Jusqu’ici tout va mal – Février 2026

Jusqu'ici tout va mal - Février 2026

● Extrême droite● Medias● Politique

Sous forme de bloc-notes, chronique au fil des jours d’un monde en débâcle. À retrouver tous les mois.

2 février 2026

La Tribune dimanche, le supplément dominical du journal économique La Tribune, qui est une espèce de girouette hebdomadaire permettant de vérifier dans quelle direction soufflent les vents idéologiques dominants, publie un éditorial de son directeur délégué de la rédaction, l’inénarrable Bruno Jeudy, sobrement titré : « Merci les patrons. » 

On espère que le milliardaire Rodolphe Saadé, propriétaire de La Tribune, décernera à ce salarié modèle un diplôme d’employé du mois — car il serait vraiment injuste qu’un tel dévouement ne soit pas récompensée à sa juste valeur.

2 février

Le ministre macroniste de l’Intérieur Laurent Nunez décrète, quelques semaines avant les élections municipales des 15 et 22 mars prochains, que La France insoumise (LFI) sera désormais classée à l’extrême gauche, tandis que son propre parti, Renaissance, restera classé au centre — exactement comme s’il n’avait pas cessé, depuis des années, de dériver toujours plus loin vers la droite.  

Pour justifier cette décision, Laurent Nunez explique notamment que c’était parce que « chez La France insoumise, il y a un refus de la discussion parlementaire » que ce parti doit être considéré comme extrémiste.

Quelques heures plus tard, Le Monde, journal dit « de référence »,  publie un article dont l’autrice relève très justement que « cette nouvelle classification dresse une équivalence entre LFI et le Rassemblement national (RN) » – et qu’elle « donne » donc « des arguments à ceux qui, comme les macronistes, veulent exclure le mouvement de Jean-Luc Mélenchon du champ républicain et renvoyer dos à dos les “extrêmes“  ».

C’est tout à fait vrai, mais par l’effet, probablement, d’une distraction passagère, cette journaliste « politique » oublie de mentionner que depuis plusieurs années, son propre journal publie régulièrement des articles qui, eux aussi, renvoient dos-à-dos « les extrêmes » – c’est-à-dire, donc, La France insoumise, parti de gauche antiraciste, et le Rassemblement national, parti d’extrême droite xénophobe cofondé notamment par un ancien Waffen-SS.

Le 29 janvier dernier, par exemple : Françoise Fressoz, éditorialiste au Monde, se demandait encore dans sa chronique hebdomadaire comment le Parti socialiste pouvait « amorcer une dynamique face au Rassemblement national et à LFI » – qui étaient donc une fois de plus mis dans le même sac.

La conclusion qui s’impose est que Le Monde fait partie de ceux qui, selon ses propres mots, veulent, comme les macronistes, exclure le mouvement de Jean-Luc Mélenchon du champ républicain en renvoyant dos à dos « les extrêmes » — et cela nous dit tout ce que nous devons savoir du positionnement de ce vénérable journal, qui se défend évidemment de tout militantisme.

Dans le monde réel, et comme l’a récemment rappelé le Conseil d’État, La France insoumise, dont le programme est beaucoup moins radical que ne l’était par exemple celui du Parti socialiste dans les années 1980, ne peut en aucun cas être considérée comme un parti d’extrême gauche — appellation qui, par ailleurs, n’a évidemment rien d’insultant : il s’agit plutôt d’une banale formation sociale-démocrate, qui reste attachée à quelques règles de base du progressisme pendant que la plupart des autres organisations de la gauche parlementaire poursuivent leur inexorable dérive droitière.

Le Rassemblement national, en revanche, est bien une formation d’extrême droite, comme l’a également rappelé le Conseil d’État.

Le ministre de l’Intérieur le sait parfaitement, et la justification qu’il produit pour classer LFI à l’extrême gauche en soutenant que les insoumis « refusent la discussion parlementaire » est une preuve tangible de sa gigantesque tartuferie, puisque ce ministre de droite doit son poste au vol pur et simple du résultat des élections législatives de 2024 — remportées par la gauche mais confisquées par la droite au pouvoir —, et participe à un gouvernement dont le chef, Sébastien Lecornu, avait promis de rendre la parole au Parlement, mais gouverne en réalité à grands coups d’articles 49.3 pour mieux le contourner.

