
Publié le 13 mars 2026
Antifascisme, extrême-droitesPolitique locale
Le G.I.R.A.F. s’est penché sur la liste électorale présentée par le Rassemblement National (RN) pour la mairie de Tours. Évidemment, Josephine Ka, chroniqueuse politique locale, a déjà bien écrit sur les têtes de gondoles Danielle Oger, Céline Ballesteros ou Lionel Béjeau, et leurs différentes histoires politico-judiciaires. Cependant, deux noms ont su relever nos oreilles à la lecture de la liste.
Lisa Garbay : le RN nouvelle génération.
La première c’est Lisa Garbay, en quatrième position de la liste de candidat.es à la mairie : elle représente le RN « nouvelle génération », à l’image de Jordan Bardella ou bien d’Aleksandar Nikolic : propres sur eux, un passé médiatiquement lisse, loin de l’image des bourrins skinheads du temps du vieux Le Pen.
Cette étudiante en droit milite au RN et au syndicat étudiant d’extrême-droite (ED) l’UNI. C’est en 2024 qu’elle se fait connaître en devenant responsable du Rassemblement National Jeune 37 (RNJ37), puis candidate aux législatives de 2024 pour la 1ère circonscription d’Indre-et-Loire dans la foulée.
C’est que le bureau politique du RN n’avait pas le loisir de se tromper, puisqu’elle remplace au pied levé Andréa Dériot, la figure montante du RN à l’époque. Le hic, c’est que cette dernière s’est faite épingler par Mediapart pour sa proximité étroite avec le groupuscule néo-fasciste Des Tours et Des Lys (DTDL). De la promotion dans l’air.

Dis moi qui sont tes ami.es, je te dirai qui tu es !
Andréa et Lisa ont toutes les deux milité pour le RN et l’UNI [1]. C’est d’ailleurs dans ce syndicat qu’elles côtoient la fine fleur de l’ED estudiantine tourangelle :
On peut citer d’abord Emerick Prevost, membre de DTDL (présent dans le Service d’Ordre de la marche aux flambeaux 2025) et ex-responsable départemental des jeunes de l’UDR (parti d’Eric Ciotti, qui a rallié le RN suite à la scission avec LR). Lui ce n’est pas sa proximité avec DTDL, pourtant avérée, mais juste son racisme latent qui lui a coûté sa place, après un post Instagram sans équivoque comparant les noirs aux singes. Il est maintenant militant de l’Action Française, moins regardant sur la respectabilité de ses membres.
En 2024, sur la liste que propose l’UNI pour représenter les étudiant.es dans les conseils d’université, on trouve Thaly Selo-Schaff qui n’hésite pas à repartager et commenter le tweet homophobe et antisémite de l’influenceur d’ED Andrew Tate. Au sujet de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris, le roi de la « masculinité toxique » s’emporte :
Andrew Tate (@Cobratate) : « Je boycotte les jeux olympiques. Je ne regarderai rien. La cérémonie d’ouverture créée et orchestrée par cet homosexuel juif était dégoûtante. » 27 juillet 2024
Thaly Selo-Schaff (@SeloTaly) : « Les vrais chrétiens se battent contre cette merde, en tant que native française, je n’approuve pas cette putain de cérémonie de merde. Je déteste voir notre gouvernement laisser quelques merdeux de wokistes se moquer de notre religion ! Merci pour ton soutien Andrew, je t’en suis reconnaissante. Et je m’excuse pour ça ! » 02 août 2024
Nous reviendrons un peu plus tard à Thaly qui, comme Andréa Dériot, a fini par quitter l’UNI pour la Cocarde Étudiante (autre syndicat étudiant d’ED), et se rapprocher des néo-fascistes de DTDL.
Un camarade encombrant
Enfin, on peut parler de Mathis Gachon, le délégué national de l’UNI, qui vient rendre visite à ses troupes de temps en temps en Touraine. L’occasion de boire des verres et parler politique en posant pour une photo souvenir en train de faire des saluts nazis et signes de suprémacistes blancs dont il est coutumier. Montage antisémite, saluts néo-nazis, signes suprémacistes blancs : c’est su et documenté et malgré ça, il se trouve toujours en poste pour le syndicat et ses ami.es continuent de l’encenser.

