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La mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque percute plusieurs configurations. Il y a d’abord une ville, Lyon, épicentre historique de l’implantation des groupuscules cogneurs fascistes et néonazis en France. Puis il y a un cadre, la rue, théâtre d’affrontements réguliers entre bandes rivales, hooligans adverses, policiers et militants. Et il y a enfin et peut-être surtout une temporalité politique, celle qui semble s’accélérer sans frein : la fascisation.
Quelle est-elle ? Elle est en premier lieu l’évidence qui saute aux yeux, la sédimentation de plus en plus parachevée d’un grand retournement : la violence et l’outrance, pour ne pas dire le fascisme, seraient désormais l’apanage de la gauche. Ou, pour être plus précis, d’un seul parti, à savoir La France insoumise. Jordan Bardella, Bruno Retailleau et consorts type Laurent Wauquiez, sans oublier Bernard Cazeneuve ou encore Manuel Valls, appellent désormais tous en chœur à la mise en place d’un « cordon sanitaire » autour de LFI.
Approfondissement d’éléments déjà bien connus, sans aucun doute, mais avec l’appui d’une nouvelle coordonnée : l’écoute sensible et bon teint offerte aux néonazis et fascistes revendiqués. Car depuis la mort de Quentin Deranque, si l’arc de respectabilité s’est peut-être définitivement refermé pour la gauche, il s’est dans le même temps considérablement ouvert sur son extrême droite, jusqu’à côtoyer les représentants des pires abysses de l’histoire. Le tout avec la presse dominante, fidèle à elle-même, dans son rôle de caisse enregistreuse du vent qui souffle.
Quadrillage
D’abord, bien évidemment et comme d’habitude, le cadrage de l’histoire. C’est le collectif néofasciste Némésis qui en a pris l’initiative, et notamment sa tête de gondole Alice Cordier, dès les premières heures du partage de l’hospitalisation de Quentin Deranque, en posant les éléments de langage : service d’ordre mis en place pour les protéger, guet-apens d’un groupe antifasciste lié à la Jeune Garde qui, lui, était là pour sécuriser une conférence de Rima Hassan à Sciences Po Lyon. Ensuite tabassage, coma puis mort. CQFD : La France insoumise est responsable d’un meurtre, et il faudrait donc d’urgence l’interdire.
Dans les médias, les bandeaux et titres de plus en plus abjects s’enchaînent alors : « Lynchage de Quentin : LFI le nouvel ennemi ? » s’interroge la chaîne de service public France info, « Faut-il classer les antifas comme organisations terroristes ? » se demande Europe 1, « Meurtre de Quentin : les nouveaux fascistes » déclame en une Marianne, visages de Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Arnault et Rima Hassan à l’appui, pendant que CNews lâche évidemment tous les chevaux, « le mélenchonisme mène au meurtre au réunion » nous partage Éric Naulleau, sur le plateau aux côtés d’Alice Cordier.
En dépit d’une quelconque prudence vis-à-vis des faits et de l’État de droit lui-même, les responsables politiques ont aussi embrayé dans la même direction. Emmanuel Macron a écrit ses premières phrases sur X, c’est dorénavant toujours le cas, dans un retournement de réalité dépourvu de honte qui lui est constant : « Tout le sens de nos institutions est de civiliser les débats et de protéger la libre expression d’arguments. »
Puis ce sont ses fidèles chevaliers qui ont occupé ensuite le devant de la scène, à savoir le trio Gérald Darmanin, Sébastien Lecornu et Laurent Nunez. Chacun s’est renvoyé la balle dans des déclarations sans aucune forme de précautions, par-dessus la justice et par-dessus l’action des corps intermédiaires, dont ils sont censés pourtant être les premiers garants : « C’est l’ultragauche qui a manifestement tué », partage Darmanin dès le 15 février, en dépit du secret de l’enquête ; de même, Laurent Nunez, le 16 février, déclare que « le lien entre La France insoumise et la Jeune Garde, il est très fort. Il ne faut pas le nier », précédé, avec une voix plus basse, d’un court « à supposer que ce soit des militants de la Jeune garde qui soient mis en cause », du genre de précautions formelles qui n’en sont pas vraiment ; puis le 17 février, Sébastien Lecornu, premier ministre, somme La France insoumise de faire « le ménage dans vos propos et dans vos rangs », là encore avant même que le préfet n’ait éclairci le profil des personnalités mises en cause.
