Les « policiers blessés », un mensonge d’État ?

Depuis le début du mouvement des lycéens, on annonce 761 policiers et gendarmes blessés contre 215 élèves. Mais où sont ces fameux « policiers blessés » ?

Signalez ce contenu à notre équipe

Valentin.Hénault

Documentariste, auteur de « J’avais un rêve indien » aux éditions Buchet-Chastel

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Depuis le début du mouvement des lycéens, on annonce 761 policiers et gendarmes blessés contre 215 élèves.
C’est fou, hein, le mal que peuvent faire des mineurs à des escadrons entraînés et armés jusqu’aux dents. C’est contre-intuitif mais si le ministère de l’Intérieur le dit…
761 blessés, quand même ! On dirait le bilan d’une guerre.
Or les chiffres publiés par le ministère de l’intérieur ne donnent pas d’indications sur les causes et la gravité de l’état des blessés. Aucun justificatif n’est transmis aux médias. Aucun. C’est le Monde lui-même qui le dit, naïvement, dans son article du 5 octobre, intitulé « Mouvement des lycées : ce qu’on sait des blessés, du côté des manifestants et de celui des forces de l’ordre ».
« Du côté des forces de l’ordre, selon le ministère de l’intérieur, le bilan officiel est quantitativement lourd : « 650 blessés au sein des forces de sécurité intérieure » depuis le 28 septembre, indique Beauvau, qui ne donne cependant aucun détail sur la gravité ou les causes des blessures. »
Ce qui n’empêche pas Le Monde, tous les jours, de relayer ces mêmes chiffres.
Un.e journaliste cesse-t-il de vérifier ses sources dès lors qu’elles émanent du pouvoir ?
Ces chiffres sont récités par tous les médias d’ailleurs, du Monde à TF1 en passant par les inévitables chaines d’information. Ils sont utilisés comme une preuve que les forces de l’ordre ont fait face à des menaces, avec l’idée sous-jacente qu’elles ne font que répliquer à une violence pré-existante.
J’ai fait une recherche documentaire. Le seul article que j’ai trouvé qui se penche sur la question des policiers blessés avec une approche critique vient du JDD en 2019, du temps où il n’appartenait pas à Bolloré, et mentionne que « selon une source bien informée», trois-quarts des blessures déclarées pendant le mouvement des gilets jaunes par les policiers n’ont pas fait l’objet d’un arrêt de travail.
Voici le genre de blessures qui ne font pas l’objet d’un seul jour d’ITT : une ecchymose légère, une égratignure ou petite plaie superficielle, une rougeur ou irritation provoquée par un produit chimique. Une devinette : quel produit chimique pourrait-il donc provoquer une irritation chez les « policiers blessés » ?
Depuis la première élection d’Emmanuel Macron en 2017, le ministère aura annoncé, selon mes calculs rapides agrégeant le mouvement des gilets jaunes, celui sur les retraites, celui faisant suite à la mort de Nahel, au moins 8500 policiers blessés dans des manifestations. Sur la même période, je n’ai trouvé que deux blessures documentées : un jet d’écrou pendant les gilets jaunes qui aurait mis en danger l’oeil d’un policier et un cocktail Molotov le 1er mai 2023 qui aurait brûlé un CRS au second degré.
Deux cas précis. 2 sur 8500. 
En ce qui concerne les émeutes qui ont suivi l’affaire Nahel, en 2023, le rapport d’enquête du Sénat mentionne 1000 policiers blessés. Sans aucune indication de gravité. Cela pourrait aller du bleu à l’épaule à la mort clinique, en passant par une blessure due à une mauvaise manipulation des armes de service. On ne sait pas…
Exigeons du ministère de l’Intérieur qu’il divulgue les informations attestant le nombre et la gravité réelle des blessures ! En attendant, ces chiffres sont invérifiables. Il est de la responsabilité des médias de cesser de les utiliser. 
Depuis le début du mouvement des lycéens, il se pourrait même qu’aucun policier n’ait été blessé sérieusement.

Non pas 761 mais 0.
Les blessures graves infligées aux mineurs peuvent, elles, être constatées sur maintes vidéos.

https://blogs.mediapart.fr/valentinhenault/blog/081026/les-policiers-blesses-un-mensonge-detat-0

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.