Dans la vraie vie, c’est donc le parti macroniste de Laurent Nunez qui refuse et interdit la discussion parlementaire – et qui devrait donc être considéré, en fonction même du critère défini par ce ministre, comme un parti extrémiste.

Pour clore ce long chapitre, un dernier point mérite d’être relevé, dans un moment où Donald Trump prépare assez ouvertement une possible confiscation des prochaines élections étasuniennes, en redécoupant par exemple la carte électorale pour favoriser son parti.

En effet, et comme l’a fort justement relevé le journal L’Humanité, « en séparant LFI du reste de la gauche, le ministère de l’Intérieur change de fait la façon dont seront comptabilisés les résultats au soir des élections », puisque grâce à ce tour de passe-passe « le bloc gauche », dont les insoumis seront donc exclus, « verra son score électoral baisser mécaniquement ».

Il s’agit en somme, comme le relève le député insoumis Hadrien Clouet, de « distinguer les oppositions de gauche en multipliant les catégories pour les affaiblir » — ou, pour le dire plus simplement, de diviser la gauche pour mieux favoriser l’extrême droite : même Donald Trump n’y avait pas pensé. 

3 février

Le Figaro, le journal réactionnaire du groupe Dassault, publie un article annonçant qu’à un peu plus d’un an de l’élection présidentielle de 2027, l’hypothèse d’une candidature de l’ancien président socialiste François Hollande « fait son chemin ».

François Hollande, dont la cote de popularité à la fin de son quinquennat était si extraordinairement basse qu’il avait très sagement renoncé à briguer un second mandat, est ce personnage qui, lorsqu’il était à l’Élysée, avait fait, en 2016, dans une série d’entretiens avec deux journalistes du Monde, quelques déclarations qui lui avaient très logiquement valu d’être acclamé par la presse de droite : il avait notamment expliqué qu’il y avait en France « trop d’immigration qui ne devrait pas être là », qu’il y avait aussi « un problème avec l’islam », ou encore qu’on ne pouvait « pas continuer à avoir des migrants qui arrivent sans contrôle », et qu’il fallait « à un moment que ça s’arrête ».

S’il décide de candidater à la prochaine présidentielle, il ne fait guère de doute que ce contrasté personnage se présentera comme un adversaire déterminé de l’extrême droite — exactement comme il s’était présenté comme un « adversaire de la finance » avant de l’ensevelir sous les cadeaux après son élection à la présidence de la République  -, mais on ne jurerait pas qu’il réussira à faire oublier qu’en 2016, il récitait donc, au mot près, les mantras islamophobes et xénophobes de cette même extrême droite.

4 février

Les Écologistes suspendent plusieurs dizaines de leurs adhérents en leur expliquant qu’ils ont « porté atteinte à la réputation et aux valeurs de justice et de sagesse » du parti en signant une tribune qui dénonçait sa décision de s’allier avec les socialistes plutôt qu’avec La France insoumise pour les prochaines élections municipales.

On se rappelle qu’en 2024, LFI avait également sanctionné certains de ses élus, également considérés comme trop frondeurs, et que la presse et les médias dominants s’étaient alors empressés de dénoncer en chœur et à longueur d’articles ce qu’ils appelaient une « purge », implicitement présentée comme une mesure de type stalinien.

Mais très curieusement, quand ce sont Les Écologistes qui pratiquent ces mises à l’écart, il n’est plus du tout question de recourir à un vocabulaire mobilisant l’imaginaire du stalinisme : cette punition collective n’est pas présentée comme une purge, mais plutôt comme une simple « suspension » — et on passe très vite à autre chose…

5 février

Le député socialiste Jérôme Guedj annonce sur France inter qu’il était candidat à l’élection présidentielle de 2027.

Cela ravit son hôte, l’animateur dynastique Benjamin Duhamel, qui donne l’impression de croire qu’il a décroché là une espèce de scoop planétaire — alors que dans le monde réel, l’hypothèse la plus crédible est que cette information n’intéresse pas grand monde, à part peut-être le proche entourage de Jérôme Guedj et quelques « journalistes politiques ».

