Colonialisme, Fake news, Gouvernement, International
Jean-Noël Barrot, ministre des affaires étrangères qui n’a jamais pris aucune sanction contre Israël et ses crimes contre l’humanité, demande la démission de Francesca Albanese pour des propos qu’elle n’a jamais tenu. Il doit démissionner.

Le réel n’a plus court, la vérité est obsolète, le mensonge est un mode de gouvernement. Nous le voyons aux USA, où les «narratifs» trumpistes s’imposent en dépit des faits et des images. Nous le voyons en Palestine, où les dirigeants génocidaires d’Israël ont reconstruit un récit niant et justifiant leurs crimes. Nous le voyons en France, où dès qu’il est question de colonialisme, les faits sont abolis.
Depuis des années maintenant, Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale de l’Organisation des Nations Unies pour les territoires palestiniens, tient bon dans la tempête, et maintient envers et contre-tout une position en faveur des palestinien·nes. En fait, Francesca Albanese se contente de respecter le droit international, et de demander que les résolutions de l’ONU, l’organisation internationale qu’elle représente, soient simplement appliquées. À savoir, le droit à l’autodétermination des peuples, l’arrêt de la colonisation, la fin de l’apartheid. Et c’est déjà beaucoup : depuis 2023, elle reçoit des torrents de boue diffamatoire, des menaces et des insultes, venant du gouvernement israélien.
Depuis le 11 février, c’est le gouvernement français qui s’aligne sur Netanyahou. À l’Assemblée Nationale, Jean-Noël Barrot, Ministre macroniste des affaires étrangères, a lancé un discours solennel pour condamner «au nom de la France» et sans «aucune réserve, les propos outranciers et coupables de Mme Francesca Albanese». Il a même appelé à la démission la rapporteuse de l’ONU.
Il faut se rendre compte de l’extrême gravité d’une telle demande : la France, réclame la tête d’une représentante des Nations Unies ! Un comble quand on sait que Jean-Noël Barrot, qui sert de paillasson à Israël depuis des années, n’a jamais pris la moindre mesure contre l’État colonial. Par exemple, le 7 novembre 2024, le ministre des Affaires étrangères devait visiter une église française située en Palestine lors d’une visite diplomatique. Il n’a pas pu y entrer, puisque des policiers israéliens armés y ont pénétré avant son arrivée. Une provocation gravissime sur un territoire sous souveraineté française. Des gendarmes français avaient été malmenés.
Dans une telle situation, normalement, les sanctions diplomatiques sont immédiates. Jean-Noël Barrot est apparu tremblant, le regard paniqué, avec son pins jaune de solidarité avec Israël, répondant péniblement à une journaliste devant l’église : «C’est de nature à fragiliser les liens avec Israël que j’étais pourtant venu cultiver». Après tout, il n’avait pas non plus réagi après l’assassinat d’un agent consulaire français à Gaza, ni après la mort d’enfants franco-palestiniens, ni après les frappes visant l’immeuble de l’Agence France Presse. Le gouvernement préfère laisser mourir ses propres ressortissants que de tenir tête à Israël.
De même, la France n’a jamais appliqué le mandat d’arrêt international contre Netanyahou, qui a survolé plusieurs fois le territoire hexagonal sans être intercepté, alors que tous les États sont légalement tenus d’interpeller les dirigeants poursuivis pour crimes contre l’humanité.
C’est désormais officiel : le gouvernement Macron est plus sévère contre une diplomate de l’ONU que contre un chef d’État génocidaire, et c’est absolument vertigineux. Le 10 février 2024 déjà, le compte officiel de la diplomatie française dénonçait Francesca Albanese pour avoir rappelé que «les victimes du 7/10 n’ont pas été tuées à cause de leur judaïsme», en postant un message injurieux à son égard, lui disant avoir «honte». Le gouvernement français n’aime décidément pas les faits.
Cette fois-ci, sur quoi repose l’acharnement ? Sur une énorme intox lancée par les relais d’Israël en France. Suite à un discours, Jean-Noël Barrot accuse Francesca Albanese d’antisémitisme et affirme qu’elle critique «Israël en tant que peuple et en tant que nation».
L’offensive a été lancée par Caroline Yadan, députée franco-israélienne fanatique, qui a déclaré : «Mme Albanese désigne Israël comme ennemi commun de l’humanité». Un mensonge rédigé dans une lettre signée par plusieurs dizaines de députés, repris sur les réseaux sociaux, relayé dans les médias, matraqué jusqu’au sommet du pouvoir. Sauf que c’est tout simplement faux.
Le problème, c’est que Jean-Noël Barrot a condamné des propos qui n’ont jamais été tenus par Albanese. Une simple recherche pour écouter le discours suffit pour le constater. Dans sa déclaration, filmée et enregistrée, Francesca Albanese dit que le système économique et politique qui permet un génocide est l’ennemi commun de l’humanité. Des comptes pro-Israël ont ensuite tronqué la vidéo pour lui faire dire qu’Israël est l’ennemi commun de l’humanité. 50 députés français ont repris cette fake news grossière. Albanese répond à présent dans Le Monde : «Je n’ai jamais prononcé ces paroles, et les preuves sont publiques. C’est étonnant que l’on réclame la démission de qui dénonce des crimes graves, plutôt que d’exiger des comptes de ceux qui les commettent. Quand la messagère devient la cible, il faut se demander ce que l’on cherche à faire taire».
Barrot a repris un mensonge pour attaquer une représentante de l’ONU, après avoir lui-même couvert les pires criminels de notre temps. Il doit démissionner.
Quant à la déclaration de Francesca Albanese, non seulement elle devrait être unanimement validée, car elle n’a rien de choquant, mais elle devrait être considérée comme modérée. Quand bien même elle aurait dit qu’Israël est un «ennemi de l’humanité», ce qu’elle n’a pas fait, ce ne serait pas répréhensible. Il est encore autorisé de désigner un gouvernement suprémaciste qui tue des dizaines de milliers d’enfants et qui est poursuivi pour des faits de génocide d’être un «ennemi de l’humanité». Comme nous avons pu le faire à l’égard d’autres dirigeants fascistes en d’autres temps.

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