Extrême droite — Enquête
La députée d’extrême droite Lisette Pollet a annoncé mardi qu’elle se séparait de son collaborateur Vincent Claudin, juste après avoir reçu nos questions sur les tweets pro-Hitler et antisémites publiés pendant des années par celui-ci. Le militant était un des meilleurs amis de Quentin Deranque.
25 février 2026 à 10h17
C’estC’est par un simple message posté sur le réseau social X, mardi 24 février en fin d’après-midi, que la députée Rassemblement national (RN) Lisette Pollet a soudainement et publiquement remercié l’un de ses assistants parlementaires. « Suite aux dernières révélations de la presse je me sépare de mon collaborateur », a écrit l’élue d’extrême droite, sans plus de précisions.
De quelles révélations parlait-elle ? Le 20 février, Mediapart avait effectivement dévoilé que Vincent Claudin, qui travaille à ses côtés depuis avril 2025, avait été membre du groupuscule violent Lyon populaire, dissous en juin de la même année, notamment pour exaltation de la collaboration avec l’Allemagne nazie. Déjà questionnée en amont de la publication de cette enquête, Lisette Pollet n’y avait vu aucune raison de se séparer de son assistant.
Selon elle, « il ne faisait partie d’aucun groupe militant » lors de son recrutement puisqu’il avait été « exclu en juin 2024 » de Lyon populaire « suite à son refus de cautionner » une action violente menée par le groupuscule. « Il suit scrupuleusement la ligne politique fixée par le groupe et je n’ai pas eu à me plaindre de son travail », le défendait alors l’élue de la Drôme.

Depuis une dizaine de jours, Vincent Claudin s’est fait connaître du grand public comme « Vincent », « l’un des meilleurs amis » de Quentin Deranque, le militant d’extrême droite tué le 14 février à Lyon (Rhône) lors d’un affrontement avec des antifascistes. Lui et son frère cadet Baptiste Claudin – également passé par Lyon populaire – font partie des très rares proches de l’étudiant de 23 ans à avoir pris la parole dans les médias pour honorer la mémoire de leur camarade, rencontré à l’église traditionaliste lyonnaise Saint-Georges.
Mais Vincent Claudin est aussi et surtout un authentique militant néofasciste, tendance nazie, comme Mediapart a pu le documenter en exhumant plus de 4 400 posts publiés sur X entre décembre 2021 et février 2026 par le Lyonnais, avec deux comptes anonymes successifs. Le jeune homme y affiche son admiration pour le Troisième Reich, son espoir de l’avènement d’un régime fasciste et eugéniste en France, et déverse sa haine des juifs, des personnes racisées et des homosexuels.
Moins d’une heure après avoir reçu nos questions sur les publications de son collaborateur, Lisette Pollet a annoncé se séparer de celui-ci. Également interrogé par Mediapart, Vincent Claudin n’a pas donné suite à nos sollicitations.
Lecteur de Hitler et de Goebbels
En plus d’être un utilisateur frénétique de X – y compris pendant ses journées à l’Assemblée nationale –, Vincent Claudin est aussi un lecteur compulsif. Ses références, distillées à longueur de tweets : Joseph Goebbels ; le nazi belge Léon Degrelle, qui a combattu pendant la Seconde Guerre mondiale avec la Waffen-SS ; ou encore l’écrivain négationniste Hervé Ryssen. Autant de « lectures recommandables », écrit-il en janvier 2022.
L’intellectuel antisémite Édouard Drumont en fait également partie. Et surtout José Antonio Primo de Rivera, fondateur du parti fasciste espagnol La Phalange, à qui le militant rend hommage dans ses pseudonymes : @PrimeDeRiviere puis @JosephAntoine_. En février 2025, Vincent Claudin suggère aussi la lecture de l’essai La Doctrine du fascisme, coécrit par Mussolini, un dictateur qui « était terriblement cool », s’enthousiasme-t-il déjà en septembre 2024.
Alors, quand le jeune homme annonce en mai 2022 à ses abonné·es avoir découvert dans la bibliothèque de son grand-père des ouvrages d’Adolf Hitler et de deux autres figures du Reich, Erwin Rommel et Albert Speer, il interprète ses propres obsessions comme de l’« atavisme ».
Caché derrière son pseudo, Vincent Claudin s’autorise à faire sans détour l’apologie du nazisme.
Ces lectures imprègnent sans surprise ses publications nauséabondes, entrecoupées de posts plus personnels sur sa retraite dans un couvent, les visites qu’il rend à sa mère dans un village de Haute-Corse, ou sa fréquentation de l’église traditionaliste Saint-Georges. Le 8 avril 2025, au moment même où il est recruté par la députée Lisette Pollet, il s’indigne que l’on puisse « se métisser avec des races de singes ». « L’eugénisme permettra de retrouver ces pouvoirs », conclut-il, caché derrière son pseudo. Deux mois plus tôt, il se félicitait que les catholiques fassent « beaucoup, beaucoup d’enfants racés ».
L’opposition farouche de Vincent Claudin à l’avortement vient parfois rencontrer son antisémitisme viscéral, comme quand il appelle, en juin 2022, à « brûler Élisabeth Bornstein et dégager la Constitution ». La première ministre de l’époque, Élisabeth Borne, dont le père est un rescapé des camps de concentration, vient alors de soutenir l’inscription de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) dans la Constitution. Deux ans plus tard, ce catholique intégriste fustigera encore les « grognasses qui veulent tuer leurs bébés ».
