Élections municipales : le parti des médias a perdu

Élections, Médias dominants

Une télé brisée : le parti des médias a perdu les élections municipales

Sur LCI, la chaine de Martin Bouygues, l’ambiance est digne d’un enterrement, ce dimanche 15 mars au soir : «C’est un succès considérable pour la France Insoumise» déplore un commentateur. «C’est une percée de LFI» poursuit une journaliste, interrompue par l’éditorialiste Gilles Bornstein, hors de lui : «C’est un cataclysme ! Les insoumis peuvent prétendre à la mairie de Lille, c’est un cataclysme !» Sur France Info, Nathalie Saint Criq, qui vient d’être nommée à la tête de l’information de service public, se lamente, le visage éteint : «Il n’y a pas de désaveu de LFI».

Alain Duhamel, autre éditocrate vieillissant, remarque lui aussi : «Les insoumis sont vilipendés de partout, y compris par leurs anciens partenaires, et ils font pourtant de bons scores ce soir». «Il y a un vainqueur quand même assez clair, si on regarde la classe politique avec un peu de hauteur. Pour l’instant, c’est LFI, hélas» annonce avec tristesse l’éditorialiste de la bourgeoisie Franz-Olivier Gisbert sur Europe 1.

Ce dimanche soir, dans une ambiance politique suffocante, il est encore difficile de dire quels seraient les vainqueurs de ces élections municipales, mais il y a assurément un grand perdant : le Parti des médias. Cette grande coalition qui va du Nouvel Obs à Frontières, de Libération à Cnews en passant par BFM et France Info, et qui ne recule devant rien pour détruire ce qu’il reste de gauche en France.

Les chiens de garde constatent qu’il ne sont plus en mesure de dicter l’opinion. «Violents», «assassins», «antisémites», «anti-républicains» : rien n’a été épargné à la France Insoumise. Aucune insulte, aucune diffamation, aucun crachat. Pas un jour sans une nouvelle attaque. Le gouvernement, surfant sur la mort d’un néo-nazi, en a même profité pour classer officiellement le parti comme étant «d’extrême gauche». Tout a été dit et fait. Jamais sans doute, dans l’histoire politique française, un parti n’a été diabolisé. Même le FN de Jean-Marie Le Pen n’avait pas subi le dixième des campagnes permanentes que subit LFI. Et pourtant.

À Lille, Roubaix, Limoges, Saint-Denis, Toulouse, LFI pourrait gagner les mairies. Dans la plupart des grandes villes, les Insoumis sont au second tour, et sont donc incontournables pour la suite du scrutin. À Saint-Denis, le PS qui mène une politique détestable est même éjecté par le candidat Insoumis dès le premier tour.

Brice Teinturier, sondeur de l’Ipsos, l’analyse sous un angle ouvertement raciste : «Il est plus que probable que LFI ait réussi son pari de mobiliser notamment jeunes et quartiers populaires, où il y a une forte concentration de personnes issues de l’immigration maghrébine […] une stratégie qu’on a appelée la stratégie Gaza». Quand les sondeurs parlent comme les soldats israéliens ou des fascistes, c’est que le processus de pourrissement du petit monde médiatique est très fortement avancé.

Ces scores témoignent d’une chose : que les médias «officiels» sont enfin en train de perdre leur hégémonie. Que plus personne ne leur fait confiance, et que d’autres médias, notamment sur internet, sont en train de monter en puissance, en particulier dans la jeunesse. Et heureusement : quel aurait été le traitement du génocide à Gaza, des manifestations sociales ou de la mort de Quentin Deranque sans les médias indépendants ? Mieux : la diabolisation à outrance de LFI est même en train de provoquer un réflexe inverse de sympathie, chez ceux qui détestent les médias dominants.

Pour autant, il n’y a pas de quoi pavoiser. Le RN poursuit son ascension et la construction de son ancrage local. Nous l’avons dit, il n’y a pas de grand gagnant, hormis le parti des oubliés et des silencieux : celui de l’abstention. Le taux de participation n’est que de 56%. Une personne sur deux ne s’est pas rendue aux urnes. Chez les 25-34 ans, l’abstention est même de 60%. Et on les comprend : la classe politique offre un spectacle tellement écœurant qu’il est bien difficile de se rendre aux urnes.

Une nouvelle réjouissante de ces municipales, c’est la disparition du macronisme. Après avoir perdu les précédentes élections – européennes puis législatives – Macron n’a plus aucune assise territoriale ni de base électorale. Neuf années au pouvoir, un premier quinquennat majoritaire, pour quasiment s’effacer du paysage : aucune existence locale, les listes centristes sont balayées quasiment partout. Ce recul se fait au profit d’une droite radicalisée, toujours plus proche du néofascisme. Les vieux électeurs de Macron penchent désormais vers l’extrême droite. En d’autres termes, ce qui se profile, c’est un duel entre la gauche et le fascisme.

Pour autant, à Contre Attaque, nous sommes un média qui parle depuis les luttes, et qui n’accorde aucune confiance dans le fait de se rendre dans un isoloir une fois tous les 5 ou 6 ans. Ce qui compte, c’est tout ce qui se construit et se vit en dehors. Car même quand la gauche dite de «rupture» gagne, il faut lui tordre le bras pour qu’elle ne trahisse pas, et pour arracher des avancées. C’était le cas en 1936 : sans une grève générale, le Front Populaire aurait immédiatement renié son programme et se serait couché face au patronat.

Ainsi, la principale leçon à tirer de ce premier tour des municipales, c’est qu’une large partie de la population ne s’est pas encore fait ronger le cerveau par les médias, et qu’il est donc encore possible de construire des résistances de terrain. Il y a urgence !

https://contre-attaque.net/2026/03/16/elections-municipales-le-parti-des-medias-a-perdu/

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