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Sous forme de bloc-notes, chronique au fil des jours d’un monde en débâcle. À retrouver tous les mois.
26 mars 2026
La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), l’institution officiellement chargée de la protection et de la promotion des droits humains en France, publie une courte mais très sévère évaluation du Plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine qui avait été présenté à grand renfort de publicité par la Première ministre macroniste Élisabeth Borne en 2023 — et qui devait notamment (et rapidement) être mis en œuvre par les ministères de l’Intérieur et de la Justice.
Comme le relève la CNCDH dans cette note dont la presse et les médias mainstream n’ont — sans surprise – que très peu parlé, « ce plan, qui faisait pour la première fois des discriminations liées à l’origine un objet de politique publique », avait à ce moment-là « suscité des espoirs nombreux en raison de son ambition, de sa cohérence et d’une annonce de suivi par un comité biannuel ».
Mais trois ans plus tard, le bilan est, selon la commission, qui est tenue d’observer une certaine retenue diplomatique lorsqu’elle communique, « très décevant à plusieurs titres ».
Ce qui signifie, concrètement, et si l’on tient compte de cette nécessaire retenue, qu’il est accablant.
De fait, explique la CNCDH : plusieurs des mesures annoncées n’ont jamais été mises en œuvre, cependant que d’autres ont été purement et simplement abandonnées sans que personne ne sache pourquoi ni par qui cette renonciation a été décidée.
Et pour couronner le tout : le comité qui devait se réunir deux fois par an pour suivre la mise en œuvre du plan ne l’a tout simplement pas fait.
Cette désertion est d’autant plus grave, selon la commission, qu’ « après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023 et la riposte d’Israël à Gaza, les actes racistes et singulièrement antisémites ont explosé sur le territoire français », et qu’ « en 2024 et 2025 », leur nombre « est resté très élevé », de telle sorte que les ministères concernés auraient dû veiller tout particulièrement « à ce que la mise en œuvre (du) plan soit effective ».
Mais ce n’est donc pas du tout ce qu’ils ont fait – et cela établit que les macronistes qui ont passé les trois dernières années à instrumentaliser le combat contre la haine antijuive pour lancer d’ignobles accusations d’antisémitisme contre la gauche antiraciste n’ont presque rien fait, concrètement, pour lutter contre ce fléau.
Dans ces conditions : ne pas s’étonner, surtout, que le racisme prospère partout dans le débat public.

27 mars
Sur CNews, chaîne dite « d’information » du groupe Bolloré, un psychologue parisien du nom de Jean Doridot est invité à donner son avis sur l’élection, une semaine plus tôt, du candidat de La France insoumise Bally Bagayoko à la mairie de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis.
Sur son site professionnel, ledit Doridot se présente comme un spécialiste de l’hypnose – sans qu’on sache exactement si c’est ce talent original qui le qualifie pour commenter l’actualité sur CNews.
Il explique également qu’il a une formation d’ingénieur, mais qu’il a repris des études de psychologie à l’âge de trente ans, et que « cette “double culture“, confère à ses interventions un
caractère à la fois extrêmement humain et particulièrement rigoureux ».
C’est donc avec beaucoup d’humanité et de rigueur qu’après l’élection de Bally Bagayoko, ce raffiné personnage, répondant à une question d’un animateur de CNews qui lui demande si le nouveau maire de Saint-Denis entend « repousser les limites », déclare : « Sûrement qu’il y a un peu de ça. Maintenant c’est important de rappeler que l’Homo sapiens, nous sommes des mammifères sociaux et de la famille des grands singes. Et par conséquent, dans toute collectivité, dans toute tribu – nos ancêtres chasseurs-cueilleurs vivaient en tribus -, il y a un chef qui a pour mission d’installer son autorité. »
Pour commenter l’élection du nouveau maire de Saint-Denis, il faut insister un peu sur ce point, un psychologue qui se présente lui-même comme extrêmement humain et particulièrement rigoureux aura donc successivement convoqué « les grands singes », puis les chefs des tribus préhistoriques – sans que ces proférations ne suscitent la moindre réaction sur le plateau de CNews, où l’élection de plusieurs dizaines de milliers de maires blancs n’a bien sûr pas suscité la moindre évocation d’Homo sapiens, ni des tribus de chasseurs-cueilleurs.