Si on devait juger une personne à ses fréquentations, alors Lisa Garbay n’était peut-être pas le meilleur choix pour remplacer Andréa Dériot. Lisa Ignore-t-elle tout de ces « dérapages » qui se déroulent sous son nez ? Ou alors, est-ce devenu tellement banal qu’elle n’y prête même plus attention ?
Elle qui clame chercher un débat démocratique, apaisé et serein, pas sûr qu’elle le trouve auprès de ses ami.es politiques : prôner le suprémacisme blanc, comparer des personnes vues comme racisées à des singes, et affirmer des propos homophobes et antisémites, ne participe pas vraiment à la sérénité d’un débat d’idées Mme Garbay !
Éléonore Ranchin, une notoriété fulgurante
Un peu plus loin sur la liste « À notre Tours », mené par Nikolic, on trouve Eléonore Ranchin en 22e position. Elle a d’autant plus attiré notre attention que nous en avions parlé il y a quelques semaines, lors de notre dernier article sur l’un des leaders néofascistes de DTDL, Lucas Maupin.
Plus jeune que Lisa Garbay, elle commence à militer au RNJ au lycée. Elle gagne vite en notoriété après une agression qu’elle subit en mars 2024. Elle fait le tour des médias d’ED pour raconter son agression : elle serait – selon elle – à caractère politique puisqu’elle affirme que son agresseur aurait crié « siamo tutti antifascisti » en se sauvant. Et c’est bien cette partie là qui intéresse les médias vent debout contre ce qu’ils appellent « la menace Antifa ».
Connaissant maintenant un peu mieux les ressorts et les pratiques du collectif Némésis, on peut légitimement se demander si la motivation de cette agression était bien politique, ou bien « simplement » d’ordre crapuleuse ou sexiste, ce qui est récurrent dans cette zone selon les dires d’Éléonore.
Quoiqu’il en soit, elle rejoint le groupe fémo-nationaliste [2] d’Alice Cordier, sûrement un peu avant cette agression, et va avec toute la force du RNJ et de Némésis l’instrumentaliser au maximum.
En effet, on avait déjà compris la stratégie politique de Némésis, mais elle est d’autant plus claire à la lumière des révélations suite à leur implication dans la mort du militant nationaliste Quentin Deranque. Cette stratégie consiste à récupérer politiquement les féminicides et les violences sexistes et sexuelles pour construire un argumentaire raciste qui alimente la thèse elle aussi raciste du grand remplacement. Mais ça passe aussi par le fait de se victimiser le plus possible pour faire ressortir le pathos [3] et la peur de l’autre (comprendre « tout ce qui n’est pas comme eux ») dans l’esprit des gens. C’est une stratégie qui est éprouvée par toute une frange de l’ED, le « torchon » Frontières en tête, mais reniée par une autre partie qui ne veut absolument pas être vue comme de faibles victimes. C’est le cas des franges néo-fascistes incarnées par des groupes comme Tenesoun dans le Sud ouest, ou bien DTDL en Touraine.

Le nouveau visage de l’ED radicale locale ?
Forte de cette notoriété, elle participe à plusieurs événements dont sont coutumier.es les membres de Némésis : À Paris en novembre 2025, puis à Orléans à au moins deux reprises, notamment pour s’opposer à la venue de Raphaël Arnault qui est alors dans le viseur de Frontières. En 2025 elle rejoint l’Institut de Formation Politique (IFP), l’institut qui forme ce que la mouvance radicale a de plus branché : l’ex-cheffe de génération identitaire et influenceuse Thais d’Escufon, Aurélien Verhassel le patron des fascistes à Lille, ou encore la co-fondatrice de Némésis et ex-militante de l’Action Française, Alice Cordier.
C’est début 2026, à l’occasion des élections des représentant.es des étudiant.es au CROUS (instance sociale des universités) qu’on la retrouve à la communication de la Cocarde Étudiante Tours.