Côté oppositions, réelles ou supposées, Les Républicains se sont engouffrés dans la brèche, portés par Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau, ce premier déclarant dans l’hémicycle, là encore sans aucune forme de précaution : « Non, ce n’est pas la police qui tue. C’est l’extrême gauche qui tue » ; quand le second livre quant à lui la consigne : « Pas une voix ne doit aller vers les candidats insoumis. » Soit une série de saillies qui ont fait fi, sans surprise, de la dimension capricieuse de la situation : l’éventuelle responsabilité indirecte de Némésis, groupe auprès duquel Bruno Retailleau avait confié partager « le combat », et qui semble donc se déplacer avec une petite milice de nervis cagoulés pour sciemment perturber des évènements de gauche. Du genre d’informations qu’un ancien ministre de l’intérieur ne pouvait ignorer.
Jérôme Guedj a quant à lui pris les devants pour les socialistes en pointant un « déni », « une fuite en avant » et « un moment de clarification essentiel : avec cette attitude, LFI sort du champ de la gauche ». Avant que ses inénarrables comparses Bernard Cazeneuve, François Hollande ou encore Raphaël Glucksmann n’embrayent sur la même tonalité, et qu’Olivier Faure tente à nouveau de tenir un compromis intenable à travers un communiqué qui mettait sur un même plan fascisme et antifascisme. Il rétropédalera.
Restait alors le Rassemblement national qui, quelque part, n’a rien eu de spécial à faire tant tout lui a été servi sur un plateau d’argent. Leurs éléments de langage se sont retrouvés subitement repris par tous, et la plupart des médias n’ont pas jugé bon de venir leur apposer devant le visage leurs accointances bien réelles avec tous les groupuscules qu’ont mis sur le devant de la scène la mort de Quentin Deranque : Action française, Lyon Populaire, GUD, C9M, et compagnie, soit les viviers violents bien connus de leurs équipes parlementaires. La conclusion n’avait dès lors qu’à être assénée par le porte-parole, le député Laurent Jacobelli, sourire à peine caché : « L’extrême gauche, c’est le nouveau fascisme. »
Violence
Le 17 février, soit cinq jours après les faits, Le Canard enchaîné révèle une vidéo inédite, qui vient battre en brèche la version officielle. On y voit deux groupes se faisant face, un cagoulé et équipé d’équipements de combat (gants, béquille), face à un autre dans lequel lequel les visages paraissent à peine masqués. Une scène qui se déroule peu avant le tabassage au sol de Quentin Deranque, où antifascistes et fascistes se font face donc, tous sachant parfaitement la raison de leur présence : se régler en bonne et due forme. Ainsi d’un document qui venait supposément complexifier la thèse : la violence, dans cette histoire comme dans toutes les autres, ne se limite visiblement pas à un seul camp.
Dans les médias, des comparaisons se sont alors enclenchées entre les « extrêmes », car c’est comme cela que la plupart les appellent désormais. Et ce autour d’une question brûlante : qui est le plus violent ? Les universitaires sont venus répondre, et plus particulièrement deux d’entre eux, les tout à fait raisonnables et respectés Isabelle Sommier et Xavier Crettiez, co-auteurs d’un livre sur le sujet. Leurs conclusions, répétées sur pléthore de plateaux de télévisions et dans les colonnes de presse n’ont laissé aucune forme de doute : en France, entre 1986 et 2017, on comptabilise 52 meurtres issus de l’extrême droite, et 5 issus de l’extrême gauche. Comptage corroboré dans les grandes lignes par un autre chercheur, lui aussi spécialiste du sujet, Nicolas Lebourg. De cette affirmation découlerait dès lors un constat : au-delà des vociférations, la mort de Quentin Deranque s’apparente davantage à un accident de l’histoire qu’à la manifestation d’une stratégie politique bien établie à l’intérieur d’un camp donné, ici l’extrême gauche.
