La vie d’un enfant noir ou arabe vaut-elle moins que celle d’un néo-nazi lyonnais qui organise des embuscades ?

«C’était une véritable chasse à l’enfant de couleur». Ce sont les mots d’une habitante de la petite commune d’Espaly-Saint-Marcel, 3585 habitants dans la Haute-Loire, dans le journal Le Progrès. Elle est extrêmement choquée après avoir assisté à des violences racistes gravissimes devant chez elle.
Des tirs sur des enfants qui jouent
Les faits ont eu lieu dimanche 19 avril. Alors que des enfants âgées de 6 à 11 ans jouaient dans leur lotissement, un homme âgé de 65 ans est sorti de chez lui armé d’une carabine à plomb, et a tiré en leur direction en hurlant des propos racistes. Notamment «Dehors les Noirs et les Arabes !»
«Il a mis en joue mon neveu de 10 ans, puis lui a tiré dessus. La balle a touché son mollet. Mon neveu a eu tellement peur. Il a cru qu’il allait mourir» explique une habitante. La jeune victime a été hospitalisée. Une femme témoigne avoir vu les enfants terrifiés, crier : ‘Il nous tire dessus, il nous tire dessus !’ Je l’ai vu les menacer avec la carabine, j’étais choquée».
Le tireur a été photographié en train de commettre sa chasse à l’enfant, à la vue de tous, en plein week-end. Ces images insoutenables devraient faire la Une de tous les JT dans un pays où les médias ne sont pas tenus par des milliardaires d’extrême droite.
Il a finalement été arrêté, et «fait l’objet d’une convocation par officier de police judiciaire pour des faits de violences avec arme» explique Le Progrès. Mais l’intention raciste, pourtant évidente, de cette attaque abjecte n’est même pas retenue ! Pour le moindre tag en manifestation, les poursuites sont plus lourdes que pour ces faits criminels.
Une terreur raciste impunie depuis des années
Pourtant, cet homme terrorise tout son quartier depuis des années. Une autre riveraine confie au Progrès : «C’était prévisible. Depuis que j’habite ici, il insulte mes enfants et moi parce que nous sommes Noirs». Son voisin l’aurait traitée à plusieurs reprises de «babouin» et lui a aussi aboyé qu’elle habite en France pour «profiter du système, tout en me disant de rentrer chez moi, alors même que je suis Française».
Ce raciste était coutumier des violences sur les enfants. Il a jeté un bâton sur un garçon de 8 ans, en proférant des insultes haineuses. Également victime du harcèlement de ce suprémaciste, une femme d’origine syrienne avait dû déménager : il l’avait agressée parce qu’elle portait un voile. Il avait aussi démonté un banc de la résidence, car «trop de Noirs et d’Arabes s’asseyaient dessus» selon lui. Il y a trois ans il avait également frappé «un enfant de 3 ans d’origine maghrébine avec un bout de bois. Quand je l’ai interpellé, il m’a insultée» raconte une voisine. Tout aussi accablant, il avait été filmé il y a quelques jours seulement en train de déclarer : «Je suis raciste et je suis fier d’être raciste. Je le dis haut et fort».
Inaction de la police et de la mairie
Pour toutes ces raisons, la veille des tirs, une des habitantes, inquiète, s’était rendue au commissariat du Puy-en-Velay afin de porter plainte contre son voisin. Le Progrès rapporte qu’il lui a été demandé «de repasser dans la semaine, en raison des effectifs réduits le week-end». Quand il faut harceler des habitants de quartier populaire, réprimer des manifestations et surveiller la population, la police n’a aucun problème d’effectifs. Mais pour un raciste violent qui menace la vie d’enfants, elle n’est pas disponible. Les habitants disent aussi avoir prévenu les élus de la commune, mais rien n’a changé. Toutes les autorités locales ont donc laissé délibérément la violence raciste s’installer dans une petite commune pendant des années. Une des femmes qui témoigne fait ce constat amer : «J’ai envie de partir. Je ne veux plus que mes enfants jouent dehors, en bas de chez moi. Je me dis qu’à force, on va me tuer, moi et mes enfants».