En août 2022, le jeune homme s’amuse de la rafle du Vél d’Hiv sous Vichy. « Je retiens que c’est acceptable à condition de faire ça dans des conditions dignes. Heureusement que la SNCF climatise désormais ses voitures », ose-t-il. Lorsqu’un utilisateur feint de s’inquiéter de « se faire insulter d’antisémite », il s’étonne : « C’est une insulte ? »
« Ultra-provocation outrancière »
Sollicité en amont de cet article, Vincent Claudin nous a répondu après sa parution, mercredi 25 février. « Je suis effondré de causer du tort à mes proches et mes camarades et tiens à préciser que ces publications d’un compte anonyme privé, sur le registre de l’ultra-provocation outrancière et sulfureuse et de l’humour noir hors contexte, ne reflètent pas ma véritable structuration idéologique actuelle, le catholicisme intégral », a-t-il précisé. L’ex-collaborateur RN a présenté ses excuses « à tous ceux qui ont pu être sincèrement atteints par ces propos immatures, blessants et choquants ».« C’est ma responsabilité strictement individuelle », a-t-il conclu.
Pensant n’être jamais identifiable, Vincent Claudin s’autorise à faire sans détour l’apologie du nazisme. En janvier 2022, à un internaute qui se demande ce qu’il se passerait si Hitler était au pouvoir, il répond sans hésiter : « L’Europe se régénère. » Quelques mois plus tard, il se réjouit qu’une femme ait trouvé qu’il ressemblait à Hitler. « Il n’y a que deux solutions, soit l’anarchie libérale, soit la révolution nationale-socialiste. Tout le reste est palabres », publie-t-il en septembre 2024.
Racisme, sexisme et homophobie
Plonger dans les centaines de tweets du militant permet de prendre la mesure du racisme décomplexé dont fait preuve celui qui a choisi d’envoyer son CV au RN en 2025. Il n’hésite pas à parler de « marrons » pour désigner les personnes noires, ou à employer le terme « bougnoules ». En avril 2022, un utilisateur affirme que « le problème du voile c’est l’islam, pas le voile en lui-même ». « Et l’Arabe qu’il y a en dessous », lui répond-il.
Des liens durables avec le groupuscule Lyon populaire
Sous pseudo, Vincent Claudin se revendique nationaliste révolutionnaire, autrement dit néofasciste. En février 2025, quelques semaines avant d’être embauché par la députée RN Lisette Pollet, il relayait d’ailleurs encore les publications du groupuscule violent Lyon populaire, quatre mois avant sa dissolution. Le 20 février, l’élue assurait pourtant à Mediapart qu’il en avait été exclu en juin 2024.
Comme nous l’avons révélé, plusieurs ex-membres de Lyon populaire ont pris part à l’organisation de la marche d’hommage à Quentin Deranque, qui a rassemblé samedi 21 février à Lyon de nombreux néonazis, en l’absence des parents du militant tué. Proche de la famille, Vincent Claudin avait lui-même fait l’intermédiaire avec le père de Quentin Deranque. Alors encore assistant parlementaire, il était présent à la marche, en retrait.
Multipliant aussi les insultes homophobes, Vincent Claudin s’impatiente de l’avènement d’un régime à même de sévir contre les personnes LGBTQI+. « Si nous sommes au pouvoir, ce jeune homme sera rééduqué », promet-il sur X en mai 2022 à propos d’un homosexuel.
Deux mois avant son arrivée à l’Assemblée nationale, le futur assistant parlementaire s’adresse à la présidente du Palais-Bourbon, Yaël Braun-Pivet, avec une misogynie et un racisme crasses : « OK grognasse, en attendant ton plus beau pays du monde devient un coupe-gorge qui offre ses enfants en sacrifice aux métèques », écrit-il. Au même moment, il assène que les musulmans « ne sont pas français » et prône la « remigration totale ».
Son choix de finalement travailler pour une députée interroge, tant il affiche une détestation profonde de la République et de la démocratie. En janvier 2022, quand un éditorialiste de BFMTV estime que « s’en prendre physiquement aux élus, c’est le début du fascisme », il répond : « Si seulement. » Un mois plus tard, il se « félicite de savoir que la religion est contraire à la démocratie, qu[’il] exècre ». Série Collaborateurs RN : une radiographie militante 3 épisodes
L’assistant parlementaire a vraisemblablement jugé plus prudent de supprimer son dernier compte anonyme lorsque les projecteurs médiatiques se sont braqués sur Quentin Deranque et sur la mouvance néofasciste au sein de laquelle ce dernier s’était engagé. Le dernier tweet de Vincent Claudin que Mediapart a pu retrouver date du 10 février, soit deux jours avant l’agression mortelle de son ami. Il a également effacé son compte LinkedIn.
Quelques semaines avant de rejoindre la députée RN Lisette Pollet, il reprochait sur X au parti lepéniste de tenter de faire le ménage parmi ses candidat·es, collaborateurs et collaboratrices aux propos problématiques. « Le RN mandate des gens pour fouiller l’historique de ses gars et virer ceux qui ont été militants ou ont aimé un truc sur Facebook il y a dix ans », pestait-il.

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