Mais qu’à cela ne tienne. Peu importe les faits ou les statistiques, la rhétorique est tout à fait restée la même, et ce grâce à un concept tout à fait gazeux, qui ne date en rien de cette histoire : la « brutalisation de la vie politique ». Car, bien sûr, ce n’est pas La France insoumise qui a porté les coups. Mais ça n’en serait pas moins elle qui, à travers ses déclarations, ses arguments, ses raisonnements, participerait du fait que tout soit en train de partir en vrille. Au second degré certes, mais responsabilité quand même, sur le plan « moral et politique », comme l’ont répété en chœur les porte-parolats, du Parti socialiste jusqu’à l’extrême droite. À l’image de Jordan Bardella, pour qui cette mort serait « la résultante d’un climat de violence, minutieusement instauré depuis des années par une partie de la gauche ».
Ainsi d’un décalage évident entre les faits et ce qu’on en dit, exactement du genre de moments où le monde médiatique est censé justifier les raisons de son existence, en contextualisant et en expliquant. Travail de base qui aurait permis de poser très vite l’évidence : les différences entre la violence de droite et de gauche ne se limitent pas à des seules considérations quantitatives. Il y a aussi une fondamentale différence de nature, dans les cibles comme dans les méthodes, qui est au final résumable en une simple phrase : les gens de gauche ne massacrent pas en masse des individus pour une couleur de peau, une orientation sexuelle, un genre donné, traversés par la croyance que certaines personnes valent intrinsèquement plus que d’autres.
Là aurait été le point de départ nécessaire. Simplement factuel et froid, à partir duquel se serait engagée une réflexion autour des raisons de la mort de Quentin Deranque, pour tenter d’effectivement saisir les éventuels ressorts d’une « brutalisation de la vie politique ». L’occasion aurait alors été belle pour rappeler quelques éléments potentiellement causaux, comme par exemple la multiplication des groupes fascistes et néonazis partout en France mais aussi à travers le monde. De rappeler aussi la radicalisation du pouvoir macroniste, qui gouverne de manière anti-démocratique depuis plusieurs années en enchaînant les manifestations extrêmes de violence. Ou la dimension évidemment destructrice du capitalisme lui-même, sur les corps, les animaux, et l’ensemble du vivant. Si bien qu’il serait quelque peu inconsistant de simplement s’étonner béat que, par effet conjoint, la « vie politique se brutalise ».
Inutile de préciser que cela n’a évidemment pas eu lieu. La plupart des médias dominants, comme l’a souligné ACRIMED, ont fait raisonner la petitesse des arguments politicards en boucle : « LFI danger public » titre en une L’Express ; « LFI. Les mains dans le cambouis » embraye Charlie hebdo, sur un dessin de Jean-Luc Mélenchon aux mains ensanglantées ; « LFI l’extrême dérive », se permet Le Parisien. Côté plateaux, les mêmes questions sont répétées aux membres de La France insoumise en boucle, avec les mêmes termes « Il n’y a pas une responsabilité politique, au-delà de la responsabilité juridique ? » demande ainsi Benjamin Duhamel à Manuel Bompard. Des mêmes questions qui ont toujours reçu les mêmes réponses : « Nous n’avons aucune responsabilité dans ce qu’il s’est passé. » Logiciel rayé qui s’est répété des journées durant, bien qu’il ne fasse foncièrement avancer personne sur la compréhension de quoi que ce soit.
Hommages
C’est avec une certaine logique dès lors, une fois le champ du dicible cruellement réduit, dans les médias comme à l’Assemblée nationale, qu’il ne restait plus qu’une possibilité : faire hommage. Car à partir du moment où la même narration est martelée partout, forcément, il ne reste plus que la tristesse : un gentil catholique « tué pour ses idées », comme beaucoup l’ont alors raconté, voilà effectivement quelque chose de triste. Ainsi d’une minute de silence dans les couloirs des plus hautes sphères de la politique française, le Parlement et ses deux chambres, en l’honneur d’un militant fasciste revendiqué, événement qui restera pour sûr comme une tâche d’encre noire de l’histoire politique contemporaine. Mais si ce n’était que ça ?