28 mars
Le publiciste réactionnaire Michel Onfray délivre à son tour, sur la même chaîne du groupe Bolloré, quelques commentaires inspirés sur l’élection de Bally Bagayoko.
Il prête notamment à ce dernier un comportement de « mâle dominant » – et il précise, pour faire bonne mesure : « Ça, c’est tribal, mais on n’est pas dans une tribu primitive. »
Vingt-quatre heures avoir inspiré à un hypnotiseur une comparaison avec les « grands singes » et les « tribus » préhistoriques, l’élection du nouveau maire insoumis de Saint-Denis inspire donc une nouvelle évocation des mœurs supposées des « tribus primitives » à un autre collaborateur des médias du groupe Bolloré – qui n’a évidemment jamais mobilisé une telle référence pour commenter l’élection d’un maire blanc, et qui a donc réservé cette délicatesse particulière à un élu de parents maliens.
Bien évidemment : Onfray se défendra ensuite de toute intention maligne, en expliquant qu’il n’a à aucun moment parlé de « race » ou de « couleur de peau », et qu’il ne pouvait donc pas être « question de racisme » dans sa prestation.
Mais bien sûr, ce qui est en cause ici est le fait, sur lequel il faut également insister, que jamais au grand jamais les collaborateurs des médias du groupe Bolloré n’ont parlé de tribalisme primitif ou de « grands singes » pour évoquer un maire blanc, que ce lexique répugnant n’a donc été mobilisé que pour commenter l’élection de Bally Bagayoko, et que c’est d’abord ce double standard, qui est d’un racisme crasse.
Et dans ce déchaînement d’imprécations visant ce nouveau maire qui a l’effronterie d’être de gauche et de ne pas être blanc : la presse de droite subventionnée fait de son mieux pour ne pas se laisser distancer par les médias du groupe Bolloré.
30 mars
Ainsi, Le Figaro du groupe Dassault, qui a déjà publié trois jours plus tôt un article soutenant que Saint-Denis, après la victoire de son nouveau maire, devait être considérée comme un « dangereux laboratoire de la “Nouvelle France“ de Jean-Luc Mélenchon » où «les islamistes utilisent l’extrême gauche pour infiltrer nos institutions», en rajoute une louche en publiant une chronique dont l’auteur, horrifié lui aussi par l’élection de Bally Bagayoko, décrète : « Je l’écris solennellement : si l’immigration imposée de force au peuple français ne cesse pas immédiatement, la France sera un grand Saint-Denis dans dix ans. »
Rappelons, au passage, que ces imprécations sont indirectement sponsorisées par les contribuables, dont les impôts servent notamment à financer les quelque 10 millions d’euros d’aides publiques que l’État français, lorsqu’il n’est pas occupé à annoncer sans jamais les mettre en œuvre de magnifiques plans nationaux de lutte contre le racisme, distribue chaque année au Figaro.
31 mars
CNews, constatant que les proférations de MM. Doridot et Onfray ont provoqué quelques (petits) remous, publie un communiqué pour « réaffirmer avec force son engagement constant dans la lutte contre toutes les formes de racisme ».
Dans un remarquable souci de concision, ses auteurs préfèrent ne pas rappeler que leur chaîne, qui collectionne ces sanctions, a encore été condamnée au mois de février dernier à deux amendes d’un montant total de 100 000 euros — pour avoir diffusé à l’été 2025 deux séquences incitant à la discrimination des musulmans et des Algériens.
1er avril
Blast diffuse un long entretien avec le député insoumis et cofondateur de la Jeune garde antifasciste Raphaël Arnault, qui ne s’était plus exprimé publiquement depuis le décès du militant néonazi Quentin Deranque le 14 février dernier — deux jours après une rixe entre fascistes et antifascistes lyonnais à laquelle d’anciens membres de la Jeune garde sont soupçonnés d’avoir pris part.
Peu après la mise en ligne de cet entretien, la plateforme publique d’information France Info publie un article constatant donc que Raphaël Arnault, dont la « parole était attendue » s’« exprime pendant plus d’une heure dans une interview diffusée sur le compte Youtube du média classé à gauche Blast ».
