sont fortement restreints, notamment leur liberté de circulation. Certaines routes sont réservées aux colons israéliens tandis que celles laissées à la population palestinienne sont bloquées par de nombreux obstacles militaires.
Leur accès à l’eau et à la terre, des moyens de subsistance essentiels, est également sévèrement limité. Pour forcer les Palestinien·nes à quitter leurs terres, des colons détruisent leurs systèmes d’approvisionnement en eau et saccagent leurs terres agricoles. Des bergers dont les troupeaux sont accusés de paître sur les “terres d’État” sont condamnés à de lourdes amendes et sont souvent contraints de vendre leurs animaux pour les payer.
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Amir Levy/Getty Images /
La violence des colons : le principal outil de déplacements forcés des Palestiniens en Cisjordanie
Depuis 2023, avec le soutien politique, juridique et financier total de l’Etat, la violence des colons s’est déchainée. C’est la cause majeure des déplacements forcés des Palestiniens en zone C et en particulier des communautés pastorales et bédouines.
Les colons utilisent principalement trois tactiques pour déplacer de force les communautés palestiniennes :
- attaquer les habitations, les villages et les biens ;
- harceler, menacer et agresser physiquement les habitant·es ;
- cibler les moyens de subsistance, notamment en limitant l’accès aux pâturages ou à l’eau, en volant du bétail ou en détruisant des champs agricoles.

Le village Zanuta vidé de sa population
Zanuta. Dans ce village de bédouins palestiniens, on vit depuis des générations de l’élevage, de l’agriculture et de la production laitière. Dans les années 1980, lorsque les premières colonies font leur apparition, le harcèlement commence pour la communauté.
En 2021, un avant-poste illégal israélien s’installe à un kilomètre du village : la ferme Meitarim, dirigée par le colon Yinon Levi. Très vite, les menaces et les attaques se multiplient. Des tentes sont incendiées, des salles de classe sont saccagées, des maisons vandalisées, des réservoirs d’eau vidés. Les habitant·es sont frappés à coups de jets de pierres ou de crosses de fusils. À plusieurs reprises, les habitant·es signalent ces attaques à la police israélienne. Mais aucune mesure n’est prise.
Le 21 octobre 2023, nouvelle attaque. Cette fois, les colons sont accompagnés par les forces israéliennes. Ils menacent les habitants qui refusent de partir. La communauté n’a alors pas d’autre choix que de fuir.
Aujourd’hui, le village de Zanuta, qui abritait 250 habitant·es dont 100 enfants, n’existe plus. Nos équipes ont analysé des vidéos et des images, et recueilli des témoignages sur place : Zanuta a été rayé de la carte à cause des violences des colons israéliens.


En juillet 2024, la Cour suprême d’Israël ordonne à la police et à l’armée de faciliter le retour de la communauté de Zanuta et de protéger les habitant·es. Mais chaque tentative de retour se heurte à la violence des colons et la complaisance des forces israéliennes.
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Les autorités israéliennes ignorent la décision de justice. Au lieu de protéger les habitant·es de Zanuta, elles se rangent du côté des colons. En avril 2025, les ministres Bezalel Smotrich et Orit Strock se rendent à la ferme de Meitarim. Devant les caméras, ils participent à une cérémonie de distribution de véhicules tout-terrain, de caméras et de matériel de vision nocturne aux colons installés dans les avant-postes. Tout cela aux frais de l’Etat.
« Les colons héroïques et pionniers qui vivent ici mettent en œuvre le sionisme, et ils ont besoin de sécurité… Nous sommes ici pour construire avec eux et pour coloniser la terre…” martèle le ministre des Finances, Bezalel Smotrich.
Zanuta est un exemple tragique, mais ce n’est pas une exception. Le village illustre le sort de nombreuses communautés bédouines et pastorales palestiniennes de la zone C. Entre janvier 2023 et avril 2026, au moins 117 communautés palestiniennes, principalement bédouines et pastorales, ont été déplacées totalement ou en partie. Selon l’ONU, cela représente au moins 5 910 personnes déplacées de force.
D’autres communautés sont aujourd’hui menacées. Dans le nord de la vallée du Jourdain, au moins 38 communautés pastorales palestiniennes – soit environ 7000 personnes – risquent d’être déplacées, alors qu’Israël poursuit ses politiques liées à l’annexion.
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Des colons financés, armés, habillés par l’Etat
Les colons sont financés, armés et équipés par l’Etat. L’armée et la police israéliennes sont aussi autorisées à les soutenir, voire à participer aux attaques.
Drones, véhicules tout-terrain, lunettes de vision nocturne, matériels de communication, caméras, portails électriques : le gouvernement consacre plusieurs millions de dollars à suréquiper les colons comme des soldats. En face, les communautés palestiniennes pastorales et bédouines sont désarmées et dépossédées. En juillet 2024, 23 millions de dollars ont été alloués par le ministère de la Colonisation et des Missions nationales pour moderniser les infrastructures de sécurité dans les avant-postes.
Le gouvernement finance aussi directement des organisations de colons impliquées dans les violences et l’expropriation des Palestinien·nes. HaSHomer Yosh, qui recrute des volontaires israéliens dans les avant-postes, a reçu plus d’1 million de dollars. Nos équipes ont vérifié des vidéos montrant leurs membres en train de harceler et d’agresser des Palestinien·nes de communautés bédouines et pastorales. Des colons armés par l’Etat d’Israël :