Le député socialiste, profitant de la tribune qui lui est ainsi offerte à l’antenne d’une radio publique, déclare qu’il est selon lui « nécessaire que la gauche s’affirme pour ce qu’elle est », qu’il ne se « résolvait pas à la victoire annoncée du Rassemblement national », et qu’il était contre la « brutalisation du débat public ».

C’est très beau, et ça donne presque envie de battre des mains, mais tout de suite après, il se sent obligé d’ajouter que la France avait « besoin d’immigrés, mais dans le cadre d’une immigration planifiée et organisée » – et cette profération appelle évidemment quelques remarques.

La première est que, contrairement à ce que suggère donc Jérôme Guedj, les migrants sont des êtres humains fuyant le plus souvent des situations tragiques au péril de leur vie, et qu’ils ne sont ni une variable d’ajustement, ni une marchandise dont il faudrait réguler l’importation.

La seconde remarque est que la déclaration de ce candidat socialiste à l’élection présidentielle sous-entend assez distinctement qu’à l’heure actuelle l’immigration ne serait pas organisée, et qu’elle n’obéirait par conséquent à aucune règle : cette assertion rappelle donc d’assez près les propos de François Hollande décrétant en 2016 qu’il y avait « trop d’immigration qui ne devrait pas être là » et qu’on ne pouvait « pas continuer à avoir des migrants qui arrivent sans contrôle ».

Une telle démonstration est notoirement fausse et mensongère, puisqu’au contraire, depuis 1945, la France n’a cessé de multiplier les lois sur l’immigration, et les décrets et autres textes durcissant toujours plus les conditions d’accueil des étrangers – la dernière en date, qui remonte au 2 mai 2025, étant la circulaire signée par l’ex-ministre de l’intérieur d’extrême droite Bruno Retailleau qui restreignait encore l’accès à la nationalité française. 

Et cela nous amène à la dernière remarque, qui est que Jérôme Guedj, en reprenant à son compte cette rhétorique mensongère de l’immigration incontrôlée, valide la propagande du Rassemblement national, parti xénophobe qui prospère dans la dénonciation d’une très imaginaire « submersion migratoire ».

Pour un candidat qui  prétend représenter la gauche, qui assure refuser la brutalisation du débat public et qui affirme ne pas se résoudre à la victoire annoncée de l’extrême droite, cela peut paraître un peu étonnant, mais il est vrai aussi que lorsque Benjamin Duhamel lui demande pour qui il voterait si le second tour de l’élection présidentielle de 2027 opposait le candidat de la gauche insoumise au président du Rassemblement national, Jérôme Guedj refuse très courageusement de répondre – et qu’il semblerait par conséquent qu’il ne soit pas encore complètement décidé à se donner réellement tous les moyens de battre l’extrême droite.

8 février

Jordan Bardella, président du Rassemblement national, proclame qu’il n’exclut pas « des listes d’union » de la droite au second tour des municipales en cas de « danger de voir l’extrême gauche l’emporter »

Comme l’explique joyeusement un hebdomadaire du groupe Bolloré, cela signifie « en clair », que  « si La France insoumise risque de gagner une élection », le parti d’extrême droite « pourrait » par exemple « se tourner vers Les Républicains » pour leur proposer une alliance de second tour.

Bardella a donc parfaitement compris que Laurent Nunez lui avait offert un magnifique cadeau en excluant très arbitrairement LFI du bloc de la gauche parlementaire, et que le Rassemblement national peut désormais se prévaloir, lorsqu’il agite l’épouvantail d’une prétendue menace « d’extrême gauche », de la protection du gouvernement qui a très officiellement légitimé ce gigantesque bobard : ce n’est après tout que la dernière en date des innombrables gracieusetés dont le macronisme qui prétendait construire un barrage contre l’extrême droite n’aura en réalité cessé de la combler tout au long de son triste règne. 

10 février

Le Figaro publie un article dénonçant « la dérive racialiste de La France insoumise ».

Car selon ce journal qui a longtemps compté parmi ses collaborateurs le propagandiste d’extrême droite Éric Zemmour, plusieurs fois condamné pour provocation à la haine raciale ou religieuse, « plusieurs cadres du mouvement de Jean-Luc Mélenchon » auraient « fait de la couleur de peau un critère de vote en faveur des candidats insoumis », et le journal réactionnaire du groupe Dassault trouve ça tout à fait inadmissible.