Ce qui doit retenir ici notre attention est que France Info a éprouvé le besoin irrépressible de décréter que Blast était un média « classé à gauche » – ce qui est bien évidemment une manière discrètement hypocrite de suggérer un biais idéologique.
Précisons tout de suite que cette classification n’a évidemment rien d’infamant, et qu’on l’assume même assez volontiers dans un moment où la presse et les médias dominants n’en finissent jamais de se droitiser.
Mais relevons tout de même que lorsqu’ils citent par exemple Le Figaro du groupe Dassault, les journalistes de France Info ne se sentent jamais tenus de préciser qu’il s’agit d’un journal « classé » assez loin « à droite » dont les partis-pris idéologiques s’étalent à chaque coin de page – et reconnaissons qu’on aimerait quand même bien savoir ce qui motive ce très curieux double standard chez nos aimables confrères et consoeurs.

4 avril
Le Figaro, justement, publie, peut-être par inadvertance, un article constatant que Bally Bagayoko subit « depuis son élection une campagne de haine ».
Pris d’un soudain accès de discrétion et de modestie, le journal du groupe Dassault préfère ne pas rappeler que lui-même participe activement à cette campagne effectivement haineuse, en publiant, comme on l’a dit, des articles présentant Saint-Denis comme un « dangereux laboratoire », ou expliquant que « si l’immigration imposée de force au peuple français » ne cessait « pas immédiatement, la France » serait « un grand Saint-Denis dans dix ans ».
5 avril
Le Point, le très droitiste hebdomadaire subventionné du groupe Pinault, qui souhaite manifestement participer lui aussi à ce grand lâcher de papiers sordides, publie quant à lui ce qu’il qu’il présente comme une « enquête » sur Bally Bagayoko – sous ce titre tout en délicatesse : « Il tient un double langage. »
Bien évidemment : Le Point n’a jamais rien écrit de tel pour titrer un article consacré à un maire blanc.
7 avril
Deux semaines après l’élection du nouveau maire de Saint-Denis, Emmanuel Macron, chef de l’État français, n’a toujours pas eu le moindre mot pour dénoncer l’immonde campagne raciste ciblant Bally Bagayoko : la prochaine fois qu’un organisme dédié à la défense des droits humains constatera, comme la CNCDH, que les macronistes n’ont rien fait pour lutter concrètement contre le racisme et les discriminations liées à l’origine, personne ne pourra dire que l’exemple ne venait pas de très haut.

12 avril
Le Premier ministre hongrois d’extrême droite Viktor Orban essuie dans son pays une cuisante défaite aux élections législatives — puisqu’elles sont remportées par le parti d’opposition du député de droite Peter Magyar, qui le remplacera bientôt à la tête du gouvernement.
Cette nouvelle est immédiatement (et chaudement) applaudie par la presse comme il faut, qui la présente joyeusement comme une admirable victoire du progressisme.
Le quotidien Libération , par exemple, qui est généralement considéré comme une publication plutôt de gauche, soutient très sérieusement que la défaite d’Orban est « une victoire du libéralisme politique spécifiquement européen ».
Le journal Le Monde, qui partage pleinement cette satisfaction, publie de son côté un éditorial anonyme pour saluer avec beaucoup d’enthousiasme ce qu’il présente comme une « déroute bienvenue de l’illibéralisme ».
Ouvrons ici une toute petite parenthèse, pour observer que si le commentariat dominant fait un usage intensif du mot « illibéralisme » pour caractériser les régimes d’extrême droite, c’est parce que ce mot lui permet de suggérer de façon plus ou moins détournée que le libéralisme, dont Libération prend soin de préciser qu’il serait principalement « politique » mais dont chacun sait que dans l’esprit des élites européennes il est d’abord et avant tout économique, serait le seul et unique rempart efficace contre cette extrême droite.
C’est notoirement faux, puisqu’au contraire : dans le cours des dernières décennies, la dérégulation néolibérale a systématiquement favorisé partout en Europe l’essor des partis d’extrême droite.
Et c’est d’autant plus trompeur que ces mêmes partis que les commentateurs autorisés présentent donc comme « illibéraux » sont en réalité, dans les matières touchant à l’économie, des néolibéraux tout à fait orthodoxes — comme le prouve en France, par exemple, l’alignement étroit du Rassemblement national sur les exigences et les positions du patronat.
