11 juin 2026 Répression


«Par chance, j’étais réveillé, donc ils n’ont pas défoncé ma porte, mais ils ont défoncé celle de certains de mes colocataires»


Gabriel crie son soutien à la Palestine dans un mégaphone : il a été perquisitionné par la police anti-terroriste pour avoir dénoncé un génocide.

La fuite en avant répressive et autoritaire est sans fin. Tout ce qui devrait incarner la vitalité de la vie démocratique s’efface : les oppositions sont attaquées sans sommation, les contre-pouvoirs sont dissous, le suffrage des urnes n’est même plus respecté par nos dirigeants. Même dénoncer un génocide n’est plus autorisé… Le mirage républicain s’effondre. Deux mandats successifs de Macron auront réussi à mettre sur un piédestal l’avènement d’une société mûre pour le fascisme.

Le 1er juin 2026 à Strasbourg. Huit policiers cagoulés et armés sonnent au domicile de Gabriel Cardoen, la trentaine, et militant communiste. Parmi les agents, il apprend que quatre d’entre-eux font partie de la brigade anti-terroriste lors de la perquisition. C’est la stupeur. Les fonctionnaires fouillent dans l’appartement, passent en revue ses appareils électroniques, ses réseaux sociaux et ses conversations, s’intéressent à ses lectures. Les pandores prennent des images des livres anticapitalistes, féministes ou sur le fascisme présents dans sa bibliothèque… Gabriel est arrêté et passera plus de 35 heures en garde à vue.

Mais qu’est-ce qui justifie aux yeux des autorités une telle opération avec l’appui de l’antiterrorisme contre l’homme de 33 ans ? Quelques publications pro-palestiniennes sur Facebook. Il lui est reproché pêle-mêle des posts où il supporte la libération de la Palestine ou d’avoir appelé à des manifestations de soutien à Georges Ibrahim Abdallah, militant communiste libanais, défenseur de la cause palestinienne emprisonné en France durant 41 ans.

À sa sortie de geôle, Gabriel confiera au média Blast que ce déploiement répressif fait suite à une plainte déposée par le CRIF – le Conseil représentatif des institutions juives de France : «Les seuls éléments retenus contre moi sont ceux de cette plainte». Le CRIF n’est pas une organisation neutre. Elle est le relais du régime colonial israélien.

Pourtant, historiquement, le CRIF fut créé en 1944 dans le sillage de la résistance antifasciste et des réseaux de défense juive. Ce conseil se voulait pluriel, regroupant des juifs de différentes sensibilités politiques, unis dans la lutte contre le fascisme et l’antisémitisme. Le conseil est devenu l’officine de l’extrême droite israélienne, il organise des dîners mondains avec des propagandistes sionistes, des membres du gouvernement, s’acoquine avec le Rassemblement National. De la lutte contre l’antisémitisme aux amis de la colonisation et des crimes de Guerre commis en Palestine. Le CRIF mène une guerre d’usure aux personnes qui s’opposent à Israël.

Gabriel en est une des victimes parmi d’autres. Il avait déjà subi une tentative d’intimidation, en juillet 2025. Des individus avaient tagué sur le bas de son immeuble «bureau du Hamas» et «fuck Palestine» lorsque celui-ci affichait son soutien à la Palestine avec une banderole accrochée à son balcon.

Ce nouvel exemple n’est pas isolé. Depuis l’automne 2023, des syndicalistes, des députés LFI et des anonymes qui résistent aux régimes sionistes sont harcelés. Rima Hassan, Mathilde Panot ou Anasse Kazib ont tous été poursuivis pour «apologie du terrorisme», cuisinés dans les commissariats et salis par les soutiens inconditionnels d’Israël. Des procédures qui s’accompagnent d’interdictions de manifestations, de conférences pro-palestiniennes sur les campus universitaires, de généralisation de l’antiterrorisme. La loi Yadan, qui veut criminaliser l’anti-sionisme, n’a pas été votée mais elle est déjà appliquée dans les faits.

Gabriel ironise auprès du journaliste de Blast : «Par chance, j’étais réveillé, donc ils n’ont pas défoncé ma porte, mais ils ont défoncé celle de certains de mes colocataires». Le militant sera jugé le 19 octobre prochain pour «apologie du terrorisme», alors que c’est bien lui qui a été ciblé par la terreur d’État.

https://contre-attaque.net/2026/06/11/strasbourg-un-militant-pro-palestinien-perquisitionne-par-lantiterrorisme-pour-des-publications-sur-facebook/

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