Du coup, on va regarder une photo du comité de direction du Figaro, et là, surprise : il n’y a strictement que des Blancs.

Mais bien sûr, il faudrait vraiment avoir mauvais esprit pour considérer que ce comité donne presque l’impression d’avoir fait de la couleur de peau un critère – et pour se demander si ce ne serait pas le signe d’une très fâcheuse dérive racialiste.

11 février

La France exige, par la voix du ministre macroniste des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, la démission de Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’Organisation des Nations unies (ONU) pour les territoires palestiniens où l’armée israélienne commet depuis deux ans d’immenses massacres – en l’accusant d’avoir tenu « des propos coupables et outranciers ».

Le problème, car il y a un très sérieux problème, est que dans le monde réel, Francesca Albanese n’a absolument jamais tenu les propos que lui prête ce ministre.

En effet, comme le relève immédiatement le journal Le Monde, « l’accusation lancée par » Jean-Noël Barrot s’appuie sur « un montage vidéo largement diffusé par les défenseurs du gouvernement israélien, qui déforme une récente intervention » publique de la rapporteuse des Nations unies.

Pour exiger le renvoi de cette dénonciatrice inlassable des exactions perpétrées par l’armée israélienne en Cisjordanie et à Gaza — où le génocide en cours aurait déjà fait un tiers de victimes de plus que ne le disent les bilans officiels selon de nouvelles estimations produites la semaine dernière par des chercheurs britanniques —, la France s’appuie donc sur un trucage réalisé par des souteneurs de cette armée.

Mais le pire est que, comme le note aussi Le Monde, « les autorités françaises » savent parfaitement que « les accusations » visant Francesca Albanese « reposent sur un montage qui déforme à dessein » ses propos.

Pourtant, ces mêmes autorités considèrent que la rapporteuse spéciale des Nations unies qui n’a donc pas tenu les propos qui lui sont faussement imputés doit tout de même être sanctionnée, car elle aurait tenu des « positions scandaleuses, justifiant les massacres du 7-Octobre ».

Mais là encore, c’est un pur mensonge, puisque Francesca Albanese n’a « jamais justifié le 7-Octobre », comme elle le rappelle elle-même dans Le Monde – avant d’ajouter que les accusations portées par le ministère français des Affaires étrangères sont donc « de la diffamation pure et simple » : c’est ce qu’elles sont, en effet.

Un ancien diplomate israélien, également cité par Le Monde, semble d’ailleurs partager cet avis, et juge quant à lui que Jean-Noël Barrot « déforme les faits et dénature l’ensemble du travail de la rapporteuse spéciale de l’ONU », que si ce ministre « a été mal informé il devrait retirer ses accusations et présenter des excuses », mais que « s’il s’agit d’une déformation délibérée » des propos de Francesca Albanese, c’est encore « plus préoccupant à un moment où la montée de l’antisémitisme suscite de réelles inquiétudes », parce que cela constitue « un acte dangereux de confusion et d’instrumentalisation ».

D’où se déduit que Barrot participe à cette montée de l’antisémitisme.

Et bien sûr : il n’est guère étonnant qu’un macroniste fidèle parmi les fidèles profère un mensonge en s’appuyant sur un trucage de la réalité, puisque c’est très exactement ce que font ces gens depuis bientôt 10 ans.

Mais il faut tout de même rappeler que Jean-Noël Barrot sait parfois faire preuve de beaucoup plus de compréhension – et qu’il a par exemple évoqué dès le mois de décembre 2024 une forme d’ « immunité » pour le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, contre qui la Cour pénale internationale venait d’émettre un mandat d’arrêt pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Or, de fait : cette immunité a bel et bien été accordée au chef du gouvernement israélien, puisqu’il a été plusieurs fois autorisé à survoler impunément le territoire français dans le cours des derniers mois.

De sorte qu’on aurait presque l’impression que plutôt que d’importuner l’ordonnateur d’un génocide, Jean-Noël Barrot préfère demander des sanctions contre la représentante des Nations unies qui le dénonce pour ce qu’il est. 

14 février

Après le décès à Lyon, du militant d’extrême droite Quentin Deranque, tué dans une rixe avec des antifascistes, Emmanuel Macron, chef de l’État français, poste sur X, ex-Twitter, un message dans lequel il adresse à la « famille » et aux « proches » du disparu ses « pensées » personnelles et « le soutien de la Nation ».