Refermons cette petite parenthèse, et relevons qu’il manquait malheureusement quelques intéressantes précisions dans les articles fêtant la victoire de Peter Magyar.
Comme celle-ci, par exemple, rapportée par le journal britannique en ligne The Guardian : en matière d’immigration, le nouveau Premier ministre hongrois a promis d’adopter « une ligne » encore « plus dure » que celle de son prédécesseur, et a déclaré qu’il souhaitait notamment mettre fin à l’accueil de travailleurs étrangers .
Pour le dire autrement : Peter Magyar n’est assurément pas moins xénophobe que Viktor Orban – mais il a le bon goût de souscrire pleinement aux orientations ultralibérales de l’Union européenne, et cela justifie manifestement, aux yeux des commentateurs qui ont acclamé son élection, qu’on ferme les yeux sur cette xénophobie.

14 avril
Le magazine L’Express révèle qu’Olivier Nora, patron des éditions Grasset, qui appartiennent depuis 2023 au groupe du milliardaire réactionnaire Vincent Bolloré, a été sèchement limogé, à la demande expresse de Bolloré lui-même, qui aurait déclaré, selon le journal Libération : « J’en peux plus de ce con, virez-le moi. »
Ce limogeage, presqu’unanimement présenté par la presse dominante comme un « séisme » dans le petit monde feutré de l’édition parisienne, provoque un très considérable scandale.
Plusieurs dizaines d’auteurs de chez Grasset annoncent qu’ils quittent cette maison en signe de solidarité avec Olivier Nora, portraituré par ces écrivains en éditeur exceptionnel, puis en champion de la liberté d’expression et du pluralisme éditorial publiant des auteurs de sensibilités très différentes, puis enfin en héros de la résistance contre Bolloré — et par extension contre l’extrême droite.
Subjuguée par cette mobilisation, la presse dominante, qui va consacrer des dizaines et des dizaines d’articles à cette affaire, n’en finit plus de répéter que le départ massif de ces d’auteurs est d’autant plus remarquable et significatif qu’il s’agit, comme on l’a dit, d’écrivains de sensibilités idéologiques et politiques parfois très différentes — voire très antagoniques.
Ce bouleversement appelle quelques rapides remarques.
D’abord, on peut évidemment se réjouir de ce que tant de gens, découvrant finalement qu’il est ce qu’il est, dénoncent l’autoritarisme de Vincent Bolloré.
Mais dans le même temps, et en passant, on peut aussi relever que ça fait maintenant trois ans que la maison Grasset a été rachetée par le groupe Bolloré, et que les commentateurs qui se révoltent contre le limogeage d’Olivier Nora s’étaient jusqu’à présent plutôt bien accommodés des pratiques managériales du milliardaire droitiste — dont les méthodes pour le moins lapidaires étaient pourtant parfaitement connues, puisqu’avant de limoger le patron de Grasset, il avait, par exemple, brutalement imposé en 2024 à la tête des éditions Fayard l’éditrice de plusieurs auteurs d’extrême droite, comme Jordan Bardella, Philippe de Villiers ou Éric Zemmour.
Mais il faut surtout souligner que lorsqu’il dirigeait Grasset, où il percevait comme l’a révélé Vincent Bolloré un salaire d’un peu plus d’un million d’euros par an — soit une somme assez rondelette -, Olivier Nora a publié, en même temps que des livres d’écrivains plutôt de gauche, et sous le couvert de ce fameux pluralisme éditorial dont il est aujourd’hui présenté comme le champion, nombre d’ouvrages dont les auteurs contribuaient à banaliser dans le débat public les obsessions de l’extrême droite – on pense par exemple, et pour ne citer que ceux-là parmi beaucoup d’autres, aux livres de l’éditocrate Bernard-Henri Lévy accusant la gauche antiraciste d’être antisémite, ou à ceux de l’essayiste Pascal Bruckner accusant notamment cette même gauche de faire des hommes blancs des « boucs émissaires ».