Ce ne l’a pas été, que ça, car le projet d’organisation d’une marche d’hommage a ensuite fait son apparition. Le maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, ainsi qu’une bonne partie de la gauche avec lui, et notamment La France insoumise, ont demandé au préfet de l’interdire pour « risque de troubles à l’ordre public ». Sur la base d’une réflexion du plus simple esprit : une flopée de groupuscules fascistes et néonazis venus de toute l’Europe vont se réunir au même endroit au même moment, l’idéologie qu’ils défendent est largement illégale, donc il faut l’interdire. Relativement de bon sens, en effet, mais Laurent Nunez, ministre de l’intérieur, ne l’a quant à lui pas vu du même œil : « Je ne demande pas l’interdiction de cette manifestation qui se déroulera encadrée. Mon rôle c’est un équilibre entre le maintien de l’ordre public et la liberté d’expression. Pour l’instant la liberté est plus importante que l’inquiétude ». Ainsi va la liberté.
Ce qui devait arriver arriva donc, plusieurs milliers de militants de l’extrême droite la plus virulente se sont réunis et ont défilé dans les rues de la troisième ville de France, ce samedi 21 février. Les instructions avaient été posées en amont par les organisateurs, il y aura les journalistes et la police donc « pas de symboles polémiques ou mal interprétables (…) si vous avez des tatouages à connotation politique, pensez à les couvrir », mais les pulsions ont visiblement été trop fortes pour certains : « sale bougnoule », « sale race de merde », ainsi que des saluts nazis sont venus colorer de brun le paysage. L’organisatrice reçue sur tous les plateaux de télévision, Aliette Espieux, militante anti-avortement chevronnée mariée à un néonazi condamné, a alors reproché à la presse de voir des saluts hitlériens là où il ne s’agirait que de simples applaudissements. Aucune ambiguïté ne serait dès lors à signaler, même pas cet homme qui marchait apparemment en toute simplicité au milieu de la foule, avec deux demies-croix gammées tatouées sur chaque côté du visage.
Les médias ont là encore laissé dire et accompagné. Comme cette journaliste de France info, Brigitte Boucher, qui a considéré bon d’appuyer sur le fait que « malgré tout, ça s’est déroulé dans le calme, il y avait aussi des familles, des enfants, des femmes, qui ont défilé dans le calme… ». Et ce sans rappeler bien sûr qu’en tête de cortège, derrière la banderole, c’est-à-dire l’endroit où le casting est serré et les places sont chères, on pouvait retrouver l’antisémite acharné Yvan Benedetti. Ou que l’on pouvait aussi croiser dans cette marche, comme l’a renseigné Mediapart, Alexandre Gabriac, ancien du RN viré pour un salut nazi, Marc de Cacqueray-Valmenier, leader néonazi français et employé de Vincent Bolloré, ou encore, entre bien d’autres personnages, Raphaël Ayma, du groupe Tenesoun, qui a déclaré au micro en introduction de la manifestation « on ne fait pas la paix avec le mal, on le combat jusqu’à dernier souffle ». Mais tout ça ne semblait pas très important pour Brigitte Boucher qui préfèrera, pour sa part, relancer son invité en ces termes : « quand c’est l’ultradroite qui défile, c’est calme, quand c’est l’ultragauche, il y a, à la fin, un mort ».
Alliance
Une ligne s’est ainsi tracée au fil des jours. Quand bien même ce beau monde a essayé de donner l’impression de varias, tous ont au final parlé d’une même voix : des militants néonazis les plus chevronnés aux vieux socialistes décatis, il a été réclamé la même chose. Via différentes modalités, peut-être mais avec le même résultat final : la disparition du premier et seul parti d’opposition de France. Et ce en dehors d’une quelconque tentative de compréhension de ce qu’il s’est passé, d’une politisation de la lutte politique et de la violence qui l’accompagne, ou d’un bon sens élémentaire de l’histoire. Une ligne qui par sa continuité ne doit dès lors plus rien au hasard, ni plus rien à l’inconnaissance ou au manque de rigueur : de fait, les contours sont désormais clairs et les objectifs mutualisés.
C’est donc maintenant le temps des « coming out ». Comme ce journaliste twitter-addict du Figaro, Paul Sugy, qui plussoie son collègue de CNews Eliot Deval signant une chronique titrée « Quentin : 3200 personnes dans le calme et la dignité. » Comme ce sénateur Les Républicains Étienne Blanc, livrant sur BFMTV que « la marche s’est passée dans de très bonnes conditions ». Comme encore l’éditorialiste d’extrême droite Gabrielle Cluzel, sur Europe 1, nous partageant avec émotion qu’elle se sent « (…) extrêmement frappée par la dignité de cette marche ». Que devrions-nous en comprendre ? Ou plutôt est-ce seulement possible d’en comprendre autre chose que l’évidence : le fait que pour ces gens, des saluts nazis et des insultes racistes ne sont pas du genre de choses qui posent un élémentaire problème de « dignité ».