Dans ce même message, Macron ajoute qu’ « en République aucune cause, aucune idéologie ne justifieront jamais que l’on tue » et que « tout le sens de nos institutions » est au contraire « de civiliser les débats et de protéger la libre expression d’arguments » — puis il appelle « au calme, à la retenue et au respect »

Quelques heures plus tard, l’Assemblée nationale observe une minute de silence pour Quentin Deranque.

Le message de Macron appelle deux remarques.

La première est que, contrairement à ce qu’il suggère dans ce communiqué, le chef de l’État français n’œuvre pas du tout à « civiliser les débats » et à « protéger la libre expression d’arguments ».

Bien au contraire : depuis le début de son règne, il n’a cessé de rabaisser le débat public en racontant des horreurs, comme lorsqu’il avait par exemple établi, en juin 2017, quelques semaines après son élection à la présidence de la République, une très émétique distinction entre « les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien ».

Et quand il n’était pas occupé à confisquer purement et simplement le résultat des élections législatives de 2024, il n’a cessé d’entraver — ou d’empêcher – ce qu’il appelle « la libre expression d’arguments », que ce soit au Parlement, en recourant à tour de bras à l’article 49.3 pour museler les députés, ou dans la rue, en réprimant toujours plus cruellement les manifestations pour la défense de l’environnement ou les mobilisations de soutien au peuple palestinien.

La seconde remarque est qu’Emmanuel Macron peut certaines fois se montrer beaucoup moins attentif et compatissant qu’il ne l’est après le décès de Quentin Deranque.

Par exemple, quand l’ancien international de rugby argentin Federico Martin Aramburu a été assassiné à Paris par deux néonazis au mois de février 2022, il n’avait pas trouvé le temps de rédiger le moindre message pour dénoncer ce crime et soutenir la famille et les proches du rugbyman.

De la même façon : le président macroniste de l’Assemblée nationale de l’époque n’avait pas jugé utile de demander une minute de silence pour cette victime d’un meurtre perpétré par l’extrême droite.

L’avocat de Federico Martin Aramburu dénonce d’ailleurs cette différence de traitement, dont il estime à fort bon droit qu’elle est « à vomir », et qu’elle constitue « une monstruosité violemment assénée aux amis et à la famille » du rugbyman assassiné « ainsi qu’à toutes les victimes, avant et après lui », qui n’ont pas eu droit, elles non plus, au moindre hommage d’un chef de l’État dont on est bien obligé de se demander selon quels critères, exactement, il distingue les morts qu’il juge dignes du « soutien de la Nation » de ceux qui, semble-t-il, ne le méritent pas.

15 février

Macron, toujours lui, déclare, sur Radio J, que La France insoumise est un mouvement d’ « extrême gauche », dont les « positions, en particulier sur l’antisémitisme, contreviennent » selon lui « à des principes fondamentaux de la République ».

Une fois de plus, donc, le chef de l’État français ment effrontément : ça doit être sa façon à lui de suivre ses propres appels au « calme », à la « retenue », et — par dessus tout — au « respect ».

Car, d’une part, La France insoumise n’est pas un mouvement d’extrême gauche, mais une formation de gauche — comme l’a confirmé le Conseil d’État au mois de juin 2024 dans un avis dont Macron, confirmant le peu de cas qu’il fait du respect des institutions garantes de l’État de droit, refuse donc de tenir compte.

Et d’autre part, cette formation de gauche antiraciste n’est bien sûr pas antisémite, comme le soutient mensongèrement le chef de l’État français sans apporter le moindre élément probant à l’appui de cette calomnie — et pour cause. 

Mais il ne suffit plus de dénoncer ces accusations ineptes : il faut également rappeler quelques informations relatives à ceux qui les formulent.

Par exemple, en 2018, ce n’est pas La France insoumise qui a voulu qui a voulu « honorer » officiellement la mémoire de Philippe Pétain, antisémite notoire et complice actif de l’entreprise nazie d’extermination des Juifs d’Europe, en soutenant que cet immense criminel avait tout de même été un « grand soldat » : c’est Emmanuel Macron.