En tant que patron de Grasset, Olivier Nora a donc contribué, avec beaucoup d’autres éditeurs, à installer l’idée que tout se valait, et qu’il était possible de publier, en même temps que des romans d’écrivains classés à gauche, des essais qui alimentent les hantises de l’extrême droite – et dont les auteurs ont d’ailleurs été cordialement invités à présenter leurs œuvres dans les médias de propagande réactionnaires du groupe Bolloré, qui ont parfaitement compris ce qu’ils avaient à gagner à ce confusionnisme.
En somme, l’ex-patron de Grasset fait aujourd’hui les frais d’une brutalité extrême droitière qu’il a de toute évidence contribué à renforcer, en participant activement à une droitisation générale du débat public qui se caractérise notamment par des attaques verbales toujours plus violentes contre la gauche antiraciste.
C’est une leçon intéressante, qui fera sans doute réfléchir nombre d’auteurs : il est même possible que certains d’entre eux redécouvrent les vertus des éditeurs indépendants.

16 avril
Le député socialiste François Hollande déclare très sérieusement, dans une interview accordée à l’hebdomadaire républicaniste Marianne, et tout en soutenant tout aussi sérieusement qu’il n’entretient « pas de relation passionnelle avec le pouvoir », qu’il se « prépare » activement pour l’élection présidentielle de 2027 – où il se voit semble-t-il comme un recours pour ce qu’il appelle « la gauche ».
Cette préparation témoigne d’un bel optimisme, car comme on le sait, François Hollande a déjà été élu président de la République française en 2012 — après avoir fait campagne en soutenant que son « principal adversaire » était « le monde de la finance », et qu’il allait le mettre au pas.
Le problème est qu’après son élection, il avait immédiatement changé d’avis, comme le font toujours les socialistes lorsqu’ils arrivent au pouvoir, et qu’il avait littéralement passé les cinq années suivantes à distribuer des cadeaux au patronat — de sorte qu’au terme de son mandat sa cote de popularité était si misérable qu’il avait dû renoncer à se présenter.
Selon l’hebdomadaire La Tribune dimanche, les « proches » de Hollande, dont personne ne sait exactement qui ils sont ni combien ils sont mais dont nous sommes invités à considérer par défaut qu’ils formeraient une équipe crédible, se demandent donc comment « rendre attractif un ancien président devenu si impopulaire qu’il n’a pas eu la capacité de se représenter pour un second mandat en 2017 ».
Et ils pensent avoir trouvé la réponse, qui est, toujours selon La Tribune dimanche, que le revenant socialiste « doit démontrer qu’il est la seule figure de gauche en capacité de battre l’extrême droite » en 2027.
Mais là encore, ce bel enthousiasme fait fort peu de cas de la réalité, qui est que François Hollande, lorsqu’il était président de la République, a notamment déclaré en 2016 à deux journalistes du Monde qu’il y avait en France « trop d’immigration qui ne devrait pas être là », et « un problème avec l’islam ».
L’ancien chef de l’État français a donc contribué à normaliser la propagande islamophobe et xénophobe de cette extrême droite dont ses proches prétendent aujourd’hui qu’il serait seul à pouvoir la battre à la prochaine élection présidentielle – comme s’ils ne voulaient pas comprendre que face au Rassemblement national, François Hollande fait de toute évidence partie du problème, et certainement pas de la solution.

20 avril
Jordan Bardella, président du Rassemblement national, parti d’extrême droite cofondé notamment par un ancien SS et un ex-milicien, adresse aux représentants du patronat français une longue lettre pour leur déclarer qu’il veut « identifier » avec eux « les normes néfastes à l’activité du pays » – c’est-à-dire, précise-t-il, « l’ensemble des contraintes juridiques et administratives, qu’elles résultent de surtranspositions de textes européens ou de réglementations françaises au sens strict, qui pèsent sur le fonctionnement, la compétitivité et la capacité d’investissement des entreprises ».
Selon son chef, le Rassemblement national souhaite en effet « libérer l’économie française de ces entraves » qui « représentent un coût exorbitant pour les acteurs économiques », afin de mieux « accompagner la relance de la production ».