Pour rappel, la Cocarde est née d’une scission avec l’UNI car jugé trop mou politiquement. « Anti-woke », ultra-conservatrice, anti-immigration, souvent raciste, derrière de nombreuses campagnes de cyberharcèlement de journalistes ou de militants de gauche, la Cocarde sert de fer de lance et de laboratoire à des polémiques pour l’extrême droite identitaire. Sa dernière campagne annonce carrément que « l’immigration tue la jeunesse française », sans citer ni source ni argumentaire.
Localement, les liens entre Cocarde et DTDL sautent aux yeux. On ne saurait dire si la réunion de rentrée de la cocarde 2024 est bien celle du syndicat ou celle du groupuscule néo-fasciste. En 2026, le syndicat comprend au moins Thaly Selo-Schaff dont on a parlé plus haut, mais aussi Nathan Berard, impliqué dans l’agression de deux personnes le soir du rassemblement pour Quentin Deranque le 19 février 2026 à Tours. C’est d’ailleurs lors de ce rassemblement que l’on a vu Alexandre Boumédiene, le leader de DTDL, et Éléonore Ranchin s’époumoner l’un.e après l’autre pour chauffer la petite centaine de personnes venue pour l’occasion, dont une partie participera, avec Nathan, à des agressions dans la soirée.

Preuve de sa radicalité, elle participe activement aux événements de l’ED radicale française : à la marche aux flambeaux de DTDL le 08 novembre dernier où un chant nazi résonne dans les rues tourangelles, chantés entre autres, par des militant.es violent.es. Puis à Paris, pour la marche aux flambeaux de la Sainte-Genevieve, où elle est vue en pleine admiration du militant néo-nazi Marc de Cacqueray-Valmenier (qu’elle assure ne pas connaître personnellement).
Le vernis s’écaille
Pas franchement à l’aise en communication, elle aime pourtant se mettre en avant sur les vidéos de propagande de ses collectifs : Némésis, la Cocarde ou sur d’autres groupes crypto-patriotico-nationalistes, Éléonore est très présente sur les réseaux. Il est à noter que c’est aussi une femme de terrain : en effet, en regardant des photos et vidéos de manifestations, pourtant appelées par des organisations qu’Éléonore qualifierait de gauchistes, on la voit aux abords ou carrément dans la manifestation. Ce fut le cas pour le rassemblement organisé par le RAFT le 15 janvier dernier contre la venue de Bruno Retailleau et lors des deux rassemblements de soutien à une syndicaliste de Solidaires37 devant le tribunal puis devant le commissariat de Tours. Serait-ce pour prendre la température, ou pour s’acoquiner avec le milieu gauchiste tourangeau ? Gageons que ce n’est ni l’un ni l’autre, mais que ce qui l’intéresse c’est plutôt la recherche d’éventuelles réactions à ses provocations contre les manifestant.es. Elle repartira quand même avec de belles images publiées sur les réseaux de la Cocarde. Tant pis !

Ce sont donc ces deux personnes que présentent le RN et qui risquent de siéger au conseil municipal de Tours. Finalement bien loin du supposé inoffensif profil bourgeois « sac Longchamp – carré Hermès – fac de droit », Éléonore Ranchin et Lisa Garbay évoluent toutes les deux dans un milieu raciste, islamophobe, antisémite et néo-fasciste, sans jamais le remettre en question, voire même en le glorifiant en ce qui concerne Éléonore.
Nous ne pensons pas qu’elles soient des brebis galeuses, mais bien des brebis conformes au troupeau. L’apparence est trompeuse, mais c’est bien ça la promesse du RN aux portes du pouvoir : le fascisme sous un vernis de respectabilité. Aujourd’hui, le vernis s’écaille, et il est certain que les communicant.es du parti mettront tout en œuvre pour passer une nouvelle couche. Jusqu’à la prochaine.
G.I.R.A.F. (Groupe d’Investigation & de Recherche AntiFasciste)
Contact : investigation-touraine@systemli.org
Notes
[1] Un travail à été fait par plusieurs groupes antifascistes sur l’UNI :

[2] Courant politique qui instrumentalise la rhétorique féministe et les droits des femmes en faveur des partis nationalistes et des gouvernements néolibéraux. Il a deux objectifs : idéologique, en stigmatisant les populations immigrées, et électoral, en tentant de capter à l’extrême droite le vote de l’électorat féminin.
[3] Expression excessive et inappropriée d’émotions ou de passions dans le discours ou l’écriture, visant à susciter une réaction émotionnelle chez le spectateur ou le lecteur.

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