«Jusqu’à 650 milliards d’euros», la relance du nucléaire est une bombe budgétaire

Énergie

«<small class="fine d-inline"> </small>Jusqu'à 650 milliards d'euros<small class="fine d-inline"> </small>», la relance du nucléaire est une bombe budgétaire

Alors que le deuxième sommet mondial sur l’énergie nucléaire s’ouvrait à Paris le 10 mars, Greenpeace alerte sur le coût de la relance nucléaire, qui pourrait atteindre des centaines de milliards d’euros. Et ce, sans modèle de financement robuste.

Quinze ans jour pour jour après la catastrophe de Fukushima, le gratin mondial du nucléaire se retrouvait sur l’île Seguin, le 10 mars, au milieu de la Seine, pour le deuxième sommet consacré à cette énergie décarbonée. Au menu : comment accélérer une relance de l’atome partout dans le monde et son corollaire : comment la financer ?

La cérémonie d’ouverture a été brièvement perturbée par deux militants de Greenpeace venus interpeller les hôtes de ce raout : le président Emmanuel Macron et Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Les activistes ont déployé des banderoles dénonçant la dépendance de l’entièreté du secteur à la Russie. Ils ont pointé le commerce d’uranium entre Paris et Moscou et le rôle de Rosatom, l’entreprise nucléaire d’État russe, accusée de complicité dans l’occupation de la centrale ukrainienne de Zaporijia.

Sans un mot pour ses partenaires russes, Emmanuel Macron a, lui, défendu la relance mondiale du nucléaire comme un levier essentiel de la décarbonation. Le président français a insisté sur la nécessité de standardiser les réacteurs pour éviter les dérives industrielles, comme celles qui contaminent encore le chantier d’Hinkley Point en Grande-Bretagne, où le prix unitaire des réacteurs est passé de 12 à 26 milliards d’euros ! « On ne peut pas être rentable et compétitif si on fait des prototypes à chaque fois », a-t-il reconnu.

Petite bombe budgétaire

Le chef de l’État s’est ainsi posé en VRP de la filière française, citant les soutiens publics déjà mobilisés : plan France 2030, la Caisse des dépôts mais aussi les 400 millions d’euros promis par la Banque européenne de reconstruction et développement (Berd), notamment pour une usine d’enrichissement d’Orano. Il a également appelé les investisseurs privés à participer à l’effort de nucléarisation de la planète. « Nous devons mieux financer ces projets », a-t-il plaidé, rappelant qu’« on sort d’un monde où tout avait méthodiquement été fait pour que rien — ni les banques ni les assureurs — ne puisse financer le nucléaire ».

Mais un élément frappe : à aucun moment ne sont évoqués les montants en jeu qui dépassent souvent la dizaine de milliards d’euros. Les intervenants, issus de la Berd, la Banque européenne d’investissement (BEI), des agences multilatérales, des banques privées ou des fonds d’investissement, restent étrangement silencieux sur la facture réelle et le niveau de rentabilité des projets qu’ils financent.

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Voilà pourquoi Greenpeace a voulu remettre des chiffres dans le débat. Dans une analyse publiée récemment, l’ONG tente d’estimer le coût de la relance nucléaire inscrite dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Petite bombe budgétaire glissée dans le moteur de la PPE, ce document met sur la table un ordre de grandeur vertigineux : 380 à 650 milliards d’euros, et encore… dans un scénario optimiste où l’industrie tiendrait ses promesses de coûts et de délais.

Un « quoi qu’il en coûte » nucléaire

« Ce “quoi qu’il en coûte” nucléaire, dans un contexte de profonde austérité budgétaire et d’exigences d’économies de plusieurs dizaines de milliards d’euros sur le budget de l’État, démontre l’exception dont bénéficie le nucléaire en France », souligne Greenpeace dans son rapport.

Pour rappel, EDF assure pouvoir ériger six EPR2 pour la modique somme de 12 milliards d’euros pièce. Ce qui, au vu des expériences passées, notamment à Flamanville ou à Hinkley Point, laisse dubitatif.

En France, le cœur de la relance repose sur la construction de six EPR2 — à Penly, Gravelines et au Bugey — une nouvelle (encore !) génération de réacteurs. Il s’agit aussi d’engager, à partir de 2030, la construction de huit autres. Sans aucun montant final, à ce jour. Selon l’analyse de Greenpeace, ce seul volet représenterait 221 à 404 milliards d’euros.

Las, ces réacteurs ne sont qu’une partie de l’équation. Derrière eux se déploie tout le cycle du combustible, des usines de retraitement aux installations de fabrication de combustible. La modernisation de ces infrastructures — notamment à La Hague et à l’usine Melox située dans le Gard — pourrait représenter 55 à 78 milliards d’euros.

Prolonger la durée de vie du parc nucléaire

À ces investissements s’ajoute un autre chantier colossal : maintenir en activité les centrales actuelles. La PPE prévoit de prolonger la durée de vie du parc nucléaire français jusqu’à cinquante ans, voire soixante ans, pour la plupart des réacteurs. Une stratégie qui suppose de multiplier les visites décennales et les travaux de sûreté. Selon les estimations de l’étude, ces prolongations représenteraient 99 à 125 milliards d’euros supplémentaires.

Et encore, cette addition n’intègre pas l’extension possible du site de stockage géologique de déchets nucléaires Cigéo — aujourd’hui budgété à 35 milliards d’euros — ou les coûts d’adaptation de ces usines atomiques au changement climatique.

Dans ce contexte, Greenpeace appelle à repousser la décision finale d’investissement sur les nouveaux réacteurs après l’élection présidentielle de 2027… au risque de voir arriver d’autres thuriféraires de l’atome au pouvoir. Pour rappel, le RN n’a pas hésité à mentionner le chiffre de 35 EPR à construire pour renouveler le parc actuel. Encore des promesses, sans l’ombre du début d’un modèle de financement robuste.

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