Mais bien sûr, ils répondront là encore tous ensemble, à l’instar de Marion Maréchal, qu’il en est là d’une simple dynamique « résiduelle ». Ils nous expliqueront, bon an mal an, que les gens qui ont rendu hommage à Quentin Deranque en déclarant que « comme lui, la lutte à mort nous rend joyeux », une fois leurs svastikas camouflés sous leurs pulls à manches longues, sont au final des gens plutôt sympathiques. Ou essaieront même de retourner la charge, comme Gabrielle Cluzel, à nouveau, qui nous explique qu’elle « aimerait qu’on ait le même scrupule pour scruter les manifs de gauche ». En oubliant de rappeler, bien évidemment, toutes les abjections professées par son camp à propos des manifestations en soutien à la Palestine, dont le niveau de dignité était pour le coup en effet d’une grande hauteur. Et où, faut-il seulement le préciser, une esquisse de salut nazi n’aurait pas donné lieu à un gentil appel au calme ricaneur de la part du service d’ordre, mais bien à une éviction totale et complète manu militari du cortège.
La Palestine, en effet, car comment ne pas voir l’évidence, à savoir que les séquences se répondent l’une et l’autre ? Et ce depuis le départ : « Aujourd’hui l’extrême gauche a du sang sur les mains. (…) Elle a du sang sur les mains quand elle qualifie le Hamas de mouvement de résistance » déclarait par exemple, lors de sa première prise de parole précitée à l’assemblée, Laurent Wauquiez. De même Aurore Bergé, très peu de temps après la mort de Quentin Deranque, a directement pointé son regard vers le supposé fond du problème, à savoir « la responsabilité de La France insoumise », et le rôle joué par cette conférence de Rima Hassan, issus d’un parti dont « personne ne peut ignorer aujourd’hui le rôle joué (…) dans le réenracinement de l’antisémitisme ». Une partie de la presse a bien sûr suivi avec eux, à l’instar de Vincent Trémolet de Villers, directeur délégué de la rédaction du Figaro, qui a trouvé bon d’écrire très vite que les « milices » antifascistes « intimident les catholiques et protègent les islamistes. ». Configuration perçue avec une perspicacité certaine par le bien modéré Patrick Cohen, qui a noté, dans son éditorial du matin pour France inter : « Accélération foudroyante d’une évolution déjà en cours depuis le 7 octobre 2023 après les massacres du Hamas. L’ennemi numéro 1 a changé de visage. » Et à travers laquelle les déclarations négationnistes de Sébastien Lecornu à propos du génocide toujours en cours à Gaza, deux jours après avoir demandé à LFI de « faire le ménage dans ses rangs », se dévoilent dans toute leur cohérence stratégique.
Achèvement d’une mutation donc, grâce à un élargissement de l’alliance : groupuscules fascistes et néonazis ont dorénavant droit de cité dans les médias et les institutions. Comme une sorte de grand dévoilement final. Dévoilement final de l’hypocrisie générale de la « lutte contre l’antisémitisme » brandie à tort et à travers par le gouvernement et ses alliés de circonstance, les mêmes qui n’interdisent pas des défilés fascistes et néonazis au nom de la liberté d’expression. Dévoilement final de l’absence d’attachement à quelque valeur démocratique que ce soit, État de droit et séparation des pouvoirs en tête. Dévoilement final de la bassesse morale et intellectuelle d’une partie de la supposée « gauche », prête à nouer une alliance de fait avec l’extrême droite la plus rance. Et puis dévoilement final que tout est décidément de plus en plus prêt pour qu’un possible avènement du pire, au point où personne, à condition d’être traversé d’une once d’honnêteté, ne pourra plus dire qu’il ne savait pas.
Crédits photo/illustration en haut de page :
Margaux Simon
https://www.blast-info.fr/articles/2026/fascisation-suite-qOt4sHhsSlKOk1RA8XvMkw

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