Ces images extraites de vidéos enregistrées par Al-Haq le 19 juillet 2024 montrent des colons masqués attaquant à coups de bâton des membres de la famille Najjar devant leur domicile à Shi’b al-Butum.
Déplacements forcés : crimes de guerre et crimes contre l’humanité
L’expulsion des civil·es, la destruction ou la confiscation de leurs biens sans nécessité militaire est interdit par les Conventions de Genève. Ces actes constituent des crimes de guerre. Lorsqu’ils sont commis de manière généralisée ou systématique, ces actes peuvent aussi être qualifiés de crimes contre l’humanité.
Notre rapport conclut que la campagne de nettoyage ethnique menée par Israël pour expulser les communautés bédouines et pastorales palestiniennes constitue, au regard du droit international humanitaire, un crime contre l’humanité de transfert forcé et un crime de guerre de transfert illégal.

Wisam Hashlamoun/Anadolu via Getty Images /
Un climat d’impunité totale
Les crimes commis par des colons israéliens contre les Palestinien·nes restent impunis. Pire encore, les victimes palestiniennes en viennent à craindre de porter plainte, au risque d’être elles-mêmes arrêtées et condamnées. Au-delà d’Israël, la passivité, voire la complicité, des autres États encouragent Israël à commettre ses crimes.
Des violences des colons impunies par l’Etat
Dans plusieurs cas documentés par nos équipes, des Palestinien·nes ayant signalé les violences ont eux-mêmes été interrogés, condamnés voire arrêtés, à la place des colons. Plusieurs d’entre eux racontent avoir été arrêtés et détenus pour “affrontement avec des colons”, sur la seule base du témoignage de ces derniers. Face à l’impunité totale des colons et à ce renversement des responsabilités, la plupart des Palestinien·nes n’osent aujourd’hui plus porter plainte.
94% des enquêtes soldées par un non-lieu
sur des infractions commises par les civil.es israélien·nes contre les Palestinien·nes.
Seules 3% ont abouti
à des condamnations partielles ou totales. Des violences protégées par la police et par l’armée
Yinon Levi : un cas emblématique des colons protégés par les autorités
Yinon Levi est le fondateur de la ferme Meitarim, l’avant-poste situé à un kilomètre de la communauté de Zanuta. Le village palestinien qui a depuis été rayé de la carte de la Cisjordanie et que l’on évoquait plus haut.
Yinon Levi a été filmé en train d’abattre Awda al-Hathaleen, un militant palestinien non armé, le 28 juillet 2025. Il a été arrêté et relâché dès le lendemain matin. Nos équipes ont analysé des vidéos qui le montrent retournant sur les lieux de l’assassinat, où il continue à harceler les résidents palestiniens. Au moment de la publication de notre rapport, il n’a toujours pas été inculpé pour meurtre.
Inaction voire complicité de la communauté internationale
Face aux violences des colons israéliens, plusieurs États ont adopté des sanctions ciblées contre certains individus ou organisations. Mais ces violences ne relèvent pas seulement d’actes isolés : elles s’inscrivent dans une politique d’État. Pour être réellement efficaces, les sanctions internationales doivent donc viser l’État d’Israël lui-même, et non se limiter à quelques colons.
La communauté internationale a des obligations juridiques claires : agir pour mettre fin à l’occupation illégale, au système d’apartheid et au génocide à Gaza. Aujourd’hui, son inaction persistante renforce l’impunité totale dont bénéficie Israël et contribue à encourrager une campagne brutale de nettoyage ethnique en Cisjordanie.
La communauté internationale s’est montrée soit complice, soit beaucoup trop passive […] Elle doit clairement signaler que l’ère de l’acquiescement tacite au nettoyage ethnique et à l’annexion pratiqués par Israël est révolue.
Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.
Nos demandes
Embargo économique
- Les États doivent immédiatement interdire tout commerce, tout investissement et toute forme de coopération ou d’aide financière contribuant à l’occupation illégale d’Israël, à son système d’apartheid et au nettoyage ethnique des Palestiniens en Cisjordanie.
- L’Union européenne doit suspendre son accord d’association avec Israël.
Demande de sanctions contre les responsables des crimes
Les États doivent agir pour empêcher Israël de continuer le nettoyage ethnique des Palestinien·nes en Cisjordanie occupée. Plusieurs pays, dont la France, viennent d’interdire l’accès de leur territoire au ministre des Finances, Bezalel Smotrich. Mais ce n’est pas suffisant. Nous demandons des sanctions ciblées pour ces cinq responsables de crimes :
- Benyamin Netanyahou, Premier ministre
- Itamar Ben-Gvir, ministre de la Sécurité nationale
- Israel Katz, ministre de la Défense
- Bezalel Smotrich, ministre des Finances
- Orit Strock, ministre des Colonies et des Missions nationales
Les autorités israéliennes doivent cesser leur campagne de nettoyage ethnique
Les autorités israéliennes doivent immédiatement :
- mettre fin au transfert forcé des communautés bédouines et pastorales palestiniennes ;
- démanteler toutes les colonies et les avant-postes israéliens ;
- permettre aux Palestiniens déplacés de retourner chez eux et d’accéder à des réparations pour les préjudices subis ;
- poursuivre en justice les auteurs des crimes commis à l’encontre de la population palestinienne.
Télécharger le rapport et la synthèse
Synthèse rapport Eradiquer toute présence palestinienne (PDF, 24,25 Mo)
Erasing anything Palestinian – Amnesty International report (PDF, 5,29 Mo)

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