Des bases essentielles, loin des clichés rabâchés par les droites et libéraux

jeudi 26 mars 2026
Voici trois articles qui reposent clairement certaines des bases essentielles de l’anarchisme, loin des clichés et des enfumages colportés par les possédants et autres ennemis de la liberté des égaux.
- La liberté avec les autres – La liberté n’est pas un domaine privé que chacun défend contre tous. Elle n’existe que dans un monde commun, par l’entraide, l’égalité et la puissance collective. Contre la fiction bourgeoise de l’individu souverain, l’anarchisme rappelle une vérité plus exigeante : nous ne devenons libres qu’ensemble. (…) vivre n’a jamais été l’affaire d’un être isolé. Dans une nature régie par des causalités indifférentes à l’espèce humaine, seuls des efforts communs rendent le monde habitable. (…) Chacune et chacun porte sa propre manière de voir, mais nul ne se constitue seul. Nos goûts, nos choix, nos croyances, jusqu’à nos façons de nommer le réel, se forment dans la trame des rapports sociaux. Il n’y a pas, d’un côté, l’individu pur, et de l’autre, la société ; il y a des singularités façonnées dans une vie commune. (…) La liberté n’est donc pas une abstraction morale : elle suppose des conditions matérielles d’existence et une communauté affranchie de la domination. (…) Toute la mystification libérale tient dans la thèse inverse : faire croire que la liberté serait d’abord séparation, protection de soi, clôture jalouse d’un domaine privé. Cette définition est moins une vérité sur l’homme qu’une morale de propriétaire. Elle oppose fictivement l’individu à la société qui le constitue et donne à l’égoïsme le visage de l’évidence. Une telle liberté, purement négative, n’ouvre pas à l’émancipation ; elle prépare la concurrence de tous contre tous et reconduit, sous des dehors respectables, la barbarie sociale.
Se dire anarchiste, alors, ce n’est pas céder au goût du désordre ; c’est refuser l’ordre des maîtres. (…) La liberté n’est pas la propriété privée de l’individu bourgeois ; elle est le mouvement par lequel des êtres égaux se rendent mutuellement plus capables d’exister. - Le Discours de la servitude volontaire au prisme des courants anarchistes – Rédigé au milieu du XVIe siècle, le Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie n’a cessé d’être réactivé à chaque crise de la modernité politique. Sa pertinence contemporaine tient à trois facteurs : la redécouverte du texte par les intellectuels post-68 qui en ont fait un instrument de critique du totalitarisme et du marxisme sclérosé ; la plasticité formelle de l’œuvre, qui se laisse investir par des courants idéologiques opposés — de l’anarchisme à la gauche antitotalitaire, de l’humanisme républicain aux mouvements libertariens ; et enfin la résonance de ses analyses avec les nouvelles formes de domination propres au XXIe siècle, de la « datacratie » aux populismes autoritaires.
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Le Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie occupe une place singulière dans la tradition anarchiste. Bien qu’il serait « anachronique de le qualifier d’anarchiste », sa thèse « si originale et si moderne résonne encore aujourd’hui dans la réflexion libertaire sur le principe d’autorité ». Du proto-anarchisme individualiste de Bellegarrigue au socialisme libertaire de Landauer, de l’anarchie collectiviste inspirée par Proudhon et Bakounine à l’anthropologie anti-étatique de Clastres, chaque courant s’est emparé du Discours en y projetant sa propre critique du pouvoir — le texte fonctionnant tantôt comme arme contre le tyran, tantôt comme démonstration que toute forme d’État est une servitude, tantôt comme manifeste de la désobéissance non-violente
Le socle commun : ce que tous les anarchistes retiennent : La dénonciation du consentement comme fondement du pouvoir
Tous les courants anarchistes convergent sur le noyau argumentatif central du Discours : le tyran « n’a que deux yeux, deux mains, un seul corps », et toute sa puissance lui est prêtée par ceux-là mêmes qu’il domine. Le pouvoir n’est pas une propriété intrinsèque du dominant, mais un rapport social fondé sur l’obéissance des dominés. Cette thèse est le cœur de ce que la revue anarchiste Réfractions identifie comme « le talon d’Achille de toutes les tyrannies » : puisque « ce ne sont pas les armes qui défendent le tyran » mais la docilité du peuple, « il devrait être possible de se libérer du joug de l’oppresseur, même sans la force des armes ». (…) - La révolution française, l’anarchie et la rupture épistémologique – L’épistémologie traditionnelle a longtemps conservé l’image cartésienne de l’investigation intellectuelle comme une activité de penseurs isolés, chacun à la poursuite de la vérité dans un esprit d’individualisme et de pure autosuffisance. Cette image oublie les contextes interpersonnel et institutionnel dans lesquels la recherche de connaissances est le plus souvent entreprise. L’épistémologie doit prendre toute la mesure des interactions sociales qui à la fois illuminent et menacent les perspectives de la connaissance. – Alvin Goldman, Knowledge in a Social World (1999) (…) La Révolution n’a pas seulement changé des institutions ; elle a brisé les anciennes évidences qui structuraient l’ordre social et ouvert la possibilité de penser et de vivre autrement la société. (…) ce qui est en jeu n’est plus la forme juridique du régime, mais une question plus radicale : qui décide ? depuis où ? au nom de qui ?
(…) La rupture dans notre manière de voir le monde ne produit pas seulement des révolutionnaires et des communards : elle produit aussi des libéraux, des économistes et des juristes qui reconstruisent un ordre sur de nouveaux fondements présentés comme évidents, rationnels, conformes à la nature humaine. Dans le vécu quotidien, cela signifie que chacun est invité à se percevoir comme individu propriétaire, entrepreneur de lui‑même, libre de vendre sa force de travail ou ses biens. La contestation de l’ancien ordre se renverse en adhésion — parfois contrainte, souvent inconsciente — au nouvel ordre concurrentiel.
Or, dans une perspective anarchiste, cette « naturalisation » du libéralisme est précisément ce qu’il faut refuser de tenir pour définitif. La propriété n’est pas un fait de nature : c’est une institution historique, produite et protégée par le droit, soutenue par l’État, modifiable. La concurrence n’est pas un état spontanément harmonieux : c’est un mode d’organisation décidé, imposé et garanti par des dispositifs politiques et juridiques précis. Le marché lui‑même suppose des infrastructures, des lois, des tribunaux, des monnaies — autant de choix collectifs, non de données naturelles.
En ce sens, la rupture épistémologique inaugurée par la Révolution française est aussi à l’origine du libéralisme économique et politique : une fois l’ancien ordre délégitimé, le paradigme libéral s’installe dans la brèche comme nouvelle évidence. Mais il reste aussi contingent, aussi historique, aussi contestable que la monarchie ou la féodalité qui l’ont précédé. - https://ricochets.cc/L-anarchisme-au-regard-de-la-liberte-de-la-revolution-francaise-et-du-Discours-de-la-servitude-volontaire-9127.html

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