Et ce n’est pas non plus La France insoumise qui, en 2020, lors d’un conseil des ministres, a très complaisamment cité l’idéologue antisémite Charles Maurras, qui appelait au meurtre des Juifs et fut condamné à la prison à vie pour intelligence avec l’ennemi nazi en 1945 : c’est une nouvelle fois Emmanuel Macron.

Et pour finir : ce n’est pas La France insoumise qui, en 2022, a maintenu toute sa confiance à un ministre — Gérald Darmanin — qui avait publié un an plus tôt un livre dans lequel il dissertait dans le plus grand des calmes sur ce qu’il appelait « les difficultés touchant à la présence de dizaines de milliers de Juifs en France » à l’époque napoléonienne, et qui a ensuite cité l’historien antisémite Jacques Bainville lors d’une intervention à la tribune de l’Assemblée nationale : c’est encore et toujours Emmanuel Macron, qui, lorsqu’il n’est pas occupé à lancer des accusations dégueulasses contre la gauche antiraciste, semble donc s’accommoder au mieux de certaines ambiguïtés.

16 février

Après le décès de Quentin Deranque, la droite tout entière, des macronistes au Rassemblement national, pointe en chœur ce qu’elle appelle « la responsabilité de La France insoumise ».

Maud Brégeon, porte-parole macroniste du gouvernement de Sébastien Lecornu, décrète par exemple que les insoumis, coupables selon elle « d’encourager depuis des années un climat de violence» , portent une « responsabilité morale » dans ce décès.

Puis, décidément, très en verve, elle ajoute que cette responsabilité s’étend désormais aux électeurs qui glissent « un bulletin LFI dans l’urne» au moment de voter.

Au sein de la « gauche » à guillemets, quelques éminents commentateurs reprennent ce répugnant refrain : l’ancien président socialiste François Hollande pointe lui aussi « la responsabilité de La France insoumise », en soutenant qu’il y a chez son fondateur « Jean-Luc Mélenchon et ses amis une espèce de brutalité dans l’expression, de dénonciation permanente, de mise en accusation, d’outrance, de formules verbales qui blessent ».

Bien évidemment : Hollande ne produit aucun exemple précis à l’appui de cette attaque, puisqu’il suffit désormais d’affirmer que les insoumis ne sont pas gentils pour que cette menterie devienne une espèce de vérité révélée. 

Mais il faut reconnaître à ce fier socialiste une certaine expertise en matière de « brutalité dans l’expression », de « mise en accusation » et de « formules verbales qui blessent », puisque lui-même, lorsqu’il était président de la République, avait, redisons-le, très tranquillement déclaré à deux journalistes du Monde qu’il y avait en France « trop d’immigration qui ne devrait pas être là ».

Dans le même registre emprunté à l’extrême droite xénophobe : Maud Brégeon a quant à elle établi en 2024, sur une chaîne de télévision du très réactionnaire groupe Bolloré, un lien entre insécurité et immigration.

De sorte qu’il est bien sûr assez tentant de confronter la macroniste Brégeon et le socialiste Hollande à leur propre logique, et de leur demander s’ils estiment porter une responsabilité dans les agressions racistes qui se sont produites après leurs déclarations — en rappelant bien sûr cette différence essentielle que La France insoumise, quant à elle, n’a absolument jamais tenu de propos légitimant d’une manière ou d’une autre la xénophobie et le racisme.

17 février

Des policiers de Châteauroux ont veulent interpeller à son difficile un homme de 78 ans, pour le placer en garde à vue dans une affaire de dégradations commises contre un cabinet médical.

Ce rugueux personnage leur tire alors dessus, puis se retranche chez lui et leur lance trois grenades — excuser du peu.

Après l’avoir finalement arrêté, la police retrouve ce que le procureur de la République de Châteauroux a qualifié de « véritable arsenal » non déclaré — incluant notamment plusieurs dizaines d’armes de poing chargées, un fusil à pompe, une mitraillette et des milliers de munitions. 

Mais le détail vraiment intéressant est que d’après le maire de Châteauroux, cet homme qui a donc tiré sur des policiers avant de leur lancer des grenades est « un militant du Rassemblement national très actif et bien connu ».