En d’autres termes, Bardella, qui maîtrise parfaitement la langue de bois entrepreneuriale, reprend, au mot près, les récriminations habituelles du patronat, qui reçoit tous les ans des centaines de milliards d’euros d’aides publiques dont l’utilisation ne fait l’objet d’aucun véritable contrôle, mais qui ne cesse jamais de se plaindre qu’il serait écrasé sous des « contraintes » et des « normes » qui lui coûteraient beaucoup trop d’argent : dans le monde réel, l’extrême droite que la presse dominante présente comme « illibérale » et qui aime se faire passer pour l’amie des travailleurs est, encore et toujours, d’une très scrupuleuse orthodoxie néolibérale et patronale.

20 avril
Le Monde publie, dans ses excellentes pages « Planète », un article dont l’autrice, la journaliste Audrey Garric, observe qu’après que les scientifiques ont acté qu’il était « désormais impossible », alors que c’était « l’objectif le plus ambitieux de l’accord de Paris » de 2015, de « contenir la hausse des températures à 1,5°C » pour lutter contre le réchauffement climatique — et que « certains chercheurs appellent à oublier cet objectif ».
On ne saurait trop recommander, sur ce sujet, la lecture d’Overshoot, passionnant livre paru au mois de janvier dernier chez La Fabrique (281 pages, 22 euros) dont les auteurs — Andreas Malm, toujours aussi intransigeant et stimulant, et Wim Carton — appellent précisément à « résister à l’idéologie du dépassement ».
C’est à la dire, en substance : à la nouvelle fantasmagorie capitaliste, extravagante et criminelle — mais qui rallie toujours plus d’adeptes -, postulant que puisque la Terre va de toute façon dépasser un réchauffement d’1,5°C, le mieux est d’aller aussi loin que possible au-delà de cet objectif, dépasser franchement cet objectif, en attendant que soient inventés les procédés qui permettront ensuite, vers la fin de notre siècle, et après l’avoir donc laissée atteindre des températures proprement catastrophiques, de la refroidir.
Contre cette « logique folle », Malm et Carton prônent l’insurrection — car « s’il est désormais trop tard pour empêcher » le « réchauffement à 1,5°C » que promettait pourtant l’accord de Paris, « il est donc surtout trop tard, et pour cette raison même, pour abandonner le combat contre le capital fossile ».
L’urgence est, de fait, absolue — et proprement vitale -, et l’heure n’est donc plus aux accommodements, quels qu’ils soient, avec ceux qui détruisent la planète, car, concluent les auteurs, les deux seules issues possibles sont l’ « effondrement total du capital » ou celui « du climat » — de sorte qu’il faut maintenant faire ce choix décisif, et dans lequel, encore une fois, se joue la survie de l’humanité : « Les biens ou les vies ; les profits ou la planète. »
21 avril
L’organisation non gouvernementale Amnesty international publie, comme tous les ans à pareille date, son rapport annuel sur la situation des droits humains dans le monde, pays par pays.
On ne peut pas reproduire ici l’intégralité du chapitre consacré à la France, où Amnesty constate d’abord que « les déclarations hostiles aux droits fondamentaux remettant ouvertement en cause l’état de droit se sont multipliées ».
Mais retenons en tout de même qu’en dépit de « l’augmentation des propos à caractère raciste, y compris de la part de responsables politiques les autorités n’ont pas pris les mesures nécessaires pour remédier au racisme systémique » et que « le nombre d’actes antisémites et antimusulmans a augmenté » ; que, toujours selon Amnesty, « le gouvernement a persisté à exercer une discrimination à l‘égard des femmes et des filles musulmanes » ; que « cette année encore », et comme durant les années précédentes, « des manifestations pacifiques ont fait l’objet de restrictions excessives » et que « la police a eu recours à la force de façon injustifiée » ; que « les personnes qui exprimaient leur solidarité avec le peuple palestinien » victime d’un génocide « se sont heurtées à des restrictions disproportionnées » ; que « les politiques en matière d’immigration ont perpétué l’exploitation des travailleuses et travailleurs migrants » — et que « l’action climatique » a été « insuffisante pour atteindre les objectifs fixés pour 2030 » : à un peu moins d’un an de la fin du second et dernier mandat du chef de l’État français, cela fait pour son sinistre règne un bilan très accablant – et une très parfaite épitaphe.
Crédits photo/illustration en haut de page :
Morgane Sabouret / Margaux Simon
https://www.blast-info.fr/articles/2026/jusqu-ici-tout-va-mal-avril-2026–tJECObmQmGs2uak4VRcqA


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