Les États-Unis abritent plus de 4000 centres de données, indispensables au développement de l’IA. Mais à travers le pays, des habitants s’opposent à ces projets, qui provoquent des pollutions et risquent de détruire les ressources en eau.
par Rachel Knaebel
21 mai 2026 à 12h30 Temps de lecture : 3 min.

« En fin de compte, personne ne veut d’un centre de données chez soi », résume le média indépendant états-unien Mother Jones. Indispensables au développement de l’intelligence artificielle, les data centers se multiplient aux États-Unis. Le pays en compte plus de 4000, contre plus de 500 en Allemagne et au Royaume-Uni, plus de 300 en France.
Mais, du fait des nuisances sonores et des pollutions qu’ils peuvent provoquer, en plus de leur impact sur les ressources en eau, ces centres de données suscitent une opposition grandissante outre-Atlantique.
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En avril dernier, le collectif d’associations Data Center Opposition a recensé au moins 268 groupes locaux d’opposition à la construction d’un data center à travers les États-Unis. 209 nouveaux groupes de ce type ont été créés au cours des six derniers mois. « Cela représente plus d’un nouveau groupe par jour », souligne cette organisation dans un rapport sorti le mois dernier. Ces groupes se trouvent dans 37 États différents, aussi bien républicains que démocrates.
Une conséquence de l’IA
« L’une des principales raisons de la multiplication des groupes d’opposition réside dans la taille colossale des centres de données envisagés. La plupart des centres de données construits avant le lancement de ChatGPT en 2022 ont eu un impact moins perceptible sur les communautés locales, mais les plus récents sont bien plus vastes et nécessitent des ressources nettement plus importantes », explique le rapport du collectif Data Center Opposition. Les plus grands centres de données dédiés à l’IA « devraient consommer autant d’énergie que les grandes villes américaines ».
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Le rapport cite l’exemple d’un groupe dans le Missouri, qui a vu le jour en décembre 2025, lorsque la ville d’Independence a dévoilé son projet d’accueillir un gigantesque centre de données. Le programme était conditionné à l’approbation, par la ville, d’une généreuse réduction d’impôt en faveur de Nebius, la société à l’origine du projet. Les responsables municipaux avaient même signé des accords de confidentialité avec l’entreprise.
Mais la centaine de milliers d’habitants de la ville ont fini par être mis au courant, et se sont rapidement inquiétés de l’impact du projet sur leurs ressources en eau, car le data center nécessitera la mise en place d’infrastructures industrielles à grande échelle au-dessus d’une source d’eau potable. La mobilisation des habitants sceptiques a eu des effets politiques. Deux conseillers municipaux ayant voté en faveur de l’allègement fiscal ont perdu aux élections locales. Malgré tout, le projet est toujours en cours. Mais les opposants comptent bien aider les riverains du site à déposer un recours en justice.
Des dizaines de projets bloqués
Les habitants parviennent aussi à bloquer des projets. En 2025, « des dizaines de projets de centres de données représentant un investissement potentiel de 152 milliards de dollars » ont été bloqués ou suspendus du fait de l’opposition locale, a calculé le bureau d’étude Data Center Watch. Dans la ville de Peculiar, par exemple, toujours dans le Missouri, les autorités locales ont fini par modifier le plan d’urbanisme, en 2024, pour interdire les centres de données. Car les habitants s’étaient mobilisés contre un projet mené par une entreprise états-unienne, Diode Ventures. La même entreprise a abandonné l’an dernier un autre projet d’énorme centre de données à Richmond, en Virginie, « suite à la levée de boucliers des habitants et des autorités locales », résumait la société dans un communiqué de presse.
La même année, des projets ont été bloqués ou abandonnés par leur développeur du fait de l’opposition locale en Virginie, dans l’Indiana, l’Oregon… D’un projet à l’autre, les craintes sont les mêmes : l’impact de ces centres en termes de bruit, d’approvisionnement en eau et en électricité, et sur l’environnement.
Le mouvement se joue aussi au niveau politique. En avril, les législateurs de l’État du Maine, à la frontière canadienne, ont voté une loi pour interdire la construction de grands centres de données jusqu’en novembre de l’année prochaine. La gouverneure démocrate de l’État a bloqué la loi. Mais d’autres États réfléchissent à des moratoires similaires.
https://basta.media/Etats-unis-centaines-collectifs-s-opposent-aux-data-centers

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