Or, très curieusement, après son arrestation, ni Maud Brégeon, ni François Hollande ni aucun des commentateurs qui venaient de passer d’interminables heures à mettre en cause les insoumis dans une affaire dont ils n’étaient aucunement responsables ne croient devoir pointer, dans l’affaire de Châteauroux, la responsabilité de l’extrême droite : il sera difficile de trouver preuve plus éclatante de l’évidence que la campagne visant La France insoumise a pour seul et unique objectif, à l’approche de plusieurs échéances électorales importantes, de discréditer, par tous les moyens — y compris et surtout les plus sales -, la gauche parlementaire antifasciste et antiraciste.

19 février

Martine Vassal, candidate des Républicains à la mairie de Marseille, déclare que ses valeurs principales sont « le travail, la famille, la patrie ».

C’est-à-dire, mot pour mot, la devise du régime de Vichy.

Et quand le maire socialiste de Marseille, Benoît Payan, lui demande si elle se rendait compte de ce qu’elle disait, et lui fait remarquer qu’elle vient de réciter le slogan de Pétain, elle lui répond, très tranquillement : « Oui, bien sûr, et c’est mon slogan et ce sont mes valeurs. »

Et c’est assez osé — mais il est vrai que l’exemple de cette décontraction vient tout de même de très, très haut, dans un pays dont le président, quelques mois après son élection, a voulu « honorer » la mémoire de celui qu’il a appelé le « grand soldat » Pétain…

21 février

Laurent Nunez, ministre macroniste de l’Intérieur, a autorisé la tenue, à Lyon, d’un défilé présenté comme un hommage à Quentin Deranque, dont il savait pertinemment qu’il allait attirer des groupuscules néonazis comme l’aimant attire la limaille.

Et ça ne manque pas, puisqu’au premier rang de ce défilé parade notamment un militant d’extrême droite condamné pour antisémitisme et pour négationnisme — pendant que d’autres participants font des saluts nazis et lancent des insultes homophobes et racistes, sans que les policiers qui encadrent le cortège n’interviennent pour empêcher cette abomination.

Il faudra se rappeler cette très instructive séquence, et ces quelques jours durant lesquels Emmanuel Macron aura dans un premier temps lancé d’infâmes accusations d’antisémitisme contre La France insoumise, avant que son ministre n’autorise, dans un deuxième temps, et en toute connaissance de cause, une manifestation durant laquelle des antisémites ont donc été sciemment autorisés à défiler : elle dit tout d’un basculement gravissime, encouragé depuis le plus haut sommet de l’État, où la vérité n’a plus aucune valeur, où le si nécessaire combat contre l’antisémitisme est quotidiennement instrumentalisé à des fins de basse politique par des gens qui s’accommodent au mieux de cette infection de l’esprit, et où la gauche antifasciste est systématiquement présentée comme une menace pour l’ordre public pendant que des fascistes sont laissés libres de se pavaner.

22 février

Comme pour mieux confirmer ce basculement, la ministre macroniste Aurore Bergé appelle très tranquillement le Rassemblement national, parti cofondé notamment par un ancien SS et un ex-milicien, à retirer ses candidats aux élections municipales du mois prochain dans certaines villes – pour empêcher la victoire de La France insoumise, qu’elle qualifie de « parti anti-France »

Cette référence est édifiante, puisque « l’anti-France » est une appellation forgée par l’extrême droite antisémite au moment de l’affaire Dreyfus pour désigner de prétendus ennemis de l’intérieur accusés de trahir la nation française, et dont le régime de Vichy a ensuite fait un usage intensif pour désigner les Juifs, les francs-maçons et les communistes.

Mais personne, chez les macronistes, ne réagit à l’emploi de cette expression pour le moins très, très, très lourdement connotée par Aurore Bergé, et ce silence est un consentement qui prouve qu’à un peu plus d’un an de la fin du règne d’Emmanuel Macron,  toutes les digues ont bel et bien été emportées – et que ce président qui avait promis de « faire barrage aux idées de l’extrême droite » les aura, en moins d’une décennie, installées jusque dans les divagations devenues tristement ordinaires de ses plus proches collaborateurs.

Crédits photo/illustration en haut de page :
Margaux Simon

https://www.blast-info.fr/articles/2026/jusqu-ici-tout-va-mal-fevrier-2026-EILQbZeCS76iPqvE7HO0-A

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