Les élus, agents et médias qui ont encouragé ce passage à l’acte, qui aurait pu coûter la vie à des enfants, devraient tous être poursuivis, et cette affaire mériterait d’être un scandale national. Mais visiblement, pour les médias, la vie d’un enfant noir ou arabe vaut moins que celle d’un néo-nazi lyonnais qui organise des embuscades et qui a pris un mauvais coup lors d’une bagarre qu’il avait lui-même déclenchée.
La justice protège les racistes
Comment la justice peut-elle esquiver le caractère raciste évident des tirs d’Espaly-Saint-Marcel, alors même qu’elle qualifie «d’association de malfaiteurs» la moindre action en manifestation ? Comment les magistrats peuvent-ils systématiquement retenir des qualifications maximales lorsqu’il faut poursuivre les contestataires, mais faire preuve d’un laxisme affolant concernant les violences d’extrême droite ?
Ce déni judiciaire n’est malheureusement pas nouveau. Le 17 novembre 2023 dans le Val-de-Marne, un retraité raciste avait attaqué Mourad, un jardinier franco-algérien qui nettoyait des branches chez une cliente. L’homme avait proféré des insultes telles que «bougnoule», avant d’aller chercher un cutter et de lui porter un coup dans le cou. Il avait causé une plaie profonde frôlant la carotide, Mourad avait échappé de justesse à la mort. Toute la scène avait été filmée par la victime, ne laissant aucun doute sur les responsabilités et les intentions de chacun. Pourtant, les policiers avaient d’abord refusé de prendre la plainte de la cliente de Mourad qui lui avait porté secours. Puis le tribunal judiciaire de Créteil avait relâché l’égorgeur 6 mois plus tard. L’agresseur bénéficiait d’une clémence hallucinante, et le parquet n’avait pas retenu la qualification de tentative d’homicide en raison de l’origine ou de la religion, des faits criminels. Le retraité n’a été poursuivi que pour «violences volontaires avec armes» et «injures à caractère racial».
Le 9 décembre 2022, un autre retraité raciste abattait son voisin, Mahamadou Cissé, d’une balle de fusil à Charleville-Mézières. Lors du procès, le procureur en personne avait qualifié ce crime raciste de «meurtre par exaspération» et le tueur avait été remis en liberté.
Le 26 décembre 2022 à Évry, en banlieue parisienne, un homme de 61 ans tirait sur une adolescente maghrébine de 13 ans qui rentrait chez elle. C’était trois jours seulement après un attentat raciste commis à Paris contre la communauté Kurde. La victime avait été blessée à la hanche par une balle. Le tireur, qui s’appelle Tonny F., avait affirmé aux policiers qu’il voulait rendre hommage à l’homme qui avait assassiné par balles trois militants kurdes quelques jours plus tôt.
Le journal Le Monde révélait que les services de renseignement avaient relevé des «propos tenus sur une voisine» tels que «bougnoule» ainsi que des menaces. Le retraité dénonçait son quartier comme étant «progressivement transformée en califat» et parlait «d’africanisation de l’Union Européenne». Toujours selon Le Monde, le retraité avait une réputation de «xénophobe» auprès de ses voisins. C’est donc un homme connu pour son racisme, armé, qui tire sur une adolescente maghrébine et revendique son acte… mais devinez quoi ? Le procureur chargé de l’affaire n’avait pas retenu la circonstance aggravante de racisme, pourtant essentielle. Et les chaînes de télé avaient été étonnamment discrètes.
Après la dissolution de l’Assemblée prononcée par Macron en 2024, alors que le RN semblait aux portes du pouvoir, la France a connu une explosion de violences racistes – plus de trente cas recensés par Médiapart – visant essentiellement les personnes maghrébines. En-dehors de la presse locale et spécialisée, ces faits n’ont quasiment pas été traités dans les médias. Le 3 mai 2025 à Bagneux, un homme était interpellé en possession d’une feuille de boucher à proximité d’une mosquée. Il était hospitalisé peu après, évitant là encore d’éventuelles poursuites pour un mobile raciste. Et ce ne sont que quelques exemples connus d’une lame de fond probablement bien plus vaste.
La généralisation de la parole anti-musulmane, accompagnée de l’invisibilisation des victimes de racisme et de l’impunité des fascistes, est un cocktail détonnant.

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