Guillaume Meurice : «Tous les êtres vivants sont mes colocataires»

Portrait — Animaux

Guillaume Meurice : «<small class="fine d-inline"> </small>Tous les êtres vivants sont mes colocataires<small class="fine d-inline"> </small>»

L’humoriste et auteur Guillaume Meurice à Rennes, le 24 novembre 2025. – © Louise Quignon / Reporterre

L’humoriste Guillaume Meurice, auteur de BD sur la cause animale, nous raconte ses observations de chevreuils en Bourgogne, sa volonté d’abolir tout rapport de domination sur Terre et comment il « traduit sa colère par des vannes ».

Rennes (Ille-et-Vilaine), reportage

La rencontre a lieu dans un café rennais qui ne paye, a priori, pas de mine. En poussant la porte, on découvre un cadre chaleureux et cosy, avec beaucoup de plantes vertes. La terrasse, dissimulée par la verdure, offre une ravissante vue sur la Vilaine. « Monsieur est un habitué, il vient souvent ici », glisse la tenancière, complice.

Guillaume Meurice, arrivé légèrement en avance, est exactement tel qu’on se l’imagine : grand, le visage long et sympathique surmonté d’une touffe de cheveux poivre et sel, qui tranche étrangement avec des traits juvéniles, presque adolescents… Sans doute le rire conserve-t-il.

Ce jour-là, c’est sous sa casquette de scénariste de BD que nous le rencontrons. L’humoriste, ex-chroniqueur de France Inter, vient de sortir deux albums : La Contre-révolte sans précédent (éd. Dargaud) en septembre, deuxième tome d’une série de BD humoristiques sur la cause animale, et Loumi, l’odyssée du poisson pané en octobre (éd. Delcourt), sur les ravages de la surpêche. Deux ouvrages tout public qui reflètent son engagement écologiste, et plus particulièrement, son profond attachement à la condition animale. Choix délibéré ou simple coïncidence ? Le lieu qu’il a choisi pour cette rencontre s’appelle « Les chouettes ».

« Tous les êtres vivants de cette planète sont mes colocataires »

Installé dans un petit fauteuil en velours, Guillaume Meurice est détendu et d’humeur taquine : c’est le seul jour de la semaine où il ne court pas après le temps, ballotté dans le TGV entre Rennes et Paris. Voilà deux ans et demi qu’il réside dans la capitale bretonne, où il a rejoint sa conjointe, rennaise depuis toujours. Est-il devenu un « bobo rennais » ? « Bien sûr ! Je l’étais déjà avant de toute façon », rétorque le Breton d’adoption, désormais investi dans de nombreux projets et collectifs locaux. S’il apprécie la bonne bière et les guinguettes au bord de l’eau, il n’a cependant pas succombé à la galette saucisse, emblème culinaire du chef-lieu d’Ille-et-Vilaine, et pour cause : il est végétarien.

Pour Meurice, l’écologie consiste à abolir tout rapport de domination, y compris avec les animaux : « Je considère que tous les êtres vivants de cette planète sont mes colocataires, donc je ne vois pas pourquoi j’irais les défoncer pour les manger. Je ne mange pas mes coloc’, moi », lance-t-il, en se marrant.

«  La BD est beaucoup plus efficace pour expliquer quelque chose de complexe  », observe-t-il. © Louise Quignon / Reporterre

Élevé par des parents soixante-huitards — « les deux seuls qui votaient écolo du village » — cet enfant du pays bourguignon a toujours ressenti une dissonance entre cette éducation « de gauche » et le fait de continuer à consommer de la viande ou du poisson. « Mon père pêchait à la mouche, il était très proche de la nature. Il adorait marcher le long des rivières, et connaissait un tas de choses sur les poissons… Tout ça pour accrocher un animal au bout d’un hameçon. Je le charriais beaucoup là-dessus, en lui disant “si les poissons avaient des cordes vocales, tu ne pêcherais pas !” » raconte l’humoriste, sans résister au plaisir d’imiter un poisson qui parle.

Un antispéciste revendiqué

Ce n’est que plus tard, au tournant de la trentaine, qu’il est devenu vraiment végétarien. Le déclic s’est produit lors d’une discussion avec un ami qui le place face à ses contradictions. « C’était un problème facile à résoudre pour moi, car je n’ai jamais été un gros viandard », ajoute-t-il. Depuis lors, il refuse de considérer les animaux comme des « proies » mais recherche au contraire un rapport d’égalité avec eux : « Ce qui m’intéresse, c’est la rencontre ».

Il tente donc de provoquer cette rencontre avec le monde animal, en suivant des photographes animaliers et en faisant lui-même de l’affût chez ses parents, en Bourgogne. Il a récemment réussi à observer deux chevreuils : « C’était une maman et son petit qui m’ont observé autant que je les observais, pendant dix minutes. Et là dedans, il y avait un truc d’égal à égal. C’était un des plus beaux moments de ma vie », raconte ce naturaliste amateur.

Fini France Inter, il est désormais à la tête de l’émission humoristique «  La Dernière  », sur Radio Nova, enregistrée en public et en direct, le dimanche de 18 à 20 heures. © Louise Quignon / Reporterre

Se revendique-t-il antispéciste ? « Oui, avant tout pour populariser le mot ! » répond le célèbre humoriste, conscient des controverses que suscite le terme.« Dès que tu dis ça, on te répond toujours “et les moustiques alors ?” mais antispéciste, ça ne veut pas forcément dire mettre toutes les espèces sur le même plan. Ça veut dire refuser le postulat du rapport de domination. Refuser de penser qu’on a le droit de vie ou de mort sur l’intégralité des autres êtres vivants de la planète. C’est juste ça. Donc oui, je me considère antispéciste. »

Il pousse même la réflexion encore plus loin : « Je pense que tout le monde est un peu antispéciste, affirme-t-il, pas peu fier de sa sortie. Dans la mesure où les gens ne mangent pas leurs chats, et où ils pleurent quand leurs chiens meurent, ça veut bien dire qu’il y a un échange, une complicité entre les humains et ces animaux. »

Humoriste, oui, mais pas militant

Meurice aime la polémique et n’a pas peur de la provoquer. Deux jours avant cette rencontre, son collègue Pierre-Emmanuel Barré a créé le scandale dans l’émission « La Dernière », animée par Meurice sur Radio Nova, après avoir dit que « la police, c’est comme Daesh avec la sécurité de l’emploi ». Il faisait référence aux violences policières à Sainte-Soline et aux plaintes pour viol récemment déposées à l’encontre de deux policiers. Résultat : le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a porté plainte contre l’humoriste.

Du pain béni pour Meurice qui « aime quand ça gratte, parce que ça oblige tout le monde à se positionner, et les masques tombent ». Lui-même a été d’ailleurs licencié de France Inter après une sortie sur le chef d’État israélien, Benyamin Netanyahou. Cela ne semble pas l’avoir vacciné, au contraire, « je ne cherche pas les polémiques à tout prix, mais c’est vrai que ça occupe ! », se marre-t-il.

« Je ne cherche pas la polémique, mais c’est vrai que ça occupe ! »

L’humoriste ne se considère toutefois pas comme un militant : « Je ne cherche pas à convaincre, je fais juste des blagues en donnant mon avis. Je traduis ma colère par des vannes. » Comment faire de l’humour sur des sujets comme l’exploitation animale, les abattoirs, l’abandon des animaux ? « C’est plus facile de traiter ça par l’humour parce qu’il y a des associations qui font le taf et qui montrent la réalité. Pour faire de l’humour, il faut un référentiel. Si tu fais de l’humour sur les abattoirs et que les gens ne savent pas ce qui s’y passe, ça tombe à plat », explique celui qui soutient des associations comme L214 ou Sea Shepherd.

La bande dessinée pour parler de la cause animale

Avec la bande dessinée, Guillaume Meurice a trouvé un format qui lui permet justement d’aborder ces sujets à sa façon. Dans sa série BD La Révolte sans précédent, réalisée avec la dessinatrice Sandrine Deloffre, il s’autorise un ton loufoque, avec des animaux qui parlent sous un trait de dessin rond, un poil naïf, qui permet de contourner l’écueil du gore. Le scénario en lui-même est très « second degré », puisqu’il s’agit d’une bande d’animaux baptisée « la Meute », qui cherche la meilleure stratégie révolutionnaire pour mettre fin à l’exploitation animale par les humains. « C’est toujours drôle de faire parler des animaux, c’est un processus humoristique qui existe depuis Jean de La Fontaine », pointe Meurice. En plus, la BD joue sur les clichés.

« La BD est aussi beaucoup plus efficace pour expliquer quelque chose de complexe », observe-t-il. Dans sa deuxième BD, Loumi, L’Odyssée du poisson pané, le dessin permet d’illustrer en quelques cases les différentes techniques de pêche industrielles, « alors que ça aurait été beaucoup plus long et fastidieux par écrit », constate l’humoriste qui s’est énormément documenté pour scénariser cette BD. Il a puisé ses sources chez l’ONG Bloom, et a rencontré le scientifique Sébastien Moreau, qui travaille sur la cognition des poissons.

L’humoriste vient de publier «  La Contre-révolte sans précédent  » (éd. Dargaud) et «  Loumi, l’odyssée du poisson pané  » (éd. Delcourt). © Louise Quignon / Reporterre

Guillaume Meurice a un côté très perfectionniste : « J’aime bien que ce soit précis et rigoureux. Qu’il n’y ait pas d’erreur de chiffre ou de date », admet celui qui a fait changer un dessin d’espadon pour un requin-marteau à la dernière minute, avant que la BD ne parte pour l’impression… À cause de ça, les dessinateurs avec qui il collabore sont parfois un peu déstabilisés, mais Guillaume l’assure : il travaille sur lui. Peu à peu, il a pris goût à la scénarisation de BD et annonce la sortie d’un troisième tome de La Révolte sans précédent, et d’un second tome des aventures de Loumi.

« Je ne fais pas ce métier pour être aimé »

Alors qu’il raconte sa nouvelle passion pour la BD, un trio de petites mamies vient s’asseoir sur la table juste à côté. « Oh mais c’est Guillaume Meurice ! Est-ce qu’on peut vous prendre en photo ? ». Il accepte, et prend la pose, bonne pâte. Malgré sa célébrité, Meurice reste simple et sans chichi. « Et qu’est-ce qu’il fait à Rennes, Guillaume Meurice ? » demande l’une d’elles. Il répond, et les taquine un peu au passage. La blague ne prend pas trop, les mamies n’ont pas tout compris. « C’est comme ça, relativise l’humoriste, tout le monde ne rit pas forcément à mes blagues. »

Certains sont même franchement énervés par son humour : il lui arrive parfois de recevoir de longs mails d’insultes ou de haine, ce qui ne le déstabilise pas plus que ça. « Je ne fais pas ce métier pour être aimé, donc je n’ai pas de problème à ce que les gens me détestent, ou ne soient pas d’accord avec moi. » Outre sa force mentale, c’est surtout que Guillaume Meurice est un homme, blanc, cisgenre, hétérosexuel, avec une certaine notoriété. Un statut privilégié dont il a parfaitement conscience, et qui lui permet « de continuer à discuter avec tout le monde ».

«  Je conseille toujours de questionner les gens plutôt que de leur asséner des informations de façon méprisante  », dit-il. © Louise Quignon / Reporterre

Sa botte secrète pour répondre aux climatosceptiques et aux antivégétariens ? « Je conseille toujours de questionner ces personnes plutôt que de leur asséner des chiffres et des informations de façon descendante ou méprisante, explique-t-il, en s’inspirant de ses cours de théâtre d’improvisation. Les gens ne détestent rien tant qu’être pris en flagrant délit d’incohérence. En leur posant des questions comme : “Mais au fait d’où tu sors cette information sur les végétariens ? Comment tu sais ça ?” », on les pousse dans leurs retranchements. S’ils s’énervent, vous avez gagné. » Un conseil plus que bon à prendre à l’approche des fêtes de